Articles

· FdM 366
· FdM 365
· FdM 364
· FdM 363
· FdM 362
· FdM 361
· FdM 360
· FdM 359
· FdM 358
· FdM 357
· FdM 356
· FdM 355
· FdM 354
· FdM 353
· FdM 352
· FdM 351
· FdM 350
· FdM 349
· FdM 348
· FdM 347
· FdM 346
· FdM 345
· FdM 344
· FdM 343
· FdM 342
· FdM 341
· FdM 340
· FdM 339
· FdM 338
· FdM 337
· FdM 336
· FdM 335
· FdM 334
· FdM 333
· FdM 332
· FdM 331
· FdM 330
· FdM 329
· FdM 328
· FdM 327
· FdM 326
· FdM 325
· FdM 324
· FdM 323
· FdM 322
· FdM 321
· FdM 320
· FdM 319
· FdM 318
· FdM 317
· FdM 316
· FdM 315
· FdM 314
· FdM 313
· FdM 312
· FdM 311
· FdM 310
· FdM 309

La revue
Je m'abonne
Actualités
Le FDLM et vous

CLE     FIPF
Revue de la fédération internationale des professeurs de français

Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

Vous êtes dans la section : Accueil > Articles > FdM 363

L’oeuvre d’un nomade



De l’île Maurice dont sont originaires ses ancêtres au Nouveau Mexique où il vit aujourd’hui, de Nice au Nigeria, du Panama à la Bretagne, Le Clézio est un éternel nomade. Toute son oeuvre se nourrit de ces différentes expériences de voyages à travers le monde.

Mai-juin 2009 - N°363



Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

S’il est une oeuvre étroitement liée à son auteur, c’est bien celle de Le Clézio. Ce citoyen du monde semble poursuivre une aventure familiale engagée par ses ancêtres et puiser dans ses légendes familiales et ses expériences personnelles la matière à sa quête créative.
Le Clézio est un homme « mêlé », pour reprendre la formule de Montaigne, et l’histoire familiale, vécue ou rêvée, a façonné un homme d’ouverture, sensibilisé dès l’enfance à la confrontation des cultures.

L’épopée familiale

Jean-Marie Gustave Le Clézio nait, par les hasards de la guerre, à Nice en 1940. Son père anglais, sa mère française, sont issus tous deux d’une famille bretonne, émigrée dans l’île de France à la fin du XVIIIe siècle. Annexée par les Anglais, l’île est rebaptisée île Maurice et les Le Clézio deviennent sujets britanniques, puis citoyens mauriciens avec l’indépendance acquise en 1968. L’écrivain retracera le fabuleux voyage de cet ancêtre émigré dans Le Livre des fuites (1969).
Mais, de cet héritage familial aux résonances épiques, l’épisode le plus marquant semble être la quête chimérique de son grand-père paternel qui, au début du XXe siècle, a abandonné les siens à la recherche d’un trésor, déposé à Rodrigues par un corsaire : cette aventure est à la base d’un magnifique roman, Le Chercheur d’or (1985). Dans son journal Voyage à Rodrigues (1986), Le Clézio revient sur cet épisode en racontant le voyage qu’il a effectué sur les traces de cet aïeul aventurier. Baigné dès l’enfance dans la culture créole, l’écrivain fera revivre la culture mauricienne populaire dans Sirandanes (1990), courts poèmes en forme de devinettes , qu’il illustrera et écrira avec sa femme Jemia.
De cette chronique familiale, Le Clézio retiendra également l’évènement vécu par son grand-père maternel, immobilisé sur un navire au large de l’île Plate pour cause d’épidémie, dans son roman La Quarantaine (1995). Terres interculturelles mais également romanesques, les îles de l’océan Indien, en particulier l’île de Paul et Virginie, serviront également de cadre à diverses histoires, en particulier celle de Révolutions (2003) et de Raga. Approche du continent invisible (2006).

