Brillant ! Et drôle, fin, subtil, intelligent, magnifique… Et la liste
des qualificatifs – tous élogieux, on l’aura compris – n’est pas
close, pour évoquer Le Concert de Radu Mihaileanu.
Le défi était de taille, semé d’embûches : Andreï Filipov, magistral
Alekseï Guskov, dans l’Union soviétique de Brejnev, refuse de
se séparer de ses musiciens juifs. En pleine gloire, ce grand chef
d’orchestre du prestigieux Bolchoï est, donc, licencié, relégué au
poste… d’homme de ménage ! Trente ans plus tard, à la faveur d’un
détournement de fax – une invitation à venir jouer au Châtelet –,
il décide de remonter son orchestre et de se rendre à Paris, à la
place de l’orchestre officiel, évidemment !
Avec un tel sujet, où les quiproquos le disputent aux malentendus,
on pouvait craindre la farce pesante. C’était sans compter le talent et
l’habileté de ce réalisateur, qui sait transformer le plomb en or.
Fils d’un journaliste juif et communiste, Radu Mihaileanu, né en 1958
à Bucarest, a fui, dans les années 1980, la Roumanie dictatoriale de
Ceaucescu. D’abord pour Israël puis pour la France. De ces multiples
origines, apports et autres voyages, il a su faire un atout, une
richesse, qui transparaissent dans ses films. De chaque poncif, il a tiré
la substantifique moelle… Et de retrouver, ici, une pincée d’humour
juif, là un zeste
d’âme slave, également
un nuage
de savoir-faire « à
la française » ou,
encore, un soupçon
de rigueur
anglo-saxonne.
Ce qui donne, à
la fin, une recette
savoureuse, légère
et parfaitement
équilibrée. Et ce
qui ne l’empêche,
nullement, par
ailleurs, d’aborder
des thèmes qui lui sont chers, et très sérieux, comme l’exil,
l’identité, la perte des repères, la liberté bafouée, ce que lèguent
les parents et, du coup, comment se construisent les enfants. Enfin,
plus universellement, comment font les uns et les autres pour
imaginer – et créer ! – le monde de demain…
À chaque fiction – Trahir en 1992 (un jeune poète devient otage
du régime qu’il condamne), Train de vie en 1998 (des villageois
décident de construire un faux « train de la mort » pour échapper
aux camps), Va, vis et deviens en 2005 (une jeune Éthiopienne,
chrétienne, fait passer son fils pour juif, histoire de le sauver d’une
mort certaine due à la famine), Le Concert, aujourd’hui – Radu
Mihaileanu dénonce la folie du monde, le désespoir des hommes,
la cruauté de nos dirigeants… Sans jamais oublier, non plus, de
montrer comment des pierres poussent les fleurs, d’une larme nait
le sourire, de la nuit jaillit la clarté !
Moribond il n’y a pas dix ans, le cinéma roumain ou d’ascendance
roumaine semble avoir retrouvé toute sa faconde et son allant…
Ses représentants, de Lucian Pintilie, l’ainé, à Cristian Mungiu
(l’homme à la Palme d’or en 2007 et à qui l’on doit, actuellement,
le film collectif Contes de l’âge d’or), en passant par Nae Caranfil,
Corneliu Porumboiu ou encore Catalin Mitulescu, sans oublier bien
sûr Radu Mihaileanu, méritent tous que l’on s’arrête sur leur travail.
Parce qu’ils nous apprennent des choses. Et parce qu’ils nous
divertissent. Soit les deux qualités principales du cinéma !
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