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Revue de la fédération internationale des professeurs de français

Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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Alain Bashung
« Un jour, je parlerai moins… »



Il nous avait prévenus dans son dernier album Bleu Pétrole1: « Un jour, je parlerai moins/ Jusqu’au jour où je ne parlerai plus ». Alain Bashung s’est tu pour toujours le 14 mars 2009. Les innombrables hommages qui ont suivi l’ont montré : Bashung était un très grand monsieur de la chanson rock française. Ce n’était pas gagné d’avance…

Mai-juin 2009 - N°363



Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

En novembre 1987, Jean-Marc Caré et moi-même nous apprêtions, émus, à interviewer Alain Bashung pour Le Français dans le monde, dans sa maison de Saint-Cloud. Nos questions portaient sur sa vie, son oeuvre et un titre que nous venions d’explorer méticuleusement, « Élégance »2. Bashung nous a longuement répondu. Une image me reste : quand nous étions sur le point de partir, il a commencé à jouer à boxer avec son fils, d’à peu près dix ans, gants rouges contre gants rouges… Ce fils doit aujourd’hui avoir plus de trente ans et un immense chagrin. J’ai revu ensuite Bashung à deux reprises, pour une autre revue. Il restera pour moi ce Lucky Luke moqueur, cheveux noirs, cigarette, éternellement trentenaire.

Une enfance alsacienne

Fils d’une ouvrière bretonne qui travaille dans une usine de caoutchouc de Boulogne-Billancourt, Alain Claude Baschung (avec un « c ») nait le 1er décembre 1947 à Paris XIVe. Enfant de l’après-guerre, le bébé Baschung a une santé fragile. Son beau-père, employé dans une boulangerie, vient d’un village d’Alsace, Wingersheim. On y envoie l’enfant se refaire une santé, chez sa grand-mère, dès 1948. Il y restera jusqu’en 1959. Pour se distinguer, le petit Parisien est un excellent élève de l’école communale, suscitant quelques jalousies.
On pourrait dire que tout l’art et toutes les galères de Bashung sont inclus dans les découvertes et les frustrations de cette période. C’est en écoutant les radios allemandes de l’époque qu’Alain découvre le rock’n’roll et évite Piaf et Brassens. Et c’est peut-être à Wingersheim qu’il apprend à se méfier de la France profonde : celle qui fait les succès faciles. Quant au besoin vital d’être aimé, c’est sans doute aussi là-bas qu’il l’attrape.

Une ascension difficile

En 1963, Alain quitte sa famille. Il a formé un groupe tendance country, les Dunces, qui tourne dans les bases américaines... Premiers cachets vers 1965. Commence alors un malentendu : en 1966, Alain est remarqué par un directeur artistique de Philips. Il signe un contrat et enregistre un premier « deux-titres ». Génial ? Non. Début de onze ans de galères… Ligoté par son contrat, Bashung, à qui l’on veut faire jouer les jeunes premiers, rue dans les brancards. Il tombe au placard. Dix « deux-titres » plus tard, arrive, avec le rocker Dick Rivers, la lente montée vers les choses sérieuses. Bashung l’aide à réaliser un album. Leur collaboration dure trois ans, jusqu’en 1976.

Une consécration méritée

1977 ! Enfin, Alain tient sa chance ! Un vrai premier album, Roman-Photos, aux influences folk. Mais les paroles de l’excellent Boris Bergman sont trop exigeantes, cet album passe inaperçu. « Quelqu’un, de temps en temps, a une manière à lui de réinventer quelque chose, de bousculer les conventions musicales », nous déclarait Bashung en novembre 1987, avant d’ajouter, terriblement honnête : « Mon style, ma voix, sont reconnaissables. C’est voulu, pour avoir une place à part. » En 1979, les deux missions sont accomplies avec le remarquable Roulette Russe. Mais Bashung devra attendre encore un an pour que « Gaby, oh Gaby » le mette enfin sur orbite. Il a alors trente-trois ans et chante depuis ses seize ans. Le gigantesque succès de « Gaby » vient d’abord d’un rythme et d’une interprétation. Sa mélodie dissonante et ses paroles abstraites, qui balaient les champs de l’eau, du feu et de la médecine, auraient dû éloigner d’elle les larges masses. Miraculeuse année 1980...
Suivront dix albums, au fur et à mesure desquels Bashung semble rechercher l’abstraction, des musiques comme des textes. « J’essaie, quand je conçois un album, me déclarait-il en mai 1998, de réaliser quelque chose qui s’écoute dans le calme, mis à part deux titres plus accessibles. Un album n’est pas fait pour que tout passe à la radio. Mais je ne cherche pas particulièrement à écrire des mélodies difficiles à mémoriser. Seulement, derrière, je me débrouille pour donner un éclairage totalement bizarre à une mélodie qui était, au départ, enfantine. »
Quoi qu’il en soit, la lutte contre la fatalité sociale du rocker aux lunettes noires a triomphé : malgré son aspect dramatiquement frivole, le tapage médiatique qui a suivi sa disparition l’a amplement prouvé. Alain Bashung a patienté trop longtemps. Mais il n’a pas attendu ses derniers mois pour être l’un des plus grands chanteurs français.





Quelques titres incontournables
« Elsass Blues » (1979), « Gaby, oh Gaby » (1980), « Vertige de l’amour » (1981), « Élégance » (1983), « Osez, Joséphine » (1991), « Ma petite entreprise » (1994), « La nuit je mens » (1998), « Je t’ai manqué », « Résidents de la République » (2008).



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