Mettre en pratique la grammaire de l’oral

Posté le par le français dans le monde

Dans le contexte de crise actuelle liée à l’épidémie de coronavirus, votre revue a décidé de mettre chaque jour en ligne, depuis le 20 mars – journée de célébration de la francophonie – et tous les jours à midi, un article du « Français dans le monde » en libre accès. Aujourd’hui, l’article EXPERIENCE de Suzanne Fradette, à retrouver dans le numéro 421 de janvier-février 2019. Bonne lecture (et bon courage) à toutes et tous !

 

Comment mettre l’accent sur l’interaction langue-discours dans l’enseignement et sur l’interaction situation de communication-langue ? Par une mise en pratique de la grammaire de l’oral.

 

Grammaire au sens traditionnel, grammaire de l’oral, qu’est-ce qui les unit et qu’est-ce qui les distingue ? La grammaire au sens traditionnel est un ensemble de catégories, de règles et de cas particuliers qui régissent la syntaxe et le code orthographique de la langue. La grammaire de l’oral est un ensemble d’éléments linguistiques et de régularités qui sont transférables et applicables à des situations de communication orale diverses et qui sont communs à l’espace francophone.

La terminologie grammaire de l’oral est peu présente dans la littérature qui traite de la didactique du français, particulièrement dans les publications portant sur la compréhension et la production orales pour les personnes non francophones. Par ailleurs, on s’interroge dans ces ouvrages sur la pertinence d’une grammaire de l’oral, alors qu’il y a parallèlement des tentatives d’en identifier les composantes. L’argument qui revient alors est que l’oral ne peut être normé au même titre que la grammaire envisagée traditionnellement, entre autres, en raison des variations linguistiques dans l’espace francophone. Sous cet angle, la relation grammaire et oral devient par conséquent improbable.

Or, nous pensons qu’il convient de faire plutôt ressortir les éléments communs et non les variations. La nécessité d’aller plus loin s’impose alors : c’est une proposition, c’est un risque assumé.

 

Partir du dialogue

Le dialogue s’intègre à une situation de communication, offre un modèle de communication réaliste, s’inscrit dans un modèle conversationnel. Il se prête à une application dans des activités d’enseignement/apprentissage.

En didactique des langues, le dialogue est un support contextuel privilégié. Associé avant tout aux arts théâtral, cinématographique et romanesque, il en reflète les principes organisateurs dans l’enchaînement réglé des répliques et dans le caractère fictionnel de la situation : des tours de parole qui sont définis et assignés, une réalité qui est simulée.

Le dialogue fait également partie du monde réel : celui entre autres des médias, des relations professionnelles et de la vie quotidienne. Il s’agit de situations de communication dont l’échange s’inscrit dans une forme de régularité à laquelle les interlocuteurs se soumettent naturellement et y participent afin de créer des échanges signifiants. Pour ces raisons, les pôles fictionnel et réel sont ici réunis.

La situation de communication conditionne et détermine le choix des éléments linguistiques que doit effectuer le locuteur. La langue intègre la situation de communication qu’elle reflète. La transmission d’un message présuppose une interaction entre un émetteur et un récepteur que nous désignons ici sous l’étiquette d’interlocuteurs. La transmission du message se fait sous forme d’échange auquel les interlocuteurs participent volontairement. Cet échange, qui est interactif, vise l’élaboration d’une communication porteuse de sens et satisfaisante. Le discours émerge de l’association situation de communication/langue. C’est dans cet environnement d’apprentissage que l’élève, par le biais d’une langue qui lui est étrangère, doit créer un monde de références autre que celui dans lequel il évolue habituellement. De ce fait, il doit apprendre comment faire partie de la conversation de manière signifiante, comment y contribuer. La structure en réseaux d’interaction du dialogue et de la conversation représente en soi autant de filtres à la compréhension, de bruits cognitifs auxquels l’élève est confronté dans une situation réelle de communication. L’élève doit intégrer des savoirs, en particulier des connaissances explicites qui sont associées à des situations de communication.

« L’élève doit apprendre comment faire partie de la conversation de manière signifiante, comment y contribuer »

De la théorie à la pratique

C’est la raison pour laquelle l’ouvrage La grammaire de l’oral : une grammaire pas comme les autres propose une réflexion et des pistes d’exploitation afin de répondre à ce questionnement : comment mettre l’accent sur l’interaction langue/discours dans l’enseignement et sur l’interaction situation de communication/langue ?

Cinq composantes touchant la langue et la communication sont ciblées : représentation de la chaîne parlée ; chaîne parlée ; structure dialogique; communication et interjection ; communication non verbale.

Pour chacune des composantes, on établit le passage du quoi au comment, soit de la théorie à la pratique, en respectant la séquence suivante : un cadre théorique adapté, une application du cadre théorique et des suggestions, qui ouvrent sur une exploitation élargie du contenu pour la salle de classe. Précisons que le développement des composantes est soutenu par un souci d’exemplification afin de favoriser la compréhension du contenu et son intégration le cas échéant dans la pratique pédagogique.

Suzanne Fradette est aujourd’hui consultante. Elle a été professeure à l’Université de Montréal, au Québec (Canada). Son site : www.suzannefradette.com

Télécharger la fiche : fiche-gram-oral-421

 

Encadré

Conversation, dialogue et discours

La grammaire de l’oral : une grammaire pas comme les autres regroupe les règles et les lois portant sur la phonétique du français. Ce livre met en lumière les principes organisateurs de la conversation, du dialogue, il se penche sur le rôle des interjections dans le discours ainsi que sur celui du non-verbal dans la communication. Il veut allumer, être l’étincelle qui stimule la création.

Il propose à l’enseignant une vision ouvrant sur une communication efficace dans la francophonie, qui soit utile et performante. Il propose des outils linguistiques.

C’est un ouvrage de référence que l’enseignant s’approprie, dans lequel il peut écrire, noter, souligner : il est conçu comme soutien lors de la préparation d’une leçon ou dans la planification de l’ensemble d’un cours. Il est souple et se prête à l’intérêt ou au besoin de son enseignement.

C’est dire qu’il n’est pas conçu pour la formation de spécialistes de phonétique, d’analyse du discours ou encore de communication non verbale mais pour la formation de futurs interlocuteurs francophones. Ce qui explique le fait de retenir certains aspects et d’en négliger d’autres dans les cadres théoriques qui sont exposés.

Précisons que sont utilisés dans cet ouvrage les termes épicènes et la formulation neutre, quand cela a été possible. Épicène : une utilisation dans le discours d’une formulation neutre et d’un vocabulaire non genré ; par exemple l’utilisation du mot élève, qui est un terme général désignant tout enfant, adolescent ou adulte qui suit des cours. Vocabulaire genré : par exemple le mot interlocuteur au masculin. Le rendre par une périphrase ou une métaphore, une formulation neutre alourdirait le texte. Formulation neutre : une utilisation dans le discours d’une formulation non genrée, par exemple le personnel enseignant.

Suzanne Fradette, La grammaire de l’oral : une grammaire pas comme les autres, Cégep de Jonquière.

Cette publication est appuyée par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec (MESS), la Direction des relations extérieures ainsi que le Cégep de Jonquière, en partenariat avec l’auteure.

 

 

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