« Pour mes élèves le français devient un album de visages »

Posté le par le français dans le monde

Bianca-Elena a seulement 25 ans et une certitude depuis qu’elle a commencé son métier : « Être professeure de français, c’est tout ce que j’aime ! » Témoignage d’une jeune enseignante pleine d’inventivité et d’enthousiasme communicatif.

« Quand j’étais en classe de 3e, le français n’était pour moi qu’une forte motivation pour communiquer avec un professeur stagiaire qui était venu dans mon école, à Piatra Neam , une petite ville près de Ia i, la deuxième ville de Roumanie après Bucarest. Il m’intriguait, avec son accent français qui m’était encore inconnu. Ainsi, apprendre cette langue a été comme une décision vite prise, inconsciente, qui avait pour finalité des échanges amicaux. Tenant compte de cette raison, j’ai décidé que dans mon parcours de professeure de français, mon but serait avant tout de motiver mes apprenants à aimer cette langue et à la choisir presque inconsciemment. N’est-il pas beau de se dire, après des années, que le français n’était pas un choix du moment, mais une certitude dès le début ?

Pour mes études universitaires, je n’ai eu aucun doute. Je me disais que ce qui me ferait plaisir serait d’enseigner le français, de suivre le modèle de Cristina, ma prof de français du lycée, tellement passionnée et passionnante. Elle reste mon mentor même aujourd’hui. Il y a dans la vie des moments où tu te dis que sans certaines personnes tu ne serais pas qui tu es. Et sans elle, je ne serais pas enseignante aujourd’hui. Entre 2016 et 2021, j’ai donc fait mes licence et master en français à la faculté de Lettres de l’Université Alexandru Ioan Cuza de Ia i. Il y avait alors un lecteur belge, Olivier, qui a accepté de créer une équipe pour qu’on donne ensemble des ateliers sur la bande dessinée francophone dans des écoles du pays. Grâce à ce projet, nous avons organisé des dizaines d’ateliers, de formations, de conférences, de concours, et les bénéficiaires directs ont été les élèves et leurs professeurs. C’était ma première occasion d’enseigner, sans avoir encore passé d’examens de professeur. Et grâce à Olivier j’ai fait de la BD un outil pédagogique désormais indispensable à mes cours.

Des amis du monde entier

Je suis officiellement devenue professeure en septembre 2022. Faire partie du système éducatif signifie d’abord pour moi motiver des enfants à s’impliquer, et ensuite intégrer une équipe d’enseignants grâce à laquelle je peux toujours apprendre davantage, découvrir de nouvelles méthodes d’enseignement et offrir à mes étudiants une expérience d’apprentissage pertinente et continue. Je trouve que la communication est la meilleure raison d’apprendre une langue. Mais pour ça, le professeur doit créer le contexte, le cadre, la possibilité que cette communication existe. Il est difficile pour quelqu’un d’apprendre une langue sans pouvoir se la représenter dans un cadre réel. J’essaye toujours de présenter en classe de « vrais » francophones, des amis du monde entier que j’ai rencontrés grâce aux formations, aux stages et aux festivals internationaux auxquels j’ai participé.

« Devenir prof signifie d’abord pour moi motiver des enfants à s’impliquer, et ensuite intégrer une équipe d’enseignants grâce à laquelle je peux toujours apprendre davantage »

En 2022, je suis allée en Pologne pour le festival « 10 SUR 10 » organisé par Jan Nowak, où j’ai appris à faire du théâtre une vraie technique d’enseignement du FLE. Je suis aussi partie à Sofia, en Bulgarie, où j’ai participé à une formation « ProFutur » pour les jeunes enseignants au CREFECO, le centre pour l’Europe centrale et orientale de l’Organisation internationale de la Francophonie. J’y ai développé un projet entre la bande dessinée et le roman-photo dont mes élèves sont les personnages. À Vichy, je suis partie avec une bourse pendant deux semaines et j’y ai suivi des formations DELF, TV5Monde et RFI. J’encourage tous mes collègues à profiter de la multitude d’opportunités que la langue française nous présente, car il y a beaucoup d’institutions qui s’y dédient et qui offrent des stages (souvent gratuits) aux professeurs !

