« La francophonie m’a offert un espace de rencontres »
FDLM. 463 - Langue - Etonnants francophones - Propos recueillis par Sarah Nuyten
A chaque numéro, le témoignage d’une personnalité marquante de l’émission de TV5MONDE présentée par Ivan Kabacoff. Aujourd’hui, Lindita Trashani, guide touristique francophone et présidente de l’Association des professeurs de français d’Albanie.
Je suis née à Shkodër, dans le nord de l’Albanie, une ville à laquelle je suis profondément attachée et où je vis encore aujourd’hui. Mon parcours est intimement lié à ma ville natale et à la langue française. Ce dernier lien se devine parfois dans des détails du quotidien – ma sonnerie de téléphone est une chanson d’Édith Piaf, par exemple. Depuis 2010, j’enseigne dans la section bilingue du lycée Oso Kuka, un cadre exigeant qui permet de former des élèves ouverts sur le monde et la francophonie. En parallèle, j’ai travaillé pendant dix ans comme professeure vacataire à l’Université de Shkodër, ce qui a enrichi ma pratique pédagogique.
Ma vie professionnelle ne se limite pas à l’enseignement. Depuis plus de vingt ans, je suis aussi guide touristique francophone, parmi les premières après la chute du communisme, dans un pays resté fermé pendant près de cinquante ans. Faire découvrir l’Albanie, raconter son histoire, sa culture et ses paysages, est pour moi une autre manière de transmettre et de créer des ponts. Le français est ainsi devenu le fil conducteur de ma vie : je l’enseigne, je le pratique comme guide, je le fais vivre au quotidien.

Un choix déterminant
J’avais 10 ans lorsque j’ai découvert le français au collège et je suis immédiatement tombée sous son charme. Elle a été mon premier amour, celui que l’on n’oublie jamais. Ce lien s’est nourri dans le cadre familial : un oncle francophone me faisait lire des versions abrégées en « français facile » de grands classiques comme Le Petit Chose ou L’Homme qui rit. Ces lectures ont façonné mon imaginaire et ont donné au français une place intime, bien avant qu’il soit un choix d’études. Très jeune, j’ai su que je voulais choisir le français au lycée des langues. À l’époque, l’orientation dépendait du conseil de quartier, qui décidait du lycée que les élèves pouvaient intégrer : j’ai eu la chance de pouvoir suivre cette voie et cela a été déterminante pour le reste de ma vie.
Aujourd’hui, j’essaie de transmettre à mes élèves non seulement une langue, mais aussi une curiosité et une ouverture sur le monde. Leur donner envie d’aimer le français est aussi important que de leur en enseigner la grammaire. Cet engagement se prolonge dans mon rôle de présidente de l’Association des professeurs de français d’Albanie. Avec mes collègues, nous organisons de nombreuses activités pour soutenir les enseignants et motiver les élèves à apprendre une langue exigeante, dans un contexte où le choix du français n’est pas toujours le plus évident.
L’été, je deviens guide touristique francophone et je raconte l’Albanie à des visiteurs de plus en plus nombreux. La francophonie m’a offert un espace de rencontres. Grâce à elle, j’ai travaillé avec des collègues venus de nombreux pays et fait la connaissance de personnalités inspirantes. En Albanie, la francophonie constitue aujourd’hui un paysage éducatif et culturel porté par des institutions, des réseaux et surtout par des femmes et des hommes engagés.
J’ai de nombreux projets inspirés par le français, notamment au sein de l’association. Pour le Printemps de la francophonie 2026, par exemple, nous avons un projet commun avec des collègues du Kosovo, en réunissant des élèves albanais et kosovars autour d’un thème très actuel : l’intelligence artificielle. Cette aventure francophone m’enthousiasme, car cette langue n’est pas seulement mon métier : c’est un compagnon de route.

