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Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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Le français à l’heure de la Méditerranée



Pour Michel Serceau, vice-président de l’Association des professeurs de lettres, le français a un rôle essentiel à jouer en tant que langue de culture, tout comme l’arabe.

Septembre-octobre 2009 - N°365



Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

L'idée d’une « Union méditerranéenne », créée en juillet 2008, pose la question de la place de la langue et de la culture française dans l’espace méditerranéen. Car une telle union n’aurait pas de sens si elle ne répondait qu’à des nécessités politiques et économiques, si elle n’avait pas une dimension culturelle. La Méditerranée n’est certes plus un foyer de culture, mais elle n’est pas non plus l’un des fronts d’un « choc des civilisations » pointé par certains. L’espace méditerranéen étant pluriculturel, il n’est pas question d’y imposer une langue et une culture. La France et la langue française ne doivent, pas plus que d’autres, s’y montrer impérialistes. Mais on ne peut nier que la France ait ici une position, voire une responsabilité, particulière. Pas seulement parce qu’elle a avec la rive sud une histoire. Elle n’est pas le seul pays d’Europe à avoir colonisé des pays du pourtour méditerranéen et de l’Afrique. Elle n’est pas non plus le seul à être géographiquement, par sa façade sud, ouvert sur la Méditerranée. Mais nulle autre langue européenne n’est, autour de cette mer, un semblable moyen de communication et vecteur de culture. Parce que cette langue d’un pays colonisateur est devenue le bien de ceux auxquels elle a été imposée : le français est aussi, pour reprendre la célèbre expression de Kateb Yacine, leur « butin de guerre ». C’est parce que la France est, de facto, engagée envers ceux qui se sont ainsi approprié la langue de ses écrivains et penseurs que le français a un rôle de choix à jouer.

Une langue de culture

Il s’agit de montrer que le français est une des pièces essentielles d’un patrimoine – et non un simple outil de communication. Ce patrimoine doit particulièrement à la Grèce ancienne. La connaissance de ses véritables contenus et enjeux fait aujourd’hui cruellement défaut. Il n’est sans doute pas possible d’enseigner à tous la mythologie. Mais rien n’interdit de profiter de la lecture des textes pour en faire une initiation. La littérature de jeunesse, les films d’animation, les BD… y puisent à satiété. Mais ils tendent à réduire les mythes à des récits d’aventure. L’image du héros prend trop aisément le pas sur la signification initiatique du récit. Ce patrimoine s’est enrichi à la Renaissance. Il n’est évidemment pas question d’imposer aux jeunes d’aujourd’hui les exigences que se donnaient les humanistes, qui apprenaient non seulement le latin, le grec, mais aussi l’arabe et l’hébreu. Mais il n’est pas inutile de savoir que le grec, le latin, l’arabe, l’italien, ont successivement enrichi la langue française. On peut, en travaillant le lexique, montrer les échanges qui ont eu lieu dans ce domaine. Il s’agit de faire découvrir également que la pensée a des racines communes autour de la Méditerranée. La substance des échanges dans le bassin méditerranéen est passée non seulement dans la philosophie et les sciences, mais aussi dans la littérature. L’étude de la langue française doit donc s’appuyer sur celle de ses textes littéraires, tout en s’enrichissant d’une initiation aux littératures anciennes et au patrimoine littéraire européen.
Les animosités dont nous sommes témoins aujourd’hui se développeraient moins facilement s’il n’y avait une telle méconnaissance du patrimoine littéraire et culturel de l’âge d’or de la civilisation arabophone. Les professeurs de français peuvent à leur niveau faire ici quelque chose. Il serait tout de même temps que les écoliers sachent qu’Aladin et Sinbad le marin ne sont pas le tout de la littérature classique arabe ! Il ne s’agirait que de se hausser au-dessus de la caricature qu’a répandue ici la littérature dite de jeunesse. L’objectif n’est pas tant de donner des connaissances que de favoriser la connaissance de l’autre. C’est le meilleur moyen peut-être d’en finir avec des sentiments néo-colonialistes. Le français ne sera pas une langue impérialiste si les autres langues qui sont utilisées autour de la Méditerranée sont reconnues comme langues de culture. Le meilleur moyen de lutter contre la fallacieuse idée d’un choc des civilisations est de montrer qu’elles n’ont jamais été des ensembles figés et clos.

Michel Serceau, vice-président de l’APL (Association des professeurs de lettres)





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