Le FESPACO, Festival panafricain du cinéma
et de la télévision de Ouagadougou (Burkina-
Faso), soutenu par le ministère des Affaires
étrangères et européennes, a soufflé ses quarante
bougies et célébré sa vingt et unième
édition fi n février début mars, tout à la fois dans
une belle énergie communicative et un grand
bazar indigne d’un tel anniversaire. Malgré
cela, on y a vu des oeuvres de grande qualité,
assisté au renouveau du cinéma du Maghreb,
Algérie en tête, applaudi la technicité des fi lms
sud-africains, regretté l’absence de fi ctions de
grands metteurs en scène, comme le Malien
Souleymane Cissé et acclamé Hailé Gérima. En
effet, l’Éthiopien est reparti avec l’Étalon de
Yennenga, la plus haute distinction ouagalaise,
après avoir reçu, en septembre dernier, le Prix
Spécial du Jury (et celui du meilleur scénario) à la
65e Mostra de Venise. Réalisateur de l’exigence,
il a bouleversé le public avec sa fresque, Teza,
qui évoque l’histoire contemporaine de son
pays à travers le parcours exalté puis amorphe
d’Amberber, futur médecin parti faire ses études
en Allemagne et revenu pour l’édifi cation de
l’Éthiopie, à la chute du Négus Hailé Sélassié.
Autant dire que, passé les premières heures
euphorisantes de la Révolution, la dictature de
Mengistu marquera la fi n des rêves du jeune
idéaliste.
Un bonheur n’arrivant jamais
seul, cette 21e édition a également
permis de découvrir, en
avant-première, le nouveau
coffret DVD qu’Arte Éditions
consacre aux cinémas d’Afrique.
Après un premier volume
portant sur les pionniers, tels
Sembène Ousmane ou encore
Oumarou Ganda, cette deuxième
moisson s’attarde, plus particulièrement,
sur le travail du
Burkinabé Gaston Kaboré (président
du jury au dernier FESPACO) et
celui de l’Ivoirien Fadika Kramo-Lanciné, avec,
à chaque, fois, deux fi lms emblématiques de
leur carrière, Wend Kuuni (César du meilleur
fi lm francophone en 1985) et Buud Yam pour
l’un, Djéli, conte d’aujourd’hui et Wariko, le
gros lot, pour l’autre. On peut voir ou revoir le
fi lm très sensible du Gabonais Philippe Mory,
Les tams-tams se sont tus. Une oeuvre qui date
de 1971 mais dont le propos n’a rien perdu
de son actualité. Il y est, en effet, question
d’une jeune paysanne qui part totalement à la
dérive au contact de la grande ville. En voulant
« s’occidentaliser », elle va se perdre
sous les yeux désabusés, attristés,
mais d’une certaine façon résignés
d’un jeune sculpteur de masques
africains.
Ces très beaux films sont complétés
par un livret fort instructif
et par des entretiens avec les
cinéastes qui donnent à réfl échir
sur leurs conditions de travail,
le chemin de leur création, leurs
doutes, leurs attentes.
Mais Arte Éditions ne compte pas
s’arrêter là et on attend, avec une
impatience non dissimulée, les futures propositions
et rencontres avec d’autres cinéastes –
peut-être de la nouvelle génération ? –, qui ne
manqueront pas de survenir. En attendant on
se repait de ce coffret et on surveille la sortie,
prochaine, espérons-le, de Teza…
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