La gloire des immortels

Posté le par le français dans le monde

Dans le contexte de crise actuelle liée à l’épidémie de coronavirus, votre revue met en ligne tous les jours à midi, depuis le 20 mars – journée de célébration de la francophonie –, un article du « Français dans le monde » en libre accès. Aujourd’hui, la rubrique Bande dessinée du numéro 426 de novembre-décembre 2019, un article de Sébastien Langevin en hommage au grand dessinateur Albert Uderzo – l’autre père d’Astérix avec René Goscinny – décédé le 24 mars d’une crise cardiaque. Bonne lecture (et bon courage) à toutes et tous !

 

Astérix et Tintin, les deux icônes de la bande dessinée franco-belge, fêtent leurs anniversaires en cette année 2019. Et les deux vénérables se portent comme un charme.

 

L’un a fêté ses 90 ans en début d’année 2019, l’autre a soufflé ses 60 bougies le 29 octobre dernier : jamais ces deux anciens ne sont aussi bien portés. Le premier, reporter de son état, ne sort jamais sans son petit chien blanc et parcourt la planète (et au-delà) avec une insatiable curiosité. Partant de Bruxelles, Tintin le globe-trotter a conquis le monde et voyagé jusqu’à la Lune, dans deux albums prophétiques (Objectif Lune, 1950, On a marché sur la Lune, 1952), alors qu’en cette même année 2019 nous avons célébré en juillet les 50 ans de l’alunissage d’Apollo 11.

Si Tintin se projetait facilement dans l’avenir, Astérix puise ses racines et ses aventures dans le passé d’une France fantasmée, alors que les Romains occupent toute la Gaule, ou presque. Pour dignement fêter ses 60 printemps (et ses 2 000 ans et quelque d’histoire, donc), Astérix a mis les petits plats dans les grands. Un 38e album, La Fille de Vercingétorix, est paru le jour même de son anniversaire.

Né à Paris d’une mère ukrainienne et d’un père polonais, le scénariste René Goscinny est décédé en 1977. Le dessinateur Albert Uderzo, dont les deux parents étaient italiens, a depuis bien longtemps transmis les pinceaux. Mais Jean-Yves Ferry et Didier Conrad, leurs successeurs respectifs, portent haut le flambeau du petit Gaulois, de son pote Obélix, du chien Idéfix et du chef de village Abraracourcix. Sur le balcon d’un HLM de Bobigny, chez Albert Uderzo, telle était bien l’idée originale de son ami René : « Nous inspirant du nom de Vercingétorix, souvenir des premières leçons d’Histoire de notre enfance, nous baptisons aussitôt nos personnages : Astérix, Obélix, Panoramix, et autres “i”. Nos Romains auront des noms en “us”, comme “Encorutilfaluquejelesus” ; leurs villes, des noms se terminant en “um” : Babaorum, Aquarium, Petibonum… »

 Potion magique du succès

Tout est parti de ces noms de baptême astucieux et rigolos : la bande dessinée, dans sa trame scénaristique et sa mise en forme, en découle tout entière. La fameuse potion magique ne devait durer qu’un album, le premier, mais sous la pression des lecteurs du magazine Pilote, elle accompagnera le héros dans sa petite gourde aux côtés et Obélix, « tombé dedans quand il était petit », dans son insatiable gourmandise.

Potion magique, aussi, d’un succès populaire, critique et commercial. Il y a dans le secteur économique de la BD, et de l’édition en générale, les années « avec » et les années « sans » un nouvel album d’Astérix, tant les millions d’exemplaires vendus, en Gaule comme un peu partout dans le monde, notamment en Allemagne, pèsent lourd en sesterces… C’est qu’Astérix est un condensé de France : drôle, arrogant, frondeur et tout en autodérision, chaque personnage incarne un peu de l’esprit français. Pour aboutir à une bande dessinée graphiquement confondante de simplicité élégante et efficace.

Alors qu’Astérix et compagnie poursuivent leurs aventures, le nombre d’albums de Tintin est lui gravé dans le marbre : son auteur, Hergé, a explicitement formulé le vœu que son personnage ne lui survive pas. Mais les diamants sont éternels.

A lire

Le roman de Goscinny, naissance d’un gaulois, biographie en bande dessinée par Catel, Grasset, 2019

L’autobiographie du dessinateur : Albert Uderzo se raconte, Stock, 2008

 

Le phénomène Astérix

  • 1re parution : 29 octobre 1959 dans le magazine Pilote
  • 1er album : Astérix le Gaulois en 1961 (6 000 exemplaires)
  • 377 000 000 d’albums vendus dans le monde, soit empilés : 9 050 tours Eiffel
  • Mis bout à bout, les albums font 2 fois le tour de la Terre et pèsent 13 235 tonnes (soit 380 camions de 35 tonnes chacun)
  • 38 albums
  • 111 traductions (langues et dialectes)
  • 10 films d’animation
  • 4 films « live »
  • 1 parc d’attraction : le Parc Astérix, près de Paris

 

L’un des tout derniers albums du héros gaulois, Astérix et la Transitalique, paru en 2017, mettait en scène un conducteur de char dont on ne pensait pas que le nom serait autant en résonance avec l’actualité trois ans plus tard…

 

Pas de commentaire

Laisser un commentaire