FDLM numéro 450

Fdlm#450 – Carmen : un opéra revisité

Posté le par le français dans le monde

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Littérature sans frontière du 12/11/2023 : « Carmen : un opéra revisité »


Pour aller plus loin :

[Reprise de « L’amour est un oiseau rebelle », extrait de Carmen, avec accompagnement musical :

Si tu ne m’aimes pas, je t’aime,

Si je t’aime, prends garde à toi !]

 Muriel Maalouf :

On ne peut que vibrer en écoutant cet air, le plus connu de Carmen. Peut-être parce qu’il est profondément le reflet de cette très jeune héroïne, symbole de liberté féminine, au destin

tragique. François Gremaud.

François Gremaud :

C’est vraiment en écrivant que j’ai pris conscience de l’importance, pour le public, de ce  personnage, mais aussi pour l’Histoire de l’art, avec l’apparition d’une vraie figure, qui se  réclame profondément libre. Et qui – je le crois fondamentalement –, avant qu’un homme ne lui ôte sa liberté, l’est véritablement.

Et donc, en l’occurrence, Carmen, c’est quand même l’histoire d’un féminicide. Et de ne pas faire comme beaucoup de mises en scène : la pièce d’un pauvre homme, Don José, qui, trahi  par une méchante femme, est condamné à commettre l’irréparable. Bien au contraire, non,  non : c’est un homme qui ne supportant pas la liberté d’une femme, finit par l’assassiner.

Muriel Maalouf :

Et François Gremaud, comme dans ses deux autres pièces, Phèdre et Giselle, confie à une seule interprète le soin de raconter l’histoire.

Cette fois, c’est Rosemary Standley – qui s’est fait connaître au sein du groupe Moriarty,  dans  un style plutôt folk – qui s’empare de tous les rôles. Passant de la narration au chant et alternant les registres : soprano, alto, ténor. Une véritable performance.

Rosemary Standley :

Quand François est venu me trouver pour me proposer de jouer Carmen, je me suis dit : « Ouh là là là, [Elle rit] Non, non, non. » Parce que je ne suis pas une voix d’opéra. Et puis en fait, il m’a rassurée. Il m’a dit : « Mais, on s’en fiche ! Moi, ce qui m’intéresse, c’est ta voix, par exemple qu’il y a dans Moriarty aussi, voilà. »

[On entend Rosemary Standley qui chante un autre air de Carmen]

 Muriel Maalouf :

Rosemary Standley chante, joue et amuse la galerie. Et c’est ça qui est magnifique chez François Gremaud. Malgré tout le sérieux avec lequel il réécrit cette grande oeuvre, ça reste léger et drôle. Et le public est constamment pris à partie. Comme quand l’interprète nous confie que le problème de Don José, c’est qu’il n’a jamais coupé le cordon.

 François Grémaud :

C’est vraiment en lisant le livret en fait. Moi, j’étais effaré, d’une certaine façon, par le rapport que Don José pouvait avoir avec sa mère. C’est tellement clair et évident. C’est-à-dire que, on lui parle de sa mère, lui tout de suite, c’est : « Parle-moi de ma mère ! » C’est immédiat ! Et en fait, c’est vraiment, on sent que, en lisant simplement, j’ai tout de suite eu ce truc de : « Mais, il a pas coupé le cordon ! »

Muriel Maalouf :

Et c’est une Carmen pétillante et libre que nous présente François Gremaud, une pièce qui met en joie, comme il sait si bien le faire.

Rosemary Standley chante et joue « Près des remparts de Séville » :

Carmen :

Près des remparts de Séville,

Chez mon ami Lillas Pastia,

J’irai danser la séguedille,

Boire du Manzanilla,

J’irai chez mon ami Lillas Pastia !

 Don José :

Tais-toi ! Je t’avais dit de ne pas me parler !

Carmen :

Je ne parle pas, je chante.

Et puis je pense.

Il n’est pas défendu de penser…

Je pense à un certain officier qui m’aime,

Et qu’à mon tour, je pourrais bien aimer…

Elle chante :

Mon officier n’est pas un capitaine,

Pas même un lieutenant.

Il n’est que brigadier,

Mais c’est assez pour une bohémienne,

Et je daigne m’en contenter !

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