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Revue de la fédération internationale des professeurs de français

Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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La critique de Michel Estève
Séraphine



Un film de Martin Provost

Mars-avril 2009 - N°362



Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

Peu de films français de qualité ont été consacrés à un peintre : Le Mystère Picasso d’Henri- Georges Clouzot (1956), André Masson de Jean Grémillon (1958), Montparnasse 19, sur Modigliani de Jacques Becker (1958), Van Gogh de Maurice Pialat (1991) et Lautrec de Roger Planchon (1998). Séraphine, le troisième fi lm de Martin Provost, s’inscrit dans cette lignée : la peinture comme épanouissement de la vie.
Séraphine s’ouvre en 1914, avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Le collectionneur allemand Wilhelm Uhde (Ulrich Tukur), l’un des premiers acheteurs des tableaux de Picasso et découvreur du Douanier Rousseau, loue un appartement à Senlis et prend à son service, pour lui préparer le thé et faire son ménage, une femme de quarantehuit ans, peu loquace, Séraphine (interprétée avec beaucoup de simplicité et de naturel par Yolande Moreau). Il ne tarde pas à découvrir qu’elle peint de petits tableaux sur bois. Cette femme est Séraphine de Senlis (1864-1942), élevée au-dessus de son humble condition d’origine par la peinture. Son oeuvre, réalisée entre 1906 et 1935, devait déboucher – comme celle de Camille Claudel – sur la folie. Le grand public découvre aujourd’hui cette artiste qui appartient au courant de « l’art naïf » du début du vingtième siècle dont le maitre fut le Douanier Rousseau.
Au cours du récit, qui se déploie en trois mouvements, l’image récurrente du fi lm est celle d’une femme accroupie, penchée vers le sol, le dos courbé, les pieds nus, pour les travaux du ménage comme pour la peinture. Car Séraphine peint à genoux des tableaux très colorés de fl eurs et de fruits. Étrange artiste qui affi rme peindre sur ordre de son ange gardien et utilise pour ses toiles et ses choix de couleurs du vernis, du sang d’animal, de la boue, des fleurs recueillies dans l’eau, du vin et de l’huile, qu’elle dérobe dans les veilleuses de la cathédrale de Senlis. En même temps qu’il filme les mouvements de la main tenant le pinceau de la façon la plus juste possible, le cinéaste met en relief le rituel de la naissance des tableaux : bougies alignées devant la toile, cantiques chantés haut et fort dans une pauvre chambre comme dans la magnifique cathédrale.
Martin Provost donne à son film un double registre pictural en harmonie avec le sujet traité. La composition des plans oppose les lignes horizontales des paysages – plaine ou forêt – où s’insère Séraphine qui aime être en contact avec la nature, et les lignes verticales qui présentent à l’image les maisons, la cathédrale de Senlis en plans d’ensemble et, au cours de la seconde partie du récit, les tableaux de l’artiste en plans rapprochés. Les intérieurs sont traités en bleus sombres, les extérieurs en verts (la forêt) ou en jaune clair (la plaine). Dans la troisième partie du récit, qui suggère la folie, domine le blanc : blanc de la robe et de la coiffe de Séraphine qui dépose des statuettes blanches sur le seuil des maisons ; éclairage et décors blancs de l’asile et de l’hôpital où l’artiste est transportée.

Michel Estève





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