« Mon rêve : briser les murs linguistiques en Afrique »

Posté le par le français dans le monde

À chaque numéro, le témoignage d’une personnalité marquante de l’émission de TV5Monde présentée par Ivan Kabacoff. Aujourd’hui, Chris Mburu, haut-fonctionnaire kényan des Nations unies, en poste en République du Congo. Une rubrique « Étonnants francophones » à retrouver dans le numéro 434 (mai-juin 2021) du Français dans le monde.

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Chris Mburu

« J’ai grandi dans un petit village du Kenya qui s’appelle Mitahato, à une cinquantaine de kilomètres de Nairobi, la capitale. Il n’y avait ni eau courante ni électricité. On était pied-nus pour aller à l’école, mais mon enfance a été remplie de joie avec mes amis et ma famille. C’était sortir du village la difficulté, même pour ceux qui réussissaient à l’école. J’ai eu cette chance. Je suis entré à l’université, j’ai fait du droit. J’ai ensuite obtenu une bourse du programme Fulbright pour faire mon Master à Harvard, aux États-Unis.

Après mes études j’ai eu l’opportunité d’intégrer une ONG américaine qui m’a envoyé en République démocratique du Congo pour être formateur dans des ONG qui travaillaient en faveur de la démocratie, des droits de l’homme et du développement. À l’époque, je ne parlais pas un seul mot de français. Mais pour réussir dans ma mission, j’ai commencé à l’apprendre. Plus tard, je suis devenu fonctionnaire international aux Nations unies, où j’ai continué à apprendre le français. C’était tellement difficile pour un adulte anglophone comme moi ! Mais, en analysant les opportunités offertes à l’ONU à ceux qui parlaient deux langues internationales, j’ai développé une passion pour la langue de Molière.

« En analysant les opportunités offertes à l’ONU à ceux qui parlaient deux langues internationales, j’ai développé une passion pour la langue de Molière »

En octobre 2020, lors de la visite de l’ambassadrice de France au Kenya à Mitahato, « le village qui rêve de parler français ».

Je dois toutes les opportunités que j’ai eues à la langue française, y compris mon poste actuel de coordonnateur résident des Nations unies en République du Congo, basé à Brazzaville. L’une des journées les plus marquantes de ma vie fut lorsque j’ai présenté mes lettres de créance, le 23 octobre 2020, à M. Sassou NGuesso, un chef d’État d’un pays 100 % francophone ! Qui aurait cru que le petit garçon de Mitahato en arriverait là un jour ? Mon seul regret fut que ma mère ne pouvait pas être là, car elle est morte dix mois plus tôt…

Mais elle m’a aidé à concrétiser mon rêve : faire sortir les enfants de Mitahato de la pauvreté. Et pour cela, la langue française peut donner des pistes. C’est pourquoi en 2019 j’y ai créé une bibliothèque francophone en transformant la vieille maison où j’ai grandi. J’ai alors lancé un défi à mes amis : aidez-moi à trouver des livres ! Quelques mois plus tard, le premier don est arrivé. Et en octobre 2020, l’ambassadrice de France au Kenya, Mme Aline Kuster-Ménager, a été accueillie en héroïne par les enfants du village et intronisée « fille honoraire de Mitahato », vêtue en habits traditionnels Kikuyu, ma tribu !

« Je voudrais voir un monde où de jeunes Kenyans travaillent avec des Congolais, des Sénégalais, etc., pour développer l’Afrique sans être entravés par la langue »

J’ai aussi un rêve plus large : briser les murs linguistiques qui séparent la jeunesse des pays anglophones de l’Afrique de l’Est de celle, francophone, des pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Je voudrais voir un monde où de jeunes Kenyans travaillent avec des Congolais, des Sénégalais, etc., pour développer l’Afrique sans être entravés par la langue. Cela faciliterait aussi cette intégration africaine que les Nations unies, l’Union africaine et d’autres appellent de leurs vœux. »

Dans la bibliothèque de français créée par Chris Mburu, à Mitahato.

 

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