États des lieux
Le français dans les pays arabes
Situations contrastées, mais progrès dans l’ensemble. Si les principaux pays arabes connaissent
presque tous une augmentation des locuteurs francophones, il n’en demeure pas moins que
l’enseignement et la diffusion de la langue rencontrent, selon les pays, un certain nombre de diffi cultés.
L’analyse de la situation dans cinq grands pays francophones du monde arabe.
Décembre 2007 - N°15
Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
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Algérie
« Pénurie » d’enseignants de français
Selon des sources fi ables relayées par le quotidien national d’information
El-Watan, près de 10 200 élèves issus d’établissements scolaires
de 25 wilayas (sur un total de 48 régions) du pays ont été « dispensés
» cette année de l’épreuve de français lors de l’examen de
fi n de cycle primaire (ex 6e) dont la première session s’est déroulée
le 27 mai 2007. Ces élèves ont été privés durant leur cursus de l’enseignement
de cette langue et, afi n de ne pas les pénaliser, il a été
décidé de les « exempter » de français. Ils ont donc composé uniquement
avec deux matières : l’arabe et les mathématiques et ont vu le
total de leurs notes divisé par 4. Par contre ceux qui ont eu la chance
de concourir avec le français en plus ont vu leur cumul divisé par cinq
pour avoir la moyenne générale. À signaler que l’épreuve de français
a pour coeffi cient 1, seulement, et s’est déroulée après celle d’arabe
et de mathématiques. Offi ciellement cela est expliqué par l’indisponibilité
d’enseignants de langue française dans les zones et wilayas
les plus reculées du pays (Sud et extrême Est particulièrement). En
effet le problème de l’enseignement du français se pose avec acuité
dans quatre wilayas du pays : Djelfa, Tamanrasset, Souk-Ahras et
Tébessa. Au fi n fond de la wilaya de Djelfa et dans certaines villes du
Sud, il n’y a aucun enseignant de langue française.
En cause, les salaires. Ils sont très faibles pour accepter d’aller travailler
loin d’Alger, la capitale.
Conscient du problème, le ministère a mis en place une série de
mesures. Ainsi, il sera octroyé un logement à tout enseignant du
Nord intéressé par un travail dans le Sud.
Il est également prévu l’ouverture de départements de langues étrangères
dans toutes les universités du pays, offrant ainsi l’opportunité
aux futurs bacheliers de s’inscrire dans leur région de résidence.
Autre solution trouvée : le recrutement de retraités en tant que
contractuels. Enfi n, dans le cadre de la réforme du système éducatif, il
est prévu d’ici l’horizon 2015 la formation de 136 000 enseignants.
Liban
La concurrence de l’anglais
Aujourd’hui au Liban, le français est fortement concurrencé
par l’anglais. Il y a quelques décennies, le français était la
première langue étrangère enseignée dans les établissements
libres nationaux et étrangers. De nos jours, il partage
avec l’anglais cette première place dans les établissements
privés dont les élèves, au cycle universitaire, se
spécialisent généralement en anglais, vu l’importance de
cette langue dans les divers secteurs de l’activité économique
et du travail.
20, 5 % de la population est trilingue et, en général, les
familles libanaises préfèrent envoyer leurs enfants dans des
écoles francophones où ils apprennent l’anglais comme
deuxième langue – le français étant langue seconde – et
arrivent de la sorte à maitriser l’anglais et le français à la
fois… car si l’anglais a gagné du terrain, le français se maintient
honorablement.
Au Liban, donner un cours de français conduit à enseigner
le savoir-vivre et le savoir-être, la politesse et les valeurs, le
respect des droits et l’éducation à la citoyenneté.
Pour que le français garde sa place, trois actions sont prioritaires
: il faut inventer des méthodes innovantes, modernes,
attractives pour maintenir l’intérêt de l’apprenant à
l’égard d’une langue qu’il étudie depuis la maternelle ;
recycler les professeurs du primaire et du secondaire et instaurer
des centres de lecture et de documentation francophones
à Beyrouth et dans les régions.
Ilham Slim-Hoteit, chef du Département de Langue et Littérature
françaises, UL. Secrétaire générale de l’Association libanaise
des enseignants de français (ALEF) et de la Commission du monde
arabe de la FIFP. Sophie Salloum, présidente de l’ALEF.
Contact ALEF : ssalloum@lynx.net.lb
Égypte
Le français a une bonne réputation
L’enseignement élémentaire et
secondaire en français est très
recherché pour l’ouverture et l’exigence
intellectuelles qui lui sont
associées ; il est perçu comme contribuant
de manière très effi cace à la
formation des futurs citoyens, à
la fois conscients de leurs valeurs,
mais aussi ouverts sur le monde, sa
diversité et ses défi s. Le français est
très minoritaire en tant que langue
vivante 1 (essentiellement enseignée
dans le réseau des écoles bilingues
et des écoles d’investissement, soit
un peu plus de 45 000 élèves). Il est
surtout la deuxième langue vivante
choisie par la très grande majorité des jeunes Égyptiens. Les diverses
écoles intégrant des programmes en français constituent des laboratoires
observés très attentivement par les autorités ministérielles égyptiennes
dans une optique de réforme du système éducatif.
