« “Zeperri”, un conte magique »

Posté le par le français dans le monde

À chaque numéro, le témoignage d’une personnalité marquante de l’émission de TV5Monde présentée par Ivan Kabacoff. Aujourd’hui, Mônica Cristina Corrêa, enseignante de français au Brésil. Une rubrique « Étonnants francophones » à retrouver dans le numéro 428 (mars-avril 2020) du Français dans le monde.

Bandeau DF


« C’était l’été 2004-2005 au Brésil (cette saison commençant en décembre et finissant en mars). Avec ma sœur, on voulait passer quelques jours à Florianópolis, une très jolie ville dans le sud du pays. En dépit d’une importante immigration italienne et allemande au début du xxe siècle, on y sent l’influence portugaise puisque ce sont les Açoriens qui l’ont d’abord colonisée. Nous avions réservé dans une auberge, mais à notre arrivée, celle-ci est complète : nos réservations avaient été annulées ! Il s’ensuivit une discussion (assez chaude) avec la jeune patronne, mais son mari nous a apporté la solution : « La charmante auberge Zeperri vous accueillera », nous a-t-il assuré.

Nous avons hésité, car ce n’était pas dans un quartier très branché de « Floripa », mais on n’avait pas le choix. La sonorité de « perri », invraisemblable en portugais, m’a fait immédiatement penser à la langue française. Le patron me l’a confirmé : « Il s’agit du nom d’un aviateur français des années 1920 qui s’est posé ici. On vous expliquera. » Finalement, c’était un chalet charmant au bord d’une plage de sable blanc : une sorte de paradis. Je n’ai pas attendu pour revenir à la charge auprès du patron : « Vous êtes Monsieur Zé ? » « Non, me répond-il, je m’appelle Gerson. Zeperri était un pilote français. » J’étais jusque-là persuadée que le nom de son établissement était une composition de « Zé » (surnom qu’on donne à tous les José) et de « Perri »… J’ai insisté : « Mais s’il était français, il ne s’appellerait pas Zé… Je suis professeure de français et je vous assure qu’il n’aurait pas ce prénom. » « Si. D’ailleurs, c’est l’auteur du Petit Prince ! » Je n’en revenais pas… Je lui ai balbutié : « Antoine de Saint-Exupéry ? » « Lui-même, madame : Zeperri », m’a-t-il dit avec une pointe d’orgueil.

C’est alors là que moi, qui avais fait des études de français à l’Université de São Paulo, ma ville natale, qui avais fait un doctorat en littérature comparée Brésil-France (…), c’est là que j’ai fait face à un aspect insondable de la présence française au Brésil

C’est alors là que moi, qui avais fait des études de français à l’Université de São Paulo, ma ville natale, qui avais fait un doctorat en littérature comparée Brésil-France, moi à qui on avait attribué deux bourses de traduction (pour André Pieyre de Mandiargues en 1998 et George Sand en 2004), qui avais interviewé plusieurs auteurs francophones (dont Tahar Ben Jelloun, Tzvetan Todorov, Jean-Christophe Rufin, etc.), qui avais créé pour le journal O Estado de S. Paulo un site Internet bilingue en 2000 : « Notre Site Français », c’est là que j’ai fait face à un aspect insondable de la présence française au Brésil… J’avais lu, certes, Saint-Exupéry et je savais bien qu’il était aviateur. Mais je n’aurais jamais pu imaginer qu’il avait mis les pieds sur la lointaine Florianópolis… Le lendemain, j’interrogeais le pêcheur local dont le père se serait lié d’amitié avec « Zeperri ». Malgré les témoignages locaux, les faits de cette histoire étaient éparpillés comme les morceaux d’une ancienne mosaïque. Les relations franco-brésiliennes étant toujours le sujet de mes recherches, « Zeperri » me semblait une espèce de conte magique. Il fallait le sortir des oubliettes.

Sur le tournage de Destination Florianopolis

J’habite désormais à Florianópolis depuis 2008. J’y ai construit ma maison, grâce à la « rencontre » avec Zeperri. Dès 2005 j’avais pris contact avec les héritiers de Saint-Exupéry, dont l’amitié m’est très chère. Surtout, j’ai rencontré son neveu et filleul, M. François d’Agay, qui est venu trois fois ici. On a, avec la Fondation Antoine de Saint-Exupéry pour la Jeunesse et l’Alliance française locale, un projet d’enseignement du français à Campeche, le quartier de la ville où subsiste l’ancienne maison des pilotes. Je bataille, avec les autorités compétentes, pour que cette maison soit réaménagée. J’ai réalisé plusieurs expositions sur « Saint-Ex’ » et l’Aéropostale ; j’ai traduit six de ses œuvres pour une grande maison d’édition au Brésil ; les projets ne cessent pas. En 2014, racontant ce rêve en couleurs de l’amitié d’un Français cultivé avec un simple Brésilien qui pêchait pour gagner sa vie, j’ai écrit l’album illustré L’Aviateur et le Pêcheur, auquel a été décerné le Prix Saint-Exupéry pour la Jeunesse dans la section Francophonie. Mon changement de cap était alors couronné et ma passion pour la culture française renouvelée !

Retrouvez MÔNICA dans Destination Francophonie

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