Le français est entré dans ma vie grâce à Patricia Kaas

Posté le par Le français dans le monde
FDLM. 462 - Langue - Etonnants francophones - Propos recueillis par Sarah Nuyten

Dans chaque numéro, le témoignage d’une personnalité marquante de l’émission de TV5Monde présentée par Ivan Kabacoff. Aujourd’hui, Marija Naumova-Bullita, ancienne gagnante de l’Eurovision pour la Lettonie.

Je suis née à Riga un 23 juin, le jour de Ligo. C’est une date très spéciale en Lettonie, car il s’agit de la plus grande fête populaire du pays, celle du solstice et de la Saint-Jean. Aujourd’hui, je suis chanteuse, actrice, metteuse en scène et productrice, même si, officiellement, j’ai une formation en droit. En réalité, c’est sur scène que je vis et travaille depuis près de trente ans.
J’ai grandi dans les coulisses du théâtre, car ma mère était comédienne. J’ai voulu suivre ses traces et intégrer la même école d’arts dramatiques qu’elle, à Moscou. Mais en raison de problèmes de vue, j’ai été jugée inapte… À l’époque, dans l’espace postsoviétique, il n’existait pas de lentilles de contact pour corriger ce défaut. Par dépit, je me suis lancée dans des études de droit, mais le destin m’a finalement ramenée sur scène peu après. J’avais 16 ans lorsque le français est entré dans ma vie, par le biais de la chanteuse Patricia Kaas. Je l’ai vue interpréter Mademoiselle chante le blues à la télévision, sur un minuscule écran en noir et blanc. Cette fusion entre la musique et la langue m’a bouleversée. Une semaine plus tard, j’assistais à mon premier cours de français, déterminée à apprendre cette langue.
Depuis, elle fait partie de moi. En 1993, le premier bar karaoké de Riga a ouvert et j’ai commencé à y chanter le soir. J’ai rencontré des musiciens de jazz qui m’ont proposé de travailler avec eux. C’est ainsi qu’a débuté ma carrière musicale. J’avais 20 ans. J’ai ensuite participé à des concours en Lettonie et à l’étranger, puis j’ai eu la chance de rencontrer le compositeur Raimonds Pauls, célèbre dans l’espace postsoviétique et en Asie. Ma collaboration avec lui a constitué un tournant. J’ai également joué au
théâtre, en letton comme en russe. Et en 2002, j’ai remporté le concours Eurovision de la chanson,
un moment clé de ma carrière, qui m’a ouvert beaucoup de portes. J’ai créé ma société de production en 2000 et je continue depuis à évoluer dans le monde du spectacle. Mais ma vie a connu une parenthèse importante : pendant neuf ans, ma famille et moi avons
vécu entre la France et la Lettonie. Mon fils est né à cette période, durant laquelle j’ai volontairement ralenti mon activité. À Paris, j’ai repris des études de théâtre et de jazz. Ce furent des années précieuses et riches. La langue française est une porte ouverte sur une culture magnifique, pleine de poésie et de musique, dont je suis toujours éperdument amoureuse. Parler français, c’est avoir la possibilité de l’interpréter, d’en comprendre les subtilités. La langue française me relie aussi à tous mes amis français, à ces musiciens extraordinaires avec qui j’ai la chance de travailler depuis de nombreuses années.

Et puis il y a ma famille, qui vit en France – ma fille s’y est même mariée. Alors je chéris ce lien spécial et le prolonge ici, en Lettonie : je fais régulièrement de petites tournées avec un programme français. Nous recevons régulièrement des musiciens venus de Paris, j’aime la légèreté de leur musique, associée à l’incroyable beauté et à la mélodie de la langue française. Depuis des années, je travaille aussi avec mon ami Sébastien Giniaux, un violoncelliste extraordinaire et l’un des meilleurs guitaristes de jazz manouche. En 2016, nous avons enregistré à Paris un album construit sur des poèmes lettons. Nous réfléchissons aujourd’hui à un nouveau projet, avec de nouveaux textes, peut-être en partie en français… J’aime profondément ce mélange : musique lettone avec des mots français, ou musique française avec des textes lettons. Le public y est très sensible, tout comme moi. J’ai l’impression de me reconnaître dans ce dialogue entre deux cultures.

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