Comment se porte le cinéma français
au niveau international ?
En terme de chiffres, le cinéma français
se porte bien. En 2008, 402 films
ont ainsi été distribués en salle, c’est un
record ! Et le nombre d’entrées est également
très bon. Un certain nombre de films
français « gros porteurs », comme nous
les appelons, ont attiré les spectateurs
dans les salles. Certains ont été tournés
en langue anglaise comme Taken, qui
a très bien marché aux États-Unis, ou
Babylon A. D., d’autres sont des comédies
en français comme Astérix aux jeux
olympiques ou Bienvenue chez les Ch’tis.
Des films d’auteur se sont également très
bien exportés comme Entre les murs ou
Persépolis. 2008 a été une année record
à plusieurs niveaux, mais ce résultat est
fragile. Il n’est pas certain qu’il y ait autant
de films porteurs cette année. Et la période
de crise a fragilisé les acheteurs hors de
France : ils sont preneurs de moins de
films, et surtout les prix d’achat ont chuté
de 30 à 50 %...
Quels sont les pays qui réservent le
meilleur accueil au cinéma français ?
Les États-Unis demeurent le premier
marché, même si, comparé aux productions
nationales, la pénétration du cinéma français
y est relativement faible. La Russie
vient en deuxième. Les films américains
ont été interdits pendant toute la période
du communisme et le cinéma français
s’est taillé la part du lion à cette époque.
Aujourd’hui, les spectateurs russes
continuent d’apprécier les productions
françaises, et ce indépendamment de la
crise qui frappe très durement le pays.
Viennent ensuite les pays d’Europe occidentale,
avec l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne.
Les résultats chiffrés ne sont pas les
seuls critères d’évaluation pour Unifrance…
Nous avons en effet une double mission
: commerciale et culturelle. Nous organisons
par exemple de nombreux festivals
à travers le monde. Dans certains pays
comme l’Inde ou la Chine, les écrans sont
occupés, dans leur très grande majorité,
par des productions nationales. Mais nous
nous positionnons peu à peu. En Chine,
le cinéma européen se résume au cinéma
français. C’est un marché qui progresse
très vite, nous y sommes très attentifs et
nous y organisons des actions spécifiques
comme la sixième édition du Panorama
du cinéma français, en avril dernier, avec
le soutien de l’ambassade de France en
Chine. Plus d’une vingtaine de longs et de
courts-métrages ont été présentés dans ce
festival Unifrance, dans les villes de Pékin,
Shanghai, Canton et Chengdu.
Les films les plus vus à l’étranger ne sont
pas obligatoirement les mêmes que les
plus gros succès en France. Comment
expliquer ces différences ?
Aux États-Unis, Taken n’est pas identifié
comme un film français : les acteurs sont
américains, le film est tourné en langue
anglaise… En revanche, la production,
le scénariste, le réalisateur, les équipes
de tournage autour des acteurs, tout est
français ! C’est un vrai signe du dynamisme
de l’industrie cinématographique française.
Dans un même temps, Bienvenue chez
les Ch’tis a fait deux millions d’entrées
en Allemagne, c’est énorme ! Le travail
d’adaptation a été tout particulièrement
soigné pour que les situations fassent
écho aux réalités allemandes. Et ce film
raconte la difficulté, pour quelqu’un du sud,
de venir s’installer dans le nord : certes,
nous sommes en France, mais on peut
transposer ce décalage culturel à tous les
pays du monde.
La France devrait adopter
une loi pour sanctionner
le téléchargement illégal
de contenus culturels sur
internet. Les enjeux sont
importants pour l’industrie
cinématographique…
Si la situation à ce
niveau-là n’évolue pas,
l’industrie du cinéma sera
dans cinq ans au même
niveau que l’industrie de la
musique à l’heure actuelle :
sinistrée. Dans de nombreux
pays, aux États-Unis ou dans les pays du
nord de l’Europe par exemple, on regarde
avec beaucoup d’attention ce qui doit se
passer avec le vote de cette loi en France.
Nous nous devons de protéger le cinéma
français ! C’est l’un des principaux porteurs
de la culture française dans le monde ! En
particulier, il permet de vaincre certaines
idées reçues, comme l’a fait, en de nombreux
endroits, le film Entre les murs.
Le numérique comporte des dangers
mais il peut également être un atout pour
le cinéma français dans le monde ?
Avec le numérique, nous allons avoir
l’opportunité de toucher n’importe qui dans
le monde, avec le système de la vidéo à la
demande qui réduit les coûts en diminuant
le nombre d’intermédiaire entre un film et
les personnes qui souhaitent le voir. Mais
pour l’instant, les freins sont importants.
Il y a tout d’abord le problème des droits :
à qui revient l’argent de cette vente en
ligne ? Ensuite, il faudra développer un
marketing spécifique pour que les films
connaissent un réel succès. Pour l’instant,
la projection en salle offre de très loin la
meilleure visibilité.
Quels sont les projets les plus avancés
en matière de diffusion numérique du
cinéma français ?
Unifrance s’attache à réaliser la cinémathèque
de courts-métrages qui soit la
plus exhaustive possible à destination des
professionnels. On compte énormément
de festivals de courts-métrages dans le
monde : les organisateurs auront la possibilité
de télécharger
les films pour pouvoir
les sélectionner, sans
avoir à faire de longs
et coûteux déplacements
parfois. Pour
le grand public, Universciné,
en utilisant
la plate-forme de TV5,
va commencer cet
automne à mettre en
ligne des films français
pour l’international.
TVFI et Dailymotion
souhaitent également
installer un système
de vidéo à la demande
de fictions.
Quels sont les atouts
du cinéma français
dans le grand brassage
culturel de la
mondialisation à
venir ?
Le cinéma a de
grands ambassadeurs
en la personne
d’actrices et d’acteurs reconnus internationalement
comme Juliette Binoche,
Sophie Marceau, Vincent Cassel ou Jean
Reno. Ces grandes vedettes sont déjà bien
connues d’un large public, mais nous
avons encore du travail : on me parle
encore de la Nouvelle Vague, de Jean-Paul
Belmondo, d’Alain Delon ou de Louis
de Funès… Mais je pense sincèrement
que nous pouvons être fiers du cinéma
français actuel. C’est l’un des seuls, avec
le cinéma américain, à offrir au niveau
international une offre composite et régulière
de qualité. Les résultats des entrées
le prouvent : les chiffres sont obtenus par
un grand nombre de films, très différents
les uns des autres. Le cinéma français
n’est pas meilleur que les autres, mais il
est certainement plus divers.
Propos recueillis par
Sébastien Langevin
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