« Je rêvais de lire André Breton dans le texte »

Posté le par le français dans le monde

À chaque numéro, le témoignage d’une personnalité marquante de l’émission de TV5Monde présentée par Ivan Kabacoff. Aujourd’hui, Tefta KELMENDI, ministre conseillère à l’ambassade du Kosovo en France. Une rubrique « Étonnants francophones » à retrouver dans le numéro 416 (mars-avril 2018) du Français dans le monde.

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« Mon att24-Teftaachement au français remonte au lycée, où j’étais la meilleure de la classe (sourire). J’entretenais aussi un rapport plus personnel avec cette langue grâce à la culture, notamment le film de Truffaut, Jules et Jim, qui m’a beaucoup marquée, et la musique de Serge Gainsbourg ou France Gall. Le français, c’était surtout l’inconnu pour moi, contrairement à mes grands-parents. Ils ont pu voyager et la Yougoslavie à l’époque était très francophone, et le français était pendant longtemps la première langue étrangère enseignée dans les écoles. Mais après le conflit, la jeunesse kosovare était très isolée. On était tous rêveurs et la culture était un moyen de se connecter aux autres. Même si tous les jeunes se mettaient à l’anglais… Moi, je considérais qu’il fallait garder ce côté polyglotte propre à l’Europe. Et puis, je trouve le français… très joli.

« À la fin de mes études, j’ai décidé de prendre une année sabbatique pour aller en France. Pour vraiment apprendre une langue il faut s’immerger dans la culture du pays »

C’est pourquoi, à la fin de mes études, j’ai décidé de prendre une année sabbatique pour aller en France. Pour vraiment apprendre une langue il faut s’immerger dans la culture du pays. Je travaillais comme serveuse et en même temps je prenais des cours à la Sorbonne. Dès le début, moi qui ai toujours été attirée par le surréalisme, je me suis lancé le défi de lire André Breton en français : je sais que ce n’est pas le plus facile – j’annotais tout et ne quittais pas mon dictionnaire – mais c’était pour moi un rêve de le lire dans le texte ! Au bout de 6 mois, j’ai été prise à Sciences Po et j’ai décidé de rester suivre un Master deux ans de plus, avant de retourner à Pristina pour travailler au ministère de l’Intégration européenne. Avant que le Kosovo ne soit formellement un État souverain – on a fêté les dix ans de son indépendance le 17 février –, l’Union européenne était notre priorité, comme d’ailleurs pour les autres pays des Balkans.

« Le Kosovo est une mosaïque culturelle et linguistique, avec deux langues officielles, l’albanais (les Albanais forment environ 90 % de la population) et le serbe »

24-Kosovo

À l’École française internationale de Pristina, la capitale du Kosovo, qui a ouvert ses portes en octobre dernier.

Le Kosovo est une mosaïque culturelle et linguistique, avec deux langues officielles, l’albanais (les Albanais forment environ 90 % de la population) et le serbe. Mais dans certaines régions s’expriment d’autres langues, le turc, le bosniaque et le romani, en usage officiel dans certaines municipalités. On y aime la culture et la langue françaises, mais on trouve souvent que c’est une langue difficile à apprendre. Je ne sais pas pourquoi car l’albanais n’est pas du tout facile ! (Rire.) J’essaye de changer cette attitude-là, parmi les jeunes et mes collègues au niveau institutionnel. En tant que ministre conseillère, je suis représentante auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie, dont le Kosovo est membre observateur depuis 2014. J’apprécie l’esprit et les valeurs de l’OIF qui réunit des régions très diverses autour d’une langue commune et met l’accent sur l’innovation, la jeunesse et l’égalité femme/homme. De plus, cela nous offre des opportunités d’échanges avec les pays africains, où il y a un besoin de faire mieux connaître le Kosovo, qui est aujourd’hui reconnu par 116 pays membres de l’ONU.

Je milite pour que les jeunes s’orientent vers le français : l’avenir de la francophonie me semble positif avec tout ce qui est fait pour maintenir l’usage et la place du français dans le monde, et pour promouvoir la diversité linguistique. Mais je crois qu’il est aussi important de créer un besoin. La mobilité universitaire ou les opportunités de travail déterminent aussi le choix d’une langue. »

Retrouvez Tefta dans Destination Francophonie

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