Résultat 2008 en berne pour Air
France-KLM, recul du trafic annuel
passagers chez British Airways, plongeon
de 77 % du bénéfice d’Iberia entre janvier
et septembre… Les bilans des compagnies
aériennes pour l’année écoulée ont été
plombés, d’abord par l’envolée des cours
du pétrole, puis par la crise économique
mondiale.
Jean-Cyril Spinetta, PDG d’Air France-
KLM, qualifie l’environnement de « très
incertain », tandis que Giovanni Bisignani,
qui dirige l’International Air Transport
Association (IATA), juge « la détérioration
du trafic extrêmement rapide et généralisée
».
Les unes naviguent à vue, d’autres sont
sur un petit nuage. Ainsi des compagnies
à bas cout, les « low cost », qui, de toute
évidence, ne connaissent pas la crise. Parmi
les plus connues, la compagnie britannique
easyJet déclare un trafic en hausse de
16,6 % pour 2008 ; l’irlandaise Ryanair
annonce une progression annuelle de 18 %
de son trafic passagers et se propose de
racheter sa compatriote et rivale Aer Lingus,
qui s’y oppose farouchement, arguant
pour sa part de sa « robustesse financière
incomparable ». Tout va si bien que certains
aéroports ont créé une zone dédiée
aux compagnies low cost – Charleroi en
Belgique, Beauvais en France, etc.
La crise,
une des ailes du succès
La crise, loin de détourner les voyageurs,
leur assure au contraire un succès
grandissant. Les raisons de cette réussite
? La suppression du superflu. Mais
attention, pas de l’essentiel. Il n’est plus
question de vieux coucous de la dernière
guerre recyclés dans le civil et qui tremblent
au moindre coup de vent. Les compagnies
low cost répondent désormais aux
mêmes critères d’entretien et de sécurité
que leurs homologues traditionnelles. Les
plans de vol se déroulent dans des conditions
identiques. Les flottes, entretenues,
sont équipées d’avions modernes. Ryanair
et Aer Lingus, par exemple, sont souvent
citées comme référence pour la qualité
de leurs appareils et la formation de
leurs pilotes.
Les économies sont réalisées sur les
services, au sol et en vol. Les couts de distribution
sont réduits grâce à une très forte
utilisation de la vente directe par call-center
et surtout internet (chez easyJet, 6 %
des réservations se font via le centre d’appel
et 94 % via internet).
La seule certitude est d’avoir une place
assise et le sourire de l’hôtesse n’est pas
inclus dans le prix. Pour le reste, tout est
payant. Du verre d’eau au plateau-repas
(s’il y en a un), du choix de la place à
la mise en soute du bagage. Le passager
voyagera mieux s’il n’est pas trop fort ni
trop large d’épaules. Mais après tout, l’essentiel
n’est-il pas d’être amené sans problème
d’un point à un autre ?
À l’inverse de leurs concurrentes
conventionnelles, les low cost continuent
à ouvrir des lignes et allèchent la clientèle
à coups de tarifs promotionnels parfois
sujets à caution. La Commission européenne
a dénoncé en novembre 2008 les
pratiques trompeuses de Ryanair. Le prix
annoncé – « taxes et charges comprises
dans les tarifs mentionnés » – n’étant souvent
qu’un tarif d’appel : remboursement
la plupart du temps impossible, cout supplémentaire
pour la moindre modification
(nom du passager, date), etc.
Selon une étude réalisée par le consultant
CSC.com, la stratégie des low cost
« consiste à proposer le tarif le moins cher
à l’ouverture des réservations sur un vol
puis à augmenter progressivement les tarifs
au fur et à mesure que l’on se rapproche
de la date de départ, ou que l’on a vendu
le nombre de places pour un tarif donné ».
Certains tarifs d’appel ne sont pas ou peu
disponibles à certaines périodes de pics
d’activité. Un clic suffit pour saler la note :
assurance annulation, embarquement
prioritaire, siège proche d’une sortie de
secours… La vigilance s’impose.
Mais sûres que leurs affaires vont prendre
de la hauteur, Ryanair et easyJet anticipent
une demande accrue de vols à bas
cout et comptent bien augmenter leurs parts
de marché. « Avec la crise, la demande
pour des vols moins chers va augmenter,
y compris auprès des hommes d’affaires
qui représentent déjà 45 % de la clientèle
», se réjouit déjà le patron de Ryanair,
Michael O’Leary.
|