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Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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Zéro faute : tempête dans l’encrier



L’orthographe peut encore déchaîner les passions. Surtout quand on ose remettre en question le culte dont elle fait l’objet en France. Avec Zéro faute (François de Closets, Zéro faute, Mille et Une Nuits, 2009.), le journaliste François de Closets ouvre de nouveau le débat sur le sujet avec une enquête à la fois journalistique, historique et sociologique.

Novembre-décembre 2009 - N°366



Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

Vous faites du journalisme d’investigation dans un domaine réputé aussi figé que l’orthographe. La démarche est peu commune…

Justement, c’est un livre de journaliste, un livre d’enquête et d’investigation, non un pamphlet dans lequel je règlerais mes comptes avec l’orthographe. J’ai abordé ce sujet en m’interrogeant sur cette étrange résistance de la France au monde moderne : pourquoi la France est-elle si réactionnaire face aux changements du monde apportés par le progrès technique ? Je pense notamment au refus de l’école d’intégrer les correcteurs de l’orthographe dans l’apprentissage du français. J’ai étudié le conservatisme français dans des domaines extrêmement variés. Pour l’orthographe c’est rigoureusement la même démarche, et je découvre exactement le même type de blocage.

Dans Zéro faute, vous remarquez deux mouvements contradictoires de la société française : d’une part, la désacralisation de l’orthographe à travers les nouveaux modes d’écriture, et d’autre part, la persistance de la « graphocratie » ou du culte orthographique…

Il est vrai qu’aujourd’hui nous vivons une situation de crise : d’un côté les trentenaires ne prêtent plus qu’une attention lointaine au problème de l’orthographe, et de l’autre les gens qui ont plus de soixante ans ont une réaction phobique face aux fautes d’orthographe, les vivent comme un manque de politesse, un manque de savoir-vivre, et, à la limite, refusent de lire un texte dans lequel il y aurait des fautes. Dans la population il y a une rupture sur la langue, et c’est une fissure générationnelle. Dans les entreprises, les cadres qui ont autour de trente ans font des fautes d’orthographe, et les dirigeants sexagénaires en sont régulièrement horrifiés et appellent au secours des « coachs d’orthographe » pour remettre les gens à niveau. Il y a divorce. Or, l’ancienne génération étant appelée à disparaitre, on peut dire de façon certaine que ce culte, sous lequel nous avons vécu et qui a fait vivre toute la population française dans la terreur et la honte de la faute d’orthographe, ce culte, à terme, va disparaitre.

Pourquoi l ’école échoue-t-elle aujourd’hui là où elle a réussi hier ?

Si l’école avait réussi dans le passé ce pari incroyable de faire apprendre à tout un peuple une orthographe de scribes, c’est qu’elle avait donné à l’enseignement de l’orthographe une place démesurée, géante. Tout tournait autour de l’écrit. Depuis, d’autres matières se sont introduites dans le programme au détriment de l’orthographe : on veut développer les facultés d’expression, le sens critique. L’apprentissage de l’orthographe relève d’une pédagogie répétitive, autoritaire, unidirectionnelle, passive. Aujourd’hui on voudrait une pédagogie intéressante, interactive qui est le contraire même de la pédagogie avec laquelle on a traditionnellement enseigné l’orthographe. Je pense qu’il est beaucoup plus raisonnable de diminuer la pression sur l’orthographe, et tout concentrer sur le vocabulaire et la syntaxe. De toute façon les jeunes générations qui se mettent en place ne reconnaissent plus la valeur sacrée de l’orthographe. Toute la question est de savoir si nous maitrisons ce processus, ou si nous le subissons.

Une des manières de maitriser le processus est-elle l’introduction des nouvelles technologies dans l’enseignement ?

Je constate simplement que l’école ne peut pas continuer à être complètement coupée de la réalité, cette nouvelle réalité de l’écriture qui fait que les jeunes écrivent beaucoup plus, qu’ils utilisent l’écriture pour la conversation, l’écriture dactylographiée et non plus manuscrite, et qu’ils sont face à face avec des correcteurs d’orthographe. Si on persiste à ignorer cette nouvelle écriture, les élèves vont être complètement démotivés pour continuer : à quoi bon m’embêter à apprendre si l’ordinateur le sait ? Le professeur devrait montrer les limites du correcteur d’orthographe, expliquer aux élèves que c’est un assistant, un répétiteur, en aucun cas un professeur. Il faut apprendre à interpréter sur le plan grammatical les alertes que lance l’ordinateur. Or, on constate que les fautes de grammaire augmentent, alors que les élèves connaissent bien souvent la règle, mais ne savent pas l’appliquer. Quand on aura bien appris en classe le vocabulaire, la grammaire et l’art de se servir du correcteur, on va enfin retrouver le bonheur d’écrire. On va élever le niveau de la population avec cet outil que, pour l’instant, on utilise comme une prothèse. C’est la règle générale de la domestication du progrès…

Propos recueillis par Véra Vavilova





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