FDLM#466 : article supplémentaire sur le handicap (ADCUEFE)
Article en complément de la Tribune didactique de l'ADCUEFE - #FDLM466 septembre 2026.
Accompagnement du Handicap des étudiants internationaux
article rédigé par Virginie Cartier, Maitre de Conférences, UR CONFLUENCE : Sciences et Humanités (EA 1598)
Directrice de l’Institut de Langue et de Culture Françaises (ILCF de Lyon), UCLy, Lyon
Qu’est-ce qu’un handicap ?
La loi n° 2005-102 du 11 février 2005, article L114, définit ce qui constitue le handicap ainsi : « […], toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant. »
Les handicaps, visibles et invisibles, peuvent être liés à des causes médicales, à des accidents ou au vieillissement. Leurs conséquences se classent généralement dans les catégories suivantes :
- Trouble moteur (dyspraxie, handicap moteur),
- Troubles des apprentissages : (anciennement dyslexie, dyscalculie),
- Trouble psychiatrique (dépression, troubles anxieux, bipolarité, TCA…),
- Trouble neurodéveloppemental (TDA/H, TSA),
- Maladies (chroniques et invalidantes, cancer, diabète…),
- Trouble sensoriel (auditif, visuel)
Eléments réglementaires français
Pour permettre une meilleure prise en compte du handicap, notamment au sein des universités, la réglementation en France a évolué ces dernières décennies, à travers de nombreux textes de référence.
La loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées (dite loi handicap) donne d’abord une définition juridique du handicap en l’envisageant dans sa diversité. Cette loi introduit un changement de paradigme : ce n’est plus à la personne en situation de handicap de s’adapter à la société mais c’est à la société de s’adapter à la personne pour restreindre les situations de handicap. Concernant les étudiants, la loi réaffirme la possibilité de prévoir des aménagements afin que les étudiants en situation de handicap poursuivent leurs études, passent des concours avec les mêmes chances de réussite que les autres candidats.
La loi n° 2013-660 du 22 juillet 2013 relative à l’enseignement supérieur et à la recherche (dite loi Fioraso) a prévu la mise en place d’un schéma directeur pluriannuel en matière de politique du handicap au sein des établissements d’enseignement supérieur. Ce schéma formalise les actions mises en place pour accompagner le handicap dans l’université en s’articulant autour de l’accompagnement des étudiantes et étudiants en situation de handicap, des personnels en situation de handicap.
S’inscrivant dans la continuité du décret no 2021-1480 du 12 novembre 2021, la circulaire du 06/02/2023 a pour objet de préciser les dispositifs relatifs aux aménagements des épreuves d’examens et concours de l’enseignement supérieur pour les candidats en situation de handicap ou avec un trouble de santé invalidant. Cette circulaire vise à renforcer l’accessibilité de l’enseignement supérieur.
Enfin, la circulaire « Droits des étudiants en situation de handicap ou avec un trouble de santé invalidant » dans le cadre de leur parcours de formation dans l’enseignement supérieur » parue le 11 juillet 2024 vise à préciser les droits des Etudiants en Situation de Handicap (ESH), tout au long de leur parcours de formation, de l’entrée dans l’enseignement supérieur à leur insertion professionnelle.
Point de situation des ESH
Une étude menée par le Ministère chargé de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche sur les données 2024 a permis de conclure à une nette augmentation des étudiants répertoriés comme étant en situation de handicap. Le graphique suivant reprend l’évolution du nombre d’étudiants en situation de handicap (ESH) entre 2004-2005 et 2023-2024 en précisant les changements de réglementation successives :
Cette croissance est-elle liée à l’évolution de la réglementation, à une identification plus précise des handicaps, à une sensibilisation du personnel universitaire ? Il est difficile de l’affirmer ; les sources de cette augmentation sont certainement multiples.
A noter qu’en 24-25, selon les études du ministère, le pourcentage du nombre d’ESH étaient de 2,0 % dans l’enseignement supérieur (soit 64 000 ESH) et de 3,4 % à l’université publique. L’UCLy atteignait un niveau de 5,1 % suivi par la mission handicap.
Ainsi, l’UCLy, comme de nombreuses universités, a élaboré une stratégie d’accompagnement au travers de son schéma directeur handicap étudiants visant à permettre l’accès aux enseignements et à la recherche pour les ESH, intégrant l’accueil, l’accessibilité de l’enseignement, des locaux et des services (bibliothèque, pôle santé…), des activités associatives et animations culturelles. Un des objectifs principaux est de favoriser la réussite étudiante, l’autonomie et l’insertion professionnelle.
Suivi du handicap et aménagement pour les étudiants internationaux
Il existe peu de documents sur les étudiants internationaux en situation de handicap. Malgré une augmentation des mobilités internationales ces dernières années, y compris chez les étudiants en situation de handicap, les difficultés rencontrées à l’étranger (obstacles administratifs, financiers, médicaux, de mobilité), créent des inégalités contraires aux principes de non-discrimination défendus par les droits français, européen et international.
Campus France propose des mesures d’accueil et d’aide au quotidien dans les études et dans la gestion de la vie quotidienne (https://www.campusfrance.org/fr/etudiant-situation-handicap-France). Cependant, la concrétisation de ces mesures peut être complexe.
Le rapport de la CGE et UniLaSalle Terre de 2021 analyse les difficultés rencontrées hors du cadre académique et souligne le manque de coordination entre les pays concernant l’accès aux soins, aux droits et aux informations (Quernin, de Sousa, 2021). Bien que certains dispositifs existent à l’international, leur accès reste compliqué en raison des différences de législation et de standards selon les pays.
Pour améliorer la situation, 79 recommandations à l’échelle française, européenne et internationale, ont été proposées autour d’une meilleure prise en charge des assurances santé, la création d’une « valise médicale cabine » pour le transport de traitements ou de dispositifs médicaux, un financement européen de l’accompagnement du handicap et des référents handicap dans les ambassades (Quernin, de Sousa, 2021, p. 7).
L’observation dans les structures de formation au FLE montre que peu d’étudiants internationaux en situation de handicap souhaitent être accompagnés. Pour exemple, à l’ILCF de Lyon, moins de 0,5 % des ESH internationaux se déclarent auprès du service de santé étudiante malgré les moyens mis en œuvre pour informer ; pour rappel, le taux en 2025-26 atteint 6,5 % au sein de l’UCLy. Est-ce une question liée à la culture d’origine qui favorise plus ou moins l’inclusion des plus vulnérables ?
Conclusion
Le cadre réglementaire français d’accompagnement des ESH a considérablement évolué ces dernières années pour garantir l’égalité des droits des étudiants en situation de handicap. La sensibilité aux difficultés dans les études et la formation des acteurs de l’enseignement supérieur a certainement permis de mieux accompagner les ESH. Cependant, des marges de progression demeurent, notamment pour les étudiants internationaux, encore trop peu intégrés dans les dispositifs existants. Une meilleure coordination entre établissements, pays d’origine et acteurs institutionnels apparaît indispensable pour que le principe de non-discrimination devienne une réalité concrète pour tous les étudiants, quelle que soit leur origine. Il serait également intéressant de valoriser l’engagement des instituts lors de la labélisation Qualité FLE.
Quernin, X. et de Sousa, M. (2021). La mobilité internationale des étudiants en situation de handicap : Étude exploratoire. CGE – Conférence des Grandes Ecoles et UniLaSalle Terre. 111 p. Disponible sur https://www.cge.asso.fr/wp-content/uploads/2017/06/2021-07-06-etude-exploratoire-la-mobilit-des-tudiants-en-situation-de-handicap.pdf.

