L’incroyable histoire de l’imparfait

Posté le par le français dans le monde

Dans le contexte de crise actuelle liée à l’épidémie de coronavirus, votre revue a décidé de mettre chaque jour en ligne, depuis le 20 mars – journée de célébration de la francophonie – et tous les jours à midi, un article du « Français dans le monde » en libre accès. Aujourd’hui, la rubrique MNEMO d’Adrien Payet et son Incroyable histoire de la grammaire, avec des illustrations de Lamisseb, à retrouver dans le numéro 422 de mars-avril 2019. Avec deux téléchargements en fin d’article : la fiche pédagogique et l’audio. Bonne lecture (et bon courage) à toutes et tous !

 

Il était une fois un temps, pas très joli et qui faisait beaucoup d’erreurs. Rapidement il se fit remarquer et on le surnomma « l’imparfait ».

— Pourquoi tout le monde m’appelle l’imparfait ! Est-ce que je suis idiot ?

— Non, bien sûr que non ! Ne les écoute pas ! Personne n’est parfait !, lui répond le présent.

— Mon grand-père, lui, il était parfait ! Il était même plus que ça, c’était le plus-que-parfait !

— C’est vrai. C’était un illustre personnage ton grand-père.

— Mon papi plus-que-parfait… je m’en souviens : il avait tout fait, tout réussi avant tout le monde. Il avait marché sur la Lune avant Armstrong, il avait inventé l’imprimerie avant Gutenberg. À côté de papi, je suis un minable, un moins que rien ! Quand j’étais enfant, je travaillais beaucoup à l’école et j’avais toujours des mauvaises notes, j’étais amoureux des filles, mais aucune ne s’intéressait à moi, je jouais au tennis et je perdais toujours !

— Tu te fais du mal, l’ami. Vis le moment présent. La clé du bonheur est là !, lui dit le présent.

L’imparfait était inconsolable. Toutes les nuits il faisait le même cauchemar. Il se rappelait sa nomination. Ce jour-là, quand il était monté sur l’estrade. Tout le monde avait rigolé :

— D’où vient ce temps ?

— Comme il est laid !

— Il sent mauvais !

— En plus il ne dit rien ! Il a perdu sa langue ?

— Taisez-vous ! Un peu de respect !, ordonna le Grand Ordonnateur. Jeune homme, connaissez-vous le futur ?

— Non Monsieur, je ne le connais pas.
— Que pensez-vous du présent ?

— Je n’ai pas vraiment d’opinion.

— Vous vous souvenez du passé ?

— Heu… oui ! Je me souviens surtout des choses habituelles. Par exemple, quand j’étais enfant, j’allais à l’école tous les jours, je me levais, je me brossais les dents, je me douchais…

— Bien ! Décrire des habitudes dans le passé, c’est très utile ! Est-ce que vous seriez aussi capable de me décrire votre grand-père ?

— Oh, ça oui ! Mon grand-père, c’était une personne très élégante. Il parlait avec une douce voix et il disait toujours des choses intelligentes. Nous habitions dans une grande maison. C’était une époque formidable !

— Je vois que vous arrivez à décrire des choses et des personnes, c’est très bien. Seriez-vous capable de décrire un contexte ?

— Je vais essayer. De quoi voulez-vous que je parle ?

— De votre grand-père. Comment a-t-il rencontré votre grand-mère ?

— C’est une belle histoire, Monsieur ! Mes deux ancêtres étaient sur un bateau. Mon grand-père lisait une encyclopédie, car c’était un savant. Ma grand-mère regardait la mer, car c’était une rêveuse. Et là ce fut le choc !

— Le coup de foudre ? demanda le Grand Ordonnateur.

— Non, le choc au sens propre, car mon grand-père, qui n’avait pas vu ma grand-mère, lui a marché dessus. Ils sont tombés à l’eau tous les deux ! Heureusement les marins étaient là pour les rattraper !

— Incroyable !, dit le Grand Ordonnateur, impressionné.

— Il a menti ! Ça ne s’est pas passé comme ça !, hurle le passé composé.

— Serait-ce un menteur ?, demande le conditionnel.

