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Revue de la fédération internationale des professeurs de français

Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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Le concert, un film de Radu Mihaileanu



La critique de Bérénice Balta

Janvier-février 2010 - N°367



Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

Brillant ! Et drôle, fin, subtil, intelligent, magnifique… Et la liste des qualificatifs – tous élogieux, on l’aura compris – n’est pas close, pour évoquer Le Concert de Radu Mihaileanu.
Le défi était de taille, semé d’embûches : Andreï Filipov, magistral Alekseï Guskov, dans l’Union soviétique de Brejnev, refuse de se séparer de ses musiciens juifs. En pleine gloire, ce grand chef d’orchestre du prestigieux Bolchoï est, donc, licencié, relégué au poste… d’homme de ménage ! Trente ans plus tard, à la faveur d’un détournement de fax – une invitation à venir jouer au Châtelet –, il décide de remonter son orchestre et de se rendre à Paris, à la place de l’orchestre officiel, évidemment !
Avec un tel sujet, où les quiproquos le disputent aux malentendus, on pouvait craindre la farce pesante. C’était sans compter le talent et l’habileté de ce réalisateur, qui sait transformer le plomb en or. Fils d’un journaliste juif et communiste, Radu Mihaileanu, né en 1958 à Bucarest, a fui, dans les années 1980, la Roumanie dictatoriale de Ceaucescu. D’abord pour Israël puis pour la France. De ces multiples origines, apports et autres voyages, il a su faire un atout, une richesse, qui transparaissent dans ses films. De chaque poncif, il a tiré la substantifique moelle… Et de retrouver, ici, une pincée d’humour juif, là un zeste d’âme slave, également un nuage de savoir-faire « à la française » ou, encore, un soupçon de rigueur anglo-saxonne. Ce qui donne, à la fin, une recette savoureuse, légère et parfaitement équilibrée. Et ce qui ne l’empêche, nullement, par ailleurs, d’aborder des thèmes qui lui sont chers, et très sérieux, comme l’exil, l’identité, la perte des repères, la liberté bafouée, ce que lèguent les parents et, du coup, comment se construisent les enfants. Enfin, plus universellement, comment font les uns et les autres pour imaginer – et créer ! – le monde de demain…
À chaque fiction – Trahir en 1992 (un jeune poète devient otage du régime qu’il condamne), Train de vie en 1998 (des villageois décident de construire un faux « train de la mort » pour échapper aux camps), Va, vis et deviens en 2005 (une jeune Éthiopienne, chrétienne, fait passer son fils pour juif, histoire de le sauver d’une mort certaine due à la famine), Le Concert, aujourd’hui – Radu Mihaileanu dénonce la folie du monde, le désespoir des hommes, la cruauté de nos dirigeants… Sans jamais oublier, non plus, de montrer comment des pierres poussent les fleurs, d’une larme nait le sourire, de la nuit jaillit la clarté !
Moribond il n’y a pas dix ans, le cinéma roumain ou d’ascendance roumaine semble avoir retrouvé toute sa faconde et son allant… Ses représentants, de Lucian Pintilie, l’ainé, à Cristian Mungiu (l’homme à la Palme d’or en 2007 et à qui l’on doit, actuellement, le film collectif Contes de l’âge d’or), en passant par Nae Caranfil, Corneliu Porumboiu ou encore Catalin Mitulescu, sans oublier bien sûr Radu Mihaileanu, méritent tous que l’on s’arrête sur leur travail. Parce qu’ils nous apprennent des choses. Et parce qu’ils nous divertissent. Soit les deux qualités principales du cinéma !

Bérénice Balta





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