Le gout du voyage

Outre la culture créole et l’épopée familiale qui nourriront son imaginaire, J.-M. G. Le Clézio hérite de ses ancêtres le gout du voyage : l’écrivain vit entre plusieurs continents, apparemment sans racines même si, à l’heure actuelle, ses ports d’attache semblent se situer en Bretagne et à Albuquerque. L’écrivain-monde est un citoyen de l’univers qui, dans son errance, capte de nouveaux horizons pour tenter de faire face au sentiment de l’exil et de réconcilier les aspirations de l’humanité.
Sa petite enfance, Jean-Marie Gustave Le Clézio la passe dans l’arrière-pays niçois sous les affres de la guerre, qui sert d’arrière-plan aux romans La Guerre (1970), Étoile errante (1992) et Ritournelle de la Faim (2008). C’est à Nice qu’il effectue toutes ses études, rédigeant notamment un mémoire, pour l’obtention du Diplôme d’Études Supérieures, sur le thème de « La Solitude dans l’oeuvre d’Henri Michaux ». Cette ville lui inspire le décor de nombreuses oeuvres : Le Procès-verbalMondo et autres histoires (1978), La Ronde et autres faits divers (1982), Printemps et autres saisons (1989). Elle est source de sentiments partagés et d’une certaine méfiance.
À l’âge de sept ans, en 1947, Le Clézio, qui ne connait pas encore son père, médecin de brousse au Nigeria, s’embarque avec sa mère pour le rejoindre. C’est dans la cabine du bateau qu’il écrit ses deux premières oeuvres. « Pour moi, l’acte d’écrire est resté lié à ce premier voyage », note-t-il dans sa notice biographique qu’il écrira pour le Dictionnaire des écrivains contemporains de la langue française par eux-mêmes (dirigé par J. Garcin, 1988). Désormais, l’écriture et le voyage ne forment pour lui plus qu’une seule entité, qui situe Le Clézio dans la grande famille des écrivains-voyageurs comme Istrati, Michaux, Cendrars, Bouvier ou Eberhardt pour ne citer que quelques auteurs venant d’horizons différents. De cette aventure africaine, qui scelle son destin d’écrivain, naitront essentiellement Onitsha (1991) qui présente trois rêves, trois révoltes pour dénoncer une société coloniale en voie de disparition, et L’Africain (2004), récit qui retrace l’existence de son père.

