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Revue de la fédération internationale des professeurs de français

Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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Interprète
Le Parlement européen, une ruche qui bourdonne en vingt-trois langues



785 députés originaires de 27 pays membres qui s’expriment en 23 langues officielles : le Parlement européen est le plus gros employeur d’interprètes au monde. Reportage dans les coulisses d’une session plénière à Strasbourg, pour comprendre comment l’Europe parvient à s’entendre.

Janvier-février 2009 - N°361



Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

Le majestueux bâtiment Louise Weiss bruisse d’une intense activité : comme 12 fois par an, le Parlement européen est réuni en séance plénière. Dans l’hémicycle bleu et or, des hommes et des femmes politiques des 27 pays membres se succèdent au micro. Discrètement présents dans leurs cabines qui surplombent la salle, les interprètes s’affairent pour traduire simultanément dans 22 langues les propos prononcés. « Nous sommes invisibles, explique Anna Grzybowska, on ne se rend compte de notre existence qu’en cas de problème... » Depuis 2003, Anna est interprète fonctionnaire du Parlement européen dans la cabine polonaise. Elle traduit ainsi à partir du français, de l’allemand ou de l’anglais vers le polonais, sa langue maternelle. Chacune des 23 langues officielles du Parlement européen dispose d’une cabine d’interprétation avec vue sur l’hémicycle. Murs noirs, moquette rouge et lumière tamisée, ces coulisses à l’ambiance feutrée et studieuse permettent à l’Europe de s’exprimer en 23 langues.
Dans chaque cabine, par équipe de trois, les interprètes suivent du regard les débats, entendent les paroles prononcées grâce à des écouteurs et les restituent dans leur langue par le micro de la console installée devant eux. Ces versions sont écoutées par les députés eux-mêmes, mais aussi par les visiteurs présents dans l’hémicycle. Autre public à l’écoute : les citoyens européens qui peuvent suivre en direct les débats de sessions plénières sur internet, et ce dans leur langue. Selon Anna, « ces retransmissions sont extrêmement importantes pour rapprocher le Parlement des citoyens : cela nous met une pression supplémentaire. En session plénière, quelques députés pourraient à la limite se comprendre grâce à l’anglais, mais tout visiteur dans l’hémicycle, tout citoyen devant son ordinateur doit pouvoir suivre les débats dans sa langue. »

Comprendre les enjeux politiques

Ce jour-là, les députés européens doivent notamment adopter des textes sur la sécurité au travail et sur une adaptation de la politique agricole commune. Traduire ainsi des débats parfois techniques ou complexes ne s’improvise évidemment pas. « Nous sommes prévenus au plus tard la semaine précédente que nous sommes affectés à une session plénière, précise Anna Grzybowska. Nous prenons alors connaissance des rapports qui seront débattus et consultons les dossiers très volumineux qui s’y rattachent. Un interprète doit bien comprendre les enjeux politiques, sinon, même avec une parfaite maitrise des langues, le risque d’erreur est grand. »
À la fin de la séance du matin, l’hémicycle se vide pour la pause déjeuner. Les ascenseurs de verre et les escaliers en spirale se chargent d’une foule de costumes sombres et de tailleurs stricts. Un interprète intervient en plénière durant deux séances de deux heures lors d’une journée de session plénière, le matin, l’après-midi ou le soir, parfois jusqu’à minuit. « Lorsque l’on arrive en cabine, nous consultons l’ordre de prise de parole des orateurs et nous répartissons les interventions. Une séance de deux heures demande un travail intensif car les temps de parole sont très restreints, quelques minutes par orateur : de nombreux députés lisent rapidement un texte écrit au préalable pour pouvoir dire le plus de choses possible. C’est un véritable défi technique pour nous. Très rarement, certains députés envoient auparavant leur projet d’intervention. »
Pour ménager les équipes, un interprète travaille en général en plénière deux jours lors d’une session parlementaire. 18 fonctionnaires et une cinquantaine d’interprètes indépendants peuvent être affectés à la cabine polonaise. « Il règne toujours une grande activité au Parlement, commente Anna. C’est une véritable ruche… Une ruche qui bourdonne en plusieurs langues. » Lors d’une session plénière de quatre jours, près d’un millier d’interprètes sont mobilisés pour l’ensemble des langues.
Malgré ce grand nombre d’interprètes, il est devenu impossible avec 23 langues officielles de réunir toutes les combinaisons linguistiques. Auparavant, les interprètes traduisaient toujours d’une