Quelles perspectives donc ? Le renforcement de la présence du français
passe par l’actualisation des instructions offi cielles dans l’enseignement,
avec préconisation d’une approche centrée sur l’apprenant,
qui acquiert de plus en plus d’autonomie. L’introduction de documents
authentiques est indispensable, pour permettre aux apprenants
de situer leur apprentissage en lien étroit avec la réalité tant de
la civilisation étudiée que de leur propre environnement. Le culturel
ne doit jamais être séparé du linguistique ; l’insertion du citoyen dans
son contexte culturel, social et économique est primordiale. Les Tice
sont également un vecteur à privilégier tant pour l’auto-apprentissage
que pour le recours à des banques de données d’activités d’apprentissage
ou pour la formation continue des enseignants. La qualité objective
de l’apprentissage doit enfi n être mesurée et l’adéquation entre
l’enseignement et les attentes des apprenants (et de l’institution) doit
être la plus grande possible.
Jean-Pierre Vidal, attaché de Coopération éducative au CFCC du Caire et Sawsan
Korra, Association égyptienne des enseignants de français (AEPF), conseillère
du ministre égyptien de l’Éducation. Contact AEPF : aepf_egy@hotmail.com
Maroc
Le français en partenariat avec l’arabe
Il est vrai que nous entendons souvent dire que le français
est en déclin dans le monde arabe. Cette affi rmation résulte
de la comparaison de deux périodes tout à fait différentes.
La première (1950-1980) correspond au début des indépendances,
période où l’effet colonial était encore fort présent,
notamment sur le plan linguistique. À partir des années
1980, commence un processus d’arabisation qui a touché
l’école et les administrations. Il se passe alors un retour à
la norme un demi-siècle après l’indépendance : la langue
française reprend sa place de langue étrangère, même si
elle garde une place de choix. Elle est nommée dans les textes
offi ciels marocains « langue étrangère privilégiée ». Elle
est donc présente dès les premières années de scolarisation
des enfants qui ont souvent quelques notions de cette langue
avant d’intégrer l’école. Certains milieux, notamment
les milieux aisés, sont très francisés. C’est donc une langue
enseignée obligatoirement à tous. Mais c’est aussi une langue
d’enseignement puisque la plupart des matières scientifi
ques sont enseignées en français, surtout dans le supérieur,
en classes préparatoires et dans les grandes écoles…
Voici quelques propositions pour relancer cette langue
au Maroc : assurer la formation continue des enseignants ;
mettre en place des activités parallèles où les élèves retrouveront
un bain linguistique en dehors de la classe : concours,
rencontres avec des écrivains, débats en français… ; veiller à
ce qu’il y ait des passerelles entre les deux langues ; et enfi n,
il est nécessaire de mettre l’accent sur la diversité de la langue
française : ce n’est pas seulement la langue de la métropole,
mais celle d’un espace beaucoup plus large.
Abdallah Baida, Association marocaine des enseignants
de français (AMEF). Contact AMEF : amef@menara.ma
Tunisie
En croissance, malgré la qualité
Il n’y a jamais eu autant de jeunes Tunisiens apprenant le français en
Tunisie ; sachant qu’il n’y en a jamais eu autant à être scolarisés : depuis
2002, la fréquentation d’une institution scolaire est obligatoire de 6 à
16 ans et l’étude du français est obligatoire de la 3e année de l’école primaire
jusqu’au baccalauréat (au total, le jeune Tunisien qui poursuit ses
études jusqu’au baccalauréat étudie le français durant près de 2000 heures
étalées sur 11 années).
En outre, le français est langue d’enseignement des
disciplines scientifi ques et techniques au lycée et à
l’université. Si l’on aborde la question sous un angle
qualitatif, la réponse est plus nuancée. Le niveau des
acquis des élèves n’est pas, en général, à la hauteur
de l’investissement horaire et pédagogique consenti
par l’État tunisien.
En dehors de l’école, l’usage du français se maintient
dans les secteurs éducatifs, de la recherche, des affaires,
du tourisme et de manière partielle dans les secteurs
de la culture et de l’information. Une bonne
pratique du français reste un atout majeur pour l’accès
à un emploi dans les secteurs cités.
Quelles actions à mener donc pour relancer le français
? Pour réintroduire de la cohérence dans l’enseilangnement
du français, il parait urgent d’articuler
nos programmes d’enseignement au Cadre européen
commun de référence à tous les niveaux de l’enseignement
et de trouver le juste équilibre entre
l’acquisition d’une compétence à communiquer en
français et l’acquisition d’une culture littéraire.
Sur cette base, il faudra repenser la formation initiale
et la formation continue des enseignants de
français en vue de l’habiliter à enseigner le français
selon des approches adaptées aux nouvelles
orientations.
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