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Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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Dossier Génération
« La jeunesse s’allonge »



Comment se fait le passage à l’âge adulte dans les sociétés européennes actuelles ? C’est à cette question que Cécile Van de Velde, aujourd’hui sociologue à l’École des hautes études en sciences sociales, a cherché à répondre dans Devenir adulte. Tableau de la jeunesse française…

Janvier-février 2010 - N°367



Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

Qu’est-ce que la jeunesse ? Comment la définir ?

La définition traditionnelle de la jeunesse est progressivement remise en cause en Europe. Elle était fondée auparavant sur des critères d’âge et de statut. La jeunesse correspondait à la tranche 16-25 ans et elle se terminait par l’installation dans la vie adulte, autrement dit une émancipation par rapport aux parents et une insertion professionnelle. Or on accède à ces étapes « adultes » de plus en plus tard. Il y a aussi une question de représentations de soi : les jeunes se perçoivent comme tels jusqu’à 30-35 ans. À l’heure actuelle, les parcours de vie sont beaucoup moins scandés qu’ils ne l’étaient. Les frontières entre les âges s’effacent, les périodes se chevauchent et les situations hybrides se multiplient : les jeunes peuvent être autonomes sur certains plans et rester malgré tout dépendants de leurs parents sur d’autres. Devenir adulte est un processus long. En sociologie, on parle de « jeunes adultes » entre la fin de l’adolescence et la trentaine. Certains utilisent même le terme d’« adulescents ».

Comment expliquer l’allongement de cette jeunesse ?

L’allongement de la jeunesse est lié en partie à l’allongement de la durée des études dans tous les pays européens, et aux difficultés d’insertion professionnelle, dans un contexte de chômage élevé. L’insertion est devenue plus difficile, et aussi incertaine, non définitive : en France, par exemple, le Contrat à durée déterminée est devenu l’emploi majoritaire des jeunes diplômés. Mais c’est aussi le résultat d’un changement en termes de valeurs : faire des études permet de choisir sa vie, qui n’est plus héritée de ses parents. Il s’agit donc de trouver sa place. La jeunesse est le temps de la définition de soi. Et l’aspiration générale est de prendre son temps…

A-t-on toujours le temps ?

Cela dépend des pays. Au Danemark, la jeunesse est un temps d’expérimentation très valorisé. Les jeunes Danois alternent des périodes où ils font des études, où ils travaillent, où ils voyagent… Les jeunes Français, eux, sont tiraillés entre le désir de prendre leur temps et une société qui leur impose un choix très précoce. Ils n’ont pas le droit à l’erreur. D’où la peur d’être « en retard ». La nécessité de réussir pèse lourdement et de plus en plus tôt – la France se rapproche en cela du Japon ou de la Corée. Parents et enfants ont tendance à surinvestir les études. Résultat : les jobs étudiants sont assez rares et peu valorisés dans un parcours. Ils sont vus comme un risque pour la réussite des études !

Sans jobs étudiants et avec des études de plus en plus longues, le moment de l’indépendance est un horizon lointain…

Paradoxalement, en France, les moyens de l’indépendance viennent tard, alors que l’indépendance elle-même est favorisée par l’éducation. La France se rapproche sur ce plan plutôt des pays d’Europe du Nord, de tradition protestante, que des pays d’Europe du Sud, de tradition catholique, qui valorisent la vie en famille. Les jeunes Français sont souvent dans une situation que j’ai qualifiée de semi-dépendance : ils ont quitté le nid familial, mais leur logement est payé par leurs parents. La rupture des liens avec les parents s’étale dans le temps. Il est vrai que les politiques publiques ne favorisent pas l’indépendance : les allocations familiales sont versées aux parents jusqu’aux 20 ans des enfants, il faut avoir 25 ans pour toucher le Revenu de solidarité active. Seules les allocations au logement sont versées directement aux jeunes.

Le film Tanguy est-il représentatif de la jeunesse française ?

Il y a du vrai dans ce film1 : l’allongement de la cohabitation entre parents et enfants, des relations moins fondées sur un rapport d’autorité qu’auparavant, la recherche de l’accumulation des diplômes. Mais contrairement à ce que montre le film, la cohabitation n’est que rarement choisie par confort. Les jeunes qui habitent chez leurs parents le font le plus souvent parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement et ils s’en sentent coupables. D’autant plus que leurs parents leur renvoient un modèle auquel ils ne peuvent pas répondre. La génération précédente a eu une ascension sociale plus facile, elle a pu quitter le nid familial plus tôt. Paradoxalement, la génération actuelle est plus diplômée que la précédente, mais elle peine à s’insérer. D’où un sentiment de déclassement, d’injustice sociale, de promesses non tenues. Mais la jeunesse française actuelle n’est pas la jeunesse frileuse et résignée, la « jeunesse kangourou » que montre le film.

Propos recueillis par Alice Tillier



À lire

Cécile Van de Velde, Devenir adulte. Sociologie de la jeunesse en Europe, PUF, Paris, 2008.



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