Je me considère comme chanceuse, car le français m’a permis depuis toujours de voyager et de découvrir des personnes merveilleuses que j’invite maintenant à participer à mes cours en ligne. Pour mes élèves, le français est plus qu’une matière scolaire en plus, il devient un album de visages « francophones » qui mène, pas à pas, vers une belle expérience linguistique. En tant qu’enseignante, le plus beau cadeau reçu de mes élèves sera toujours leur ouverture d’esprit sur la culture francophone. Un cours est réussi lorsque les élèves sont curieux, qu’ils posent des questions sur des sujets qu’ils aiment et qu’ils retiennent plus facilement les contenus du programme.

« Du français avec les réseaux sociaux, ça vous dit ? »

L’apprentissage d’une langue étrangère doit se poursuivre aussi audelà de la classe. J’ai pensé que mes élèves allaient rester au courant des nouveautés francophones grâce aux réseaux sociaux, car c’est la source la plus proche de leurs centres d’intérêt. J’ai ainsi créé un compte Facebook, Instagram et TikTok « Français par Bianca » que tous mes élèves suivent, partagent et où je poste des fiches de grammaire, de lexique, des cartes mentales, des vidéos et des photos de mes activités et formations (inter)nationales. La curiosité est certainement une qualité des générations actuelles, car rien ne leur échappe, surtout en ligne . Et c’est très bien ainsi ! Je profite aussi de leur passion pour la technologie et je combine mes cours avec des activités numériques. Je les invite à utiliser des applications pour créer des strips ou des planches de BD, des vidéos en français ou des courts-métrages pour le festival du NFFF de l’Alliance française de Zagreb (Croatie), auquel on participe pour la deuxième fois cette année (après avoir gagné le prix du public l’année passée).

2023 a été la meilleure année de ma vie professionnelle. Je suis la première enseignante débutante à recevoir un titre au Gala Merito – un prix pour les enseignants roumains du primaire et du secondaire –, et la seule prof de français, pour le moment. Le projet Merito recueille chaque année des recommandations publiques et des communautés locales, des étudiants, des parents, des enseignants. Douze enseignants de l’enseignement pré-universitaire sont sélectionnés chaque année parmi plusieurs centaines de recommandations, venant de tout le pays. Ce titre est un grand honneur, mais aussi un grand défi. Le fait d’avoir le soutien du Projet Merito et de mes collègues me motive à accélérer le rythme et à maintenir la qualité d’apprentissage. Je continuerai ce beau chemin didactique avec le même enthousiasme, et le titre que j’ai reçu est la preuve à la fois que je le mérite et que je le peux.

Je crois que les jeunes enseignants ne peuvent qu’apporter une touche de fraîcheur au système éducatif. Je penche pour le français enseigné de manière interactive car j’obtiens des résultats immédiats. C’est une stratégie d’apprentissage sans échec. Je l’ai remarqué lors de mes ateliers de bande dessinée, où des élèves que je ne connaissais pas étaient très actifs et apprenaient beaucoup en très peu de temps.

Être prof de français, c’est essayer d’introduire le français dans le quotidien des élèves, car ce n’est pas une langue qu’on entend très souvent chez nous. J’essaie toujours de mettre les étudiants au défi de rechercher des ressources en français, de regarder des films ou des chaînes de radio, mais surtout de se connecter sur les réseaux sociaux à l’actualité francophone. Je ne veux pas qu’un cours de français se déroule sans que mes élèves entendent une conversation en français. Vidéos, chansons, conférences, jeux de rôle, rencontres en ligne… c’est seulement ainsi que les étudiants peuvent rester ouverts et curieux. C’est mon but et je le garderai jusqu’à la fin de ma carrière. »

Par Bianca-Elana Darab

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