En Guyane, Noua transmet le français sans renier ses racines

Posté le par Le français dans le monde
Etonnants francophones - FDLM466 - septembre 2026 - un article écrit par Sarah Nuyten

À chaque numéro, le témoignage d’une personnalité engagée pour la langue française. Avec Destination Francophonie, de la chaîne TV5MONDE. Aujourd’hui, rencontre avec Noua Heu, professeur des écoles en Guyane française. Né au Laos et arrivé enfant en Guyane avec sa famille hmong, il a fait du français un outil d’intégration et de transmission, sans jamais oublier sa terre natale.

Je m’appelle Noua Heu. Je suis né le 2 août 1975 à Vientiane, au Laos. Aujourd’hui, je vis à Javouhey, un village de la commune de Mana, en Guyane française. Je suis marié et père de quatre garçons. Depuis plusieurs années, j’enseigne en grande section de maternelle à l’école, alors que rien ne me destinait à devenir professeur des écoles. C’est grâce à un emploi-jeune dans une école que j’ai eu un déclic. Mon travail consistait à accompagner les élèves en petits groupes et à assister les enseignants dans leurs tâches quotidiennes. Jour après jour, j’ai découvert le plaisir d’aider les enfants, notamment ceux qui rencontraient des difficultés. Je me suis rendu compte que je voulais transmettre des savoirs et accompagner les élèves dans leur parcours. En 2008, j’ai réussi le concours de recrutement des professeurs des écoles et je suis enseignant depuis cette date.

Une histoire familiale
Mon histoire avec la langue française est intimement liée à celle de ma famille. Mon père a longtemps collaboré avec les missionnaires catholiques français au Laos dès les années 1960. Quand il est arrivé en Guyane en 1979, il parlait couramment le français. L’administration française, les personnes mandatées par le ministère de l’agriculture ainsi que les autorités politiques locales venaient souvent à sa rencontre ; on lui demandait souvent servir de traducteur, car la majorité de la communauté hmong ne comprenait pas le français. Un jour, je me suis dit que si je pouvais faire comme lui ou même mieux, je serais capable d’aller très loin. C’était décidé : je devais maîtriser la langue de Molière.

Au collège, je faisais exprès de passer du temps avec des camarades qui n’étaient pas hmong. Je voulais prouver qu’un enfant asiatique pouvait parler français aussi bien que n’importe qui. Je ne voulais pas être défini par mes origines, mais être considéré simplement comme un Français. Au lycée, mes parents ont engagé un précepteur, grâce à qui j’ai découvert la culture française, la littérature et la gastronomie. Peu à peu, j’ai gagné en confiance et le français est devenu une langue dans laquelle je me sentais pleinement à l’aise.

Etonnant francophone en Guyane FDLM 466

Un vecteur d’intégration et d’ascension sociale

Aujourd’hui, je considère le français comme un formidable vecteur d’intégration et d’ascension sociale. Elle m’a permis de devenir enseignant et de trouver ma place dans la société multiculturelle guyanaise. Cependant, je n’ai jamais renoncé à ma langue d’origine. Au contraire, je l’enseigne également à mes élèves dans le cadre du dispositif d’enseignement bilingue à parité horaire mis en place par le rectorat de Guyane. Pour moi, il n’y a pas de contradiction entre ces deux langues : elles se complètent et participent toutes deux à notre identité.

Revenir un jour enseigner le français près de mon pays natal aurait une valeur symbolique particulière

En quelques décennies, la place du français a profondément évolué au sein de la communauté hmong de Guyane. Lorsque j’étais enfant, notre langue maternelle dominait largement dans les familles. Aujourd’hui, le français est omniprésent : à l’école, dans les administrations, dans les commerces et parfois même à la maison. Les parents sont fiers de voir leurs enfants réussir leurs études, mais aussi de les entendre parler français. Pour autant, nous refusons aujourd’hui et depuis toujours une politique d’assimilation car nous tenons beaucoup à notre passé. Nos traditions ancestrales jouent un rôle prépondérant dans notre vie quotidienne. Nous avons une identité et nous devons la conserver, même si nous avons été déplacés à l’autre bout du monde.

Mon projet est de partir enseigner le français en Asie du Sud-Est, au Vietnam, en Thaïlande ou au Laos. En 2008, lors d’un stage à Hô Chi Minh-Ville, j’ai découvert l’enseignement en milieu plurilingue et cette expérience m’a marqué. Revenir un jour enseigner près de mon pays natal aurait une valeur symbolique particulière. J’ai dû quitter mon pays à cause de l’instabilité politique, chassé par les communistes laotiens. Ce projet de retour au pays est un message destiné à ma terre natale. Je suis parti, j’ai appris et je pardonne. Apprendre le français m’a permis de voir loin, de m’ouvrir au monde qui nous entoure et de développer un sentiment de fraternité.

 

 

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