Objectifs
Analyser les procédés littéraires de la dénonciation.
Public
Étudiants de niveau B2.
Matériel
J. M. G. Le Clézio, La Guerre, Gallimard, Coll. L’Imaginaire, 2008 (1ère édition 1970), pp. 98-100, de « Au centre de la salle » à « Sur son iris bleu », puis de « Au centre de la salle, il y avait une espèce d’arène » à « debout au milieu des jambes des danseurs ».
Le Clézio dénonce souvent, dans ses fictions comme dans ses essais, la déshumanisation à l’œuvre dans la civilisation moderne. Un thème central que l’étude de cet extrait de La guerre permet d’aborder en classe. La difficulté ne tient pas tant à la syntaxe, ni aux questions de vocabulaire (faciles à résoudre) qu’aux images, et surtout à la métaphore filée.
Prendre connaissance du texte
Lire le texte en utilisant le document 1. Les définitions sont rapides ; elles veulent vous aider à comprendre le plus vite possible de quoi il s’agit dans le texte, pour ne pas couper, hacher votre lecture. Vous avez lu une première fois le texte et éliminé les difficultés de vocabulaire. Vous lisez maintenant le texte une seconde fois. Vous répondez, dans l’ordre, aux questions suivantes (destinées à vous aider dans la compréhension du contenu du texte) :
1. De quel lieu s’agit-il ?
2. Soulignez les phrases qui concernent les déplacements de Bea B.
3. Quelle est ici la fonction de Bea B. ?
4. En quoi la plus grande partie du texte consiste-t-elle ?
5. Relevez ce qui concerne les gens dans ce lieu.
6. Comment comprenez-vous « le corps fluide » ?
7. Quels ont les éléments du lieu lui-même qui font l’objet d’une description ?
Analyser plus en détail
Vérifiez la compréhension du contenu du texte auprès des étudiants en leur demandant de répondre aux questions suivantes. Les réponses aux différents points 1, 2, 3 peuvent être consignées au tableau. Elles peuvent être obtenues par le jeu des questions/réponses, ou recueillies au fur et à mesure des observations des étudiants. Elles doivent toujours s’appuyer sur des références au texte. Elles sont faciles à recueillir ; ce travail ne devrait pas prendre trop de temps. Il doit conduire à la constatation essentielle que ces données ne représentent pas la majeure partie du texte. L’ordre de traitement des différents points a été déterminé dans l’espoir de faciliter la prise de conscience de la construction du texte.
8. Compréhension générale : Où se passe la scène ? Que fait le personnage Bea B. ? De quoi se compose la majeure partie du texte ?
9. Les voix narratives
Qui parle dans ce texte ?
10. Que décrit-il ?
11. Comment les décrit-il ?
12. Conclusion : quelle est la vision personnelle de Le Clézio ?
Expression écrite
1. Écrivez une lettre à Le Clézio dans laquelle vous donnez votre vision de la discothèque.
2. Cette dénonciation de la déshumanisation du monde moderne dans la discothèque vous parait-elle pessimiste ?
3. « Une littérature désespérée, c’est une contradiction dans les termes », dit Camus. En quoi cela s’applique-t-il à ce texte de Le Clézio ?
Documents
1. Vocabulaire d’aide à la lecture
fanaux : (singulier Fanal) lanternes, ici sources de lumière.
écailles : petites plaques qui recouvrent la peau de nombreux poissons.
arène : ici référence au lieu où se déroulent les courses de taureaux.
trébuchant : perdant soudain l’équilibre.
coulissantes : qui glissent latéralement.
tressaillait : était agité de petites secousses brusques.
lamantin : gros mammifère marin.
mufle : extrémité du museau de certains mammifères.
groin : museau du porc.
clapotant : faisant un bruit comme celui d’une surface liquide légèrement agitée.
rauque : se dit d’une voix rude et âpre.
2. Pistes de réponse
8. Dans une discothèque. Bea B. fait le tour de l’arène et observe. Le texte se compose en majeure partie de la description du lieu et de la description des gens.
9. Ce n’est jamais Bea B. « Elle regardait » : elle est en position d’observatrice, mais jamais elle ne donne ses impressions. C’est donc le « je » auteur qui dit « elle ». On remarque l’utilisation de « on ». Qui est derrière ce « on » ? Cela pourrait être n’importe qui dans la même situation : voilà ce qui peut être vu. Mais c’est une forme du « nous » (elle + je/auteur).
Le Clézio s’associe à son personnage observatrice jusqu’à prendre sa place. Ce qui est livré ici, c’est donc la vision de Le Clézio.
10. On procède à un inventaire :
- gens : grand nombre, silhouettes noires, sans regard (lunettes noires), danseurs (danse sommaire : piétinent, sautent), sexualité (animalité, on n’y retrouve pas l’humanité), relations impossibles à cause du bruit.
- lieu : arène = lieu de combat ; bruit, musique assourdissante ; atmosphère enfumée et chaleur étouffante
- lumière : dispensée par un œil de néon (dessiné, donc figuratif, ce n’est pas une image) et des fanaux rouges et verts, création au sol d’une tache aux contours mouvants en fonction des déplacements des danseurs. Le reste est dans l’ombre.
11. Les gens sont déshumanisés par les images (« arène », « les bouches des haut-parleurs vomissaient… ») et surtout, la métaphore filée (à partir de la phrase « la grande tache de lumière où les danseurs piétinaient », la lumière n’est plus évoquée que par la métaphore animale ; substitution totale du monstre à la tache de lumière ; « Le corps fluide… le long corps de serpent… C’était un animal… » ; travailler sur l’intérêt du verbe « être »), ainsi que du spectacle : un combat entre les danseurs et cet animal monstrueux. Un combat perdu, car l’animal ne veut pas mourir.
12. - Une vision critique : Le Clézio dénonce une des réalisations de la déshumanisation de la civilisation dans laquelle il vit : la civilisation industrielle moderne.
- Une vision subjective. Ce n’est donc pas une source de connaissance de la civilisation industrielle moderne. À confronter éventuellement à des documents de sociologues pour mieux cerner le regard de Le Clézio sur son propre monde. Intérêt : la connaissance de l’écrivain à la vision des étudiants. C’est dans ce cadre que peut s’exprimer l’interculturel.
- Une écriture littéraire. Utilisation majoritaire dans le texte de deux procédés caractéristiques d’une écriture littéraire : images et métaphore filée. C’est là que réside la littérarité du texte.
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