— Silence ! Comment allez-vous vous construire ? demande le Grand Ordonnateur à l’imparfait.

— Avec tout le respect que je vous dois, je ne suis pas un bâtiment, Monsieur ! Je ne vais pas me construire !

— C’est une façon de parler. Je veux dire quel sera votre radical ?

— Heu… Je ne suis pas quelqu’un de radical.

— La racine de votre verbe ?

— La France, enfin je crois…

— Je n’en peux plus !!! Quelqu’un peut lui expliquer ?

Encore une fois, le présent est venu l’aider.

— Mon ami, tu dois décider comment tu vas te conjuguer. Tous les temps doivent prendre cette décision un jour dans leur vie. La racine (ou le radical) c’est la base du verbe. Nous sommes amis depuis toujours, si tu veux tu peux m’utiliser pour construire ton radical.

C’est ainsi que l’imparfait choisit le radical de la première personne du pluriel du présent de l’indicatif. Le Grand Ordonnateur dit :

— Maintenant que vous avez votre radical, vous allez choisir vos terminaisons. Nous allons procéder étape par étape. Pour le pronom personnel JE, quelle terminaison voulez-vous ?

— Je ne sais pas, Monsieur.

— Prenez trois lettres au hasard, lui conseille le Grand Ordonnateur.

— Dans ce cas, j’aimerais terminer en AIS.

— Très bien. Choisissez maintenant votre terminaison pour TU.

— AIS

— Encore ?!

— Pourquoi ?

— Vous l’avez déjà dit !

— Ah bon ? Pardon, ma mémoire n’est pas très bonne.

— Ce n’est pas grave. Gardons AIS.

— Pour IL, j’aimerais terminer en A.. I….

— Changez un peu, s’il vous plaît !

— Oui, dans ce cas : AIT.

— Bien. Pour NOUS et VOUS maintenant.

— ONS et EZ ?

— Désolé, ces terminaisons sont déjà prises par le présent et le futur…

— Je peux intervenir ?, propose la lettre I. J’ai peu de travail en ce moment !

— Merci, c’est très gentil, dit l’imparfait.

— Ce sera donc IONS et IEZ, confirme le Grand Ordonnateur, fatigué. Et pour finir, avec ILS et ELLES au pluriel ?

— AIENT !

— Toutes ces lettres ?!

— Oui, pourquoi pas. Plus on est de fous, plus on rit !, dit l’imparfait qui commençait à s’amuser.

— Si vous le dites ! La folie, ce n’est pas ce qui manque dans cette grammaire ! Ah, j’oubliais : quel est votre nom ?

— Je suis le…

— Parlez plus fort s’il vous plaît, je ne vous entends pas.

— Je n’ai pas de nom. Tout le monde m’appelle l’imparfait.

— Ce n’est pas un très joli surnom… Vous voulez quand même le garder ?

— Je n’en ai pas d’autre, Monsieur. À moins que vous ne vouliez m’appeler le « génialissime » ?

— Non, sans vouloir vous vexer, je pense que « imparfait » vous va mieux. Et puis les gens vous connaissent sous ce nom. Je suis sûr qu’ils vont vous adorer ! Bien, passons au temps suivant s’il vous plaît. Il se fait tard et je ne suis plus tout jeune, moi !

Aujourd’hui l’imparfait est très célèbre, il apparaît sur tous les livres de grammaire. Si vous le croisez un jour, dans une phrase, n’oubliez pas de le conjuguer correctement, avec douceur, gentillesse et respect.

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Astuces mnémotechniques :

  • L’imparfait sert à décrire des souvenirs et des habitudes au passé.
  • L’imparfait permet également de décrire des personnes et des choses.
  • L’imparfait se construit avec le radical de la première personne du pluriel (nous) au présent. Ex. : Nous dansons / Je dansais, et ses terminaisons sont : -ais, -ais (il radote !), -ait, -ions, -iez, -aient.

 

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3 commentaires
  1. Bien, j’ai aimė l’histoire de l’imparfait. C’est formidable lecture et aussi lá manière de comment le texte est développé. Les personnages dépeignent la réalité de la formation de l’imparfait. Pour moi, une grande découverte et aussi une expérience d’apprentissage.

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