(Les mots en orange sont expliqués par une infobulle au passage du curseur de la souris.)
Dans l’attente des droits de reproduction, nous sommes actuellement dans l’impossibilité de fournir le texte de l’extrait étudié ici.
Objectif
- Étudier le rythme d’un texte littéraire.
- Sensibiliser à la prose poétique, à l’aspect prosodique d’un texte.
- Apprendre le vocabulaire de l’étude prosodique.
Public
B2 à C2 (les analyses suivent une difficulté croissante).
Matériel
Incipit d’
Étoile errante, Éditions Gallimard, Coll. Folio, 1992, pp. 15-16, trois premiers paragraphes jusqu’à « mais son père disait : Esther ».
L’écriture en prose de J.-M. G Le Clézio se caractérise par un rythme poétique à la fois subtil et incontournable. L’étude de cette rythmique si singulière peut passer par une lecture à haute voix. Lors de cette approche prosodique sommaire, les apprenants doivent s’attacher surtout à l’émotion esthétique et au plaisir de découvrir sensuellement le rythme.
Pour faciliter l’approche prosodique de ce texte riche, il est essentiel que les apprenants se l’approprient progressivement, en trois étapes, avant de débuter l’étude prosodique proprement dite.
Préparer la lecture
Avant d’introduire cet
incipit, faire émerger les thèmes majeurs du texte :
- demander de produire un texte débutant par
Je savais que l’hiver était fini quand… Chacun lit sa production devant le groupe.
- faire avec les apprenants une synthèse des textes lus sous forme d’un tableau permettant de dégager les thèmes apparus :
| Personnages |
Cadre |
Éléments |
Sensations |
Sentiments |
Lors de cette séquence, introduire le vocabulaire du texte de Le Clézio en relation directe avec les productions lues.
Inscrire le texte dans une réalité
Avant d’aborder le texte, faire décrire les images qui défilent dans le
document 1. Insister sur la situation : flan de coteau, montagne, ruisseau, la Vésubie, l’été (absence de neige, fenêtres ouvertes…).
Distribuer le
document 2. Faire noter les correspondances entre ces deux documents, pour :
- donner une réalité au village, une signification au verbe
cascader,
- attirer l’attention sur l’ouverture du troisième paragraphe (importance de « maintenant », « été » et de la date « été 1943 », période de l’Occupation allemande en France).
Amorcer une approche lexicale
1. Diviser la classe en trois groupes. Chacun étudie, dans un paragraphe, le champ sémantique des saisons. Cette étude permet de distinguer les trois saisons : l’hiver, le printemps et l’été, et deux périodes : l’enfance et l’adolescence.
2. Relever tous les mots renvoyant au personnage. Par interaction entre les groupes, chacun lui donnera un nom, un âge, et on s’interrogera sur le prénom
Esther (et non Hélène), questionnement essentiel pour une étude du roman. Ce relevé permettra aussi le repérage des séquences narratives ou descriptives.
3. Relever les champs sémantiques de l’eau, du bruit, des sens et des sentiments, du danger, afin de montrer l’harmonie du personnage avec la nature (le bruit de l’eau devient musique). Noter la présence dans le quatrième paragraphe de « peur », « vipères », « lames coupantes », menaces qui planent « maintenant » (été 1943).
Percevoir la poésie du texte
Dégager la structure
1) Reprendre l’analyse des champs lexicaux, en faisant attention à l’ordre d’apparition des mots.
2) Étudier la longueur des phrases.
Les étudiants verront l’opposition sémantique entre l’eau figée (« neige », « glace », « stalactites ») dans les phrases 2 et 3, et les eaux libérées, vivantes dans la phrase 4. La quatrième phrase est beaucoup plus longue que les deux précédentes, soulignant cette opposition entre l’hiver et le dégel.
Rythme et sonorités
Même sans aller jusqu’à l’étude prosodique à proprement parler, réservée à des apprenants de niveau très avancé, on peut sensibiliser les étudiants à la poésie de la prose de Le Clézio par une étude des sonorités et du rythme de la quatrième phrase.
1. Le rythme
Il s’agit de faire sentir le contraste entre le début et la fin de la phrase, évoquant l’accélération du mouvement de l’eau. Analyser ce contraste : attirer l’attention des apprenants sur les répétitions et leurs effets : répétitions de « et », « tous » / « toutes », « ruisselets » et rythme ternaire (« de tous les rebords, de toutes les solives, des branches d’arbre ») qui allongent la phrase. Par contraste, la fin parait plus rapide et fait sentir le mouvement de l’eau qui s’accélère.
2. Les sonorités
Faire relever aux étudiants les
assonances (ici soulignées) et les
allitérations (surlignées). Puis passer à leur interprétation.
et toutes les gouttes se réunissaient et formaient des ruisselets, les ruisselets allaient/ jusqu’aux ruisseaux, et l’eau cascadait joyeusement dans toutes les rues du village.
Les allitérations en
fricatives et en
liquides (surlignées respectivement en rouge et en vert) évoquent le ruissellement de l’eau ; l’allitération des occlusives (en bleu) suggèrent des paliers sur le chemin de cette eau cascadant joyeusement.
Étude prosodique : protase, apodose et éléments rythmiques
Plusieurs apprenants lisent la première phrase et échangent leurs impressions. Faire distinguer les deux groupes de souffle, la montée (
protase) et la partie descendante de la phrase (
apodose), séparées par
// : Elle savait que l’hiver était fini // quand elle entendait le bruit de l’eau.
On procède ensuite à la séparation des éléments rythmiques (notés ici par /), en fonction des accents d’intensité. On peut ainsi compter les groupes accentuels de cette première phrase :
Elle savait /que l’hiver/ était fini //quand elle entendait/ le bruit /de l’eau. (3//3)
Interpréter : le rythme concordant (3//3) donne une impression d’équilibre.
Pour la deuxième phrase, il faut tenir compte de la présence de virgules, qui séparent des groupes ayant une unité de sens (notée °), et de l’accord au pluriel masculin de « blancs » (là où on attendrait « blanches ») qui impose de regrouper « les toits des maisons et les prairies » dans un seul groupe de sens.
°L’hiver, /° la neige / avait recouvert / le village, //° les toits / des maisons / et les prairies/° étaient blancs. (1.3//3.1)
On a donc ici un
chiasme rythmique, qui donne une impression heurtée : l’hiver fige, emprisonne la vie, gomme couleurs et formes.
On observe le même balancement dans la quatrième phrase :
°Puis le soleil /se mettait /à brûler, /° la neige /fondait//° et l’eau /commençait/ à couler/ goutte à goutte/ °de tous les rebords/, de toutes les solives, / des branches d’arbre (3.2//4.3)
°et toutes les gouttes/ se réunissaient /et formaient/ des ruisselets, /° les ruisselets/ °allaient/° jusqu’aux ruisseaux, //° et l’eau /cascadait/ joyeusement/° dans toutes les rues/ du village (4.3//3.2)
On a donc à nouveau un chiasme rythmique (3.2//4.3 – 4.3//3.2). La partie montante du premier mouvement (3.2) correspond à la partie descendante du second (3.2) ; la partie descendante du premier mouvement (4.3) à la partie montante du second (4.3), comme dans un éternel recommencement. Les deux évocations de l’eau qui goutte dans un mouvement vertical et des eaux qui courent, se réunissent et cascadent, se répondent rythmiquement.