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Premiers pas d'un enseignant de FLE dans l'univers des 3-6 ans

Posté le par le français dans le monde

Quel professeur de FLE travaillant avec des enfants ne s’est jamais senti désarçonné concernant le choix de la pédagogie à adopter dans sa classe ? Quel enseignant n’a pas eu envie d’appeler au secours lorsqu’il a accueilli pour la première fois dans sa classe des bouts de chou de 3 à 6 ans pleurant et suppliant pour retrouver leur maman dont ils avaient été « séparés » ? !
Pour un « enseignant débutant » qui s’apprête à travailler avec des tout petits, il faut savoir que les enfants de 3 à 6 ans ont tout autant besoin de repères que d’être rassurés. Notamment, dans le cadre de la découverte d’un nouvel espace, de nouveaux camarades et d’un nouvel adulte pour référent : nous ! C’est extrêmement difficile pour un enfant, surtout lorsqu’on a 3 ans, que l’on n’est pas toujours scolarisé, qu’on n’a jamais entendu de français auparavant et que l’on ne parle pas la même langue que la « maîtresse »… C’est en travaillant aux États-Unis que j’ai appris l’importance de ces rituels dans une classe. Je vais donc en partager quelques-uns avec vous !
Pour nous, enseignants, il ne s’agit pas de remplacer « papa » ou « maman », mais de faire un pont « rassurant » entre le cocon familial et la classe. Je pense que le meilleur moyen pour aider un enfant à trouver ses marques et à apprendre ses premiers mots de français est d’introduire des rituels dans la classe. Qu’est-ce qu’un rituel ? Les rituels sont des moments particuliers dans la vie de la classe : ils servent à structurer l’enfant en lui donnant des repères. Les rituels sont des « activités repères ». À la maison (une histoire avant de s’endormir…), ou à l’école, la vie d’un enfant est rythmée par les rituels. Selon moi, le premier rituel est un « rite de passage », une transition sécurisante.
Par exemple, après avoir accueilli chaque enfant individuellement, je commence la classe par « la petite gymnastique » : on énumère les parties du corps en descendant puis en remontant, de plus en plus vite, et le tout en chantant. Ensuite, pour apprendre les salutations et se dire « bonjour », les enfants s’assoient en cercle et chantent la chanson « Bonjour les amis ! ». Ces premiers moments de la séance doivent permettre à l’enfant de trouver sa place dans le groupe. Lors des premiers cours, ils s’assoient en cercle et grâce à une petite balle qu’ils se passent, on assiste à un échange verbal du type « Je m’appelle …. Et toi ? ». Cet échange privilégie un premier contact avec la langue cible mais aussi avec les autres enfants et favorise l’écoute et le respect mutuel.
Les petits ont un temps de concentration limité, il est primordial de varier les activités. Mais on doit le faire en douceur, sans les brusquer. Avec l’expérience, on ponctue de plus en plus son cours de rituels, notamment pour annoncer les prochaines activités : pour la lecture, je m’assois sur ma chaise, je sors mon livre d’un cartable et je dis « Tic tac ! L’histoire est dans mon sac ! », alors les enfants savent que je vais leur lire une histoire !
Pour les enfants de 3-4 ans, j’utilise une peluche que je mets en scène pour capter leur attention. Vivant des situations identiques aux leurs, elle est source d’émerveillement pour eux et va susciter leur intérêt quant aux activités proposées.
Avec ces rituels verbalisés, j’orchestre « un spectacle » auquel je demande aux enfants de participer. Les enfants assimilent rapidement les rituels et s’y prêtent avec enthousiasme : cela devient « leur » rituel, un rituel structurant, formateur et propice à la cohésion de groupe.
Et vous, que pensez-vous des rituels dans l’organisation d’un cours pour de très jeunes apprenants ? Faites-nous partager vos stratégies et surtout dites-nous quels rituels vous utilisez dans votre classe !

Aurélie Delay, enseignante à l’Alliance Française Paris Île-de-France

10 commentaires
  1. Je suis très content de voir ce post. Enfin, la possibilité d’échanger sur l’enseignement du FLE aux enfants. Il n’est pas très connu, surtout en Europe, mais se développe vraiment et nous manquons cruellement d’outils et de conseils.

    Je ne sais pas en ce qui vous concerne, Aurélie, mais pour moi et bien qu’ayant travaillé avec tous les âges d’apprenants, les enfants restent le public le plus impressionnant ! En effet, je n’ai jamais été aussi impressionné que devant ces tout-petits guettant mes moindres faits et gestes.

    Merci pour ces précieux conseils, les rituels sont vraiment la base du travail avec les enfants.
    J’attends la suite !

  2. Mais en Algérie spécialement, le cas n’est pas pareil car cet enseignement est très hétérogène, il y a des villes où l’enseignement du FLE est arrivé à occuper une zone considérablement large. Mais dans les villes du Centre ou du Sud, il est négligé, pour ne pas dire absent !

  3. J ai adoré l idée du rituel.enseigner une langue étrangère aux enfants est une lourde tache. L’enfant doit d’abord aimer la langue pour pouvoir l’apprendre,et pour arriver à ce stade ,il doit aimer son enseignant(e).tout ce joue sur ce contrat de confiance et de la relation maitre/enfant.

  4. Alejandra Buitrago

    Je vous remercie de partager votre expérience avec nous. S’il est vrai qu’il est important de faire en sorte que les enfants se sentent à l’aise dans ce qui pourrait être leur première expérience scolaire, il est important de ne pas perdre de vue l’objectif principal de la classe. Avoir un object si attirant comme une peluche peut être une arme à double tranchant, puisque de nombreux enfants voudront le manipuler et au lieu d’être un outil utile, il finira par élargir le problème.

    En ce qui concerne les rituels et les activités initiatiques, je suis tout à fait d’accord, non seulement avec les petits mais avec tous les étudiants, ce type d’activités permet à l’enseignant et à l’étudiant d’aborder le sujet de manière plus naturelle et amicale.

  5. D’une part, quand les élèves aiment ce qu’ils vont étudier, le développement de la classe est meilleur pour eux et pour l’enseignant, et en plus, l’apprentissage est plus significatif. D’autre part, on sait qu’il est très difficile d’adapter un enfant dans un nouvel espace, comme l’école, avec des nouvelles personnes, soient les camarades et / ou le professeur, et aussi, il est beaucoup plus difficile quand on parle en une langue étrangère. C’est pourquoi je considère que ces rituels sont merveilleux, car ils aident, l’enfant à mettre confiance pas seulement avec ses camarades, son professeur et lui – même, mais aussi avec la langue, et ils aident aussi le professeur à faire que les apprenants aient un premier contact avec la nouvelle langue.

    Félicitations et merci pour vos conseils.

  6. Pour l’enseignement du français, l’enseignant doit se transformer dans un magicien, pour mantenir l’intétêt des petits enfants, autrement dit il ou elle doit être le source d’émerveillement comme l’auteur a affirmé en avant. Parailleurs, l’usage du français sur la formation des habitudes et des valeurs favorisent d’une manière créative nonseulement les compétences langagières mais aussi les socioculturelles.

  7. Merci à l’auteur pour tels conseils. Je suis en train d’être professeur d’école primaire et malheureusement, je n’ai pas l’expérience suffisante pour me considérer un expert en la matière. Pour les gens comme moi (qui n’ont pas été dans le champ de bataille), les conseils et la guidance sont très utiles. On s’imagine pas à quel point l’insécurité en soi-même produit un impact négatif sur le développement des cours.

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