L’expérience fondatrice du Panama

En 1967, Le Clézio fait son service militaire en Thaïlande en tant que coopérant, puis au Mexique où il aurait participé à l’organisation de la bibliothèque de l’Institut français d’Amérique latine ! Parallèlement, il apprend le maya et d’autres langues indiennes. Pendant quatre ans, de 1970 à 1974, il partage la vie des Indiens Emberas et Waunanas au milieu de la jungle panaméenne. Dans les grandioses espaces sauvages, il découvre un mode de vie qui place le silence, la spiritualité et la liberté au coeur même du quotidien. C’est une nouvelle étape fondatrice. Le Clézio en ressortira métamorphosé : cette expérience « a changé ma vie, mes idées sur le monde et sur l’art, ma façon d’être avec les autres, de marcher, de manger, d’aimer, de dormir, et jusqu’à mes rêves », écrit-il dans La Fête chantée (1997).
L’histoire tragique des civilisations des peuples premiers, effacées par les diverses colonisations, va hanter la réflexion de Le Clézio qui publiera plusieurs essais : Haï (1971), Mydriase (1973), Trois villes saintes (1980) et surtout Le Rêve mexicain ou La Pensée interrompue (1988). Il traduit également des textes sacrés pour transmettre leur philosophie d’harmonie et de sagesse : Les Prophéties du Chilam Balam (1976) et La Relation de Michoacan (1984). En 1983, il soutient une thèse d’histoire sur le Michoacan, région qui se situe au centre du Mexique. Plus qu’une opposition entre les civilisations, Le Clézio s’applique à révéler certaines valeurs de ces cultures que le monde moderne gagnerait à retrouver. Il reviendra à plusieurs reprises sur cet épisode mexicain, notamment avec la biographie du couple de peintres Diego Rivera et Frida Kahlo, Diego et Frida (1993), et Ourania (2006).
Dès vingt-trois ans, J.-M. G. Le Clézio devient célèbre avec le prix Renaudot pour Le Procès-verbal (1963), roman proche des recherches du Nouveau Roman. Dans la même veine, il écrit La Fièvre (1965), Le Déluge (1966), Terra Amata (1967), L’Extase matérielle (1967), Le Livre des Fuites (1969).
À partir des années 1970, tout en enseignant dans diverses universités qui le conduisent aux quatre coins du monde – Bangkok, Mexico, Boston, Albuquerque entre autres –, Le Clézio livre un nombre impressionnant d’ouvrages. Outre ceux précédemment cités, Les Géants (1973), Voyage de l’autre côté (1975), L’Inconnu sur la terre (1978), Vers les Icebergs (1978). C’est Désert (1980) qui fait connaitre l’écrivain au grand public en recevant le Grand Prix de Littérature Paul Morand, décerné par l’Académie française. Ce roman se tourne vers les origines de sa femme. Il raconte la vie d’une jeune Marocaine pendant la colonisation française : la guerre, la pauvreté, l’exil, la vie sédentaire misérable sont autant de contrepoints aux caractéristiques poétiques et symboliques de cet espace mythique. Sans oublier d’ajouter à son palmarès Pawana (1992), Poisson d’or (1997), Gens des nuages (1997) en collaboration avec Jemia Le Clézio, Hasard suivi d’Angoli Mala (1999), Coeur brûle et autres romances (2000), Ballaciner (2007) et son tout dernier roman, Ritournelle de la faim (2008), qui retrace la jeunesse de sa mère. Outre cette oeuvre importante, Le Clézio est l’auteur de bon nombre d’articles, portant notamment sur Michaux, Lautréamont, Rabelais, Céline et sur la littérature contemporaine.
Le Nobel couronne ainsi une oeuvre à la fois philosophique, poétique et humaniste, qui traduit les inquiétudes et les aspirations d’une époque perturbée. Ce prix distingue aussi un auteur contemplatif-méditatif, visionnaire et nomade, un Ulysse en quête d’absolu, qui module sa vision du monde de livre en livre. Le rayonnement que procure la plus prestigieuse des récompenses littéraires aura, sans doute, pour effet de mieux faire connaitre au grand public un univers poétique largement diffusé en dehors de l’Hexagone : le nombre de thèses soutenues et les diverses traductions de la plupart de ses romans témoignent du succès dont jouit Le Clézio à l’étranger.

Isabelle Gruca



Dans la forêt des paradoxes
« Dans toute la forêt des Emberas, Elvira était connue pour son art de conter. […] Bien que je n’aie eu accès à ses contes que par le biais de la traduction […] j’ai tout de suite compris qu’elle était une grande artiste, dans le meilleur sens qu’on puisse donner à ce mot. Le timbre de sa voix, le rythme de ses mains frappant ses lourds colliers de pièces d’argent sur sa poitrine, et par-dessus tout cet air de possession qui illuminait son visage et son regard, cette sorte d’emportement mesuré et cadencé, avaient un pouvoir sur tous ceux qui étaient présents. […] Elle était la poésie en action, le théâtre antique, en même temps que le roman le plus contemporain. Elle était tout cela avec feu, avec violence, elle inventait, dans la noirceur de la forêt, parmi le bruit environnant des insectes et des crapauds, le tourbillon des chauves-souris, cette sensation qui n’a pas d’autre nom que la beauté. Comme si elle portait dans son chant la puissance véridique de la nature, et c’était là sans doute le plus grand paradoxe, que ce lieu isolé, cette forêt, la plus éloignée de la sophistication de la littérature, était l’endroit où l’art s’exprimait avec le plus de force et d’authenticité. »

J.-M. G. Le Clézio, Conférence Nobel, le 7 décembre 2008



Accueil   -   La revue   -   Services   -   Articles en ligne

Brèves
   -   Archives   -   Contact


© Le français dans le monde  2002
Tous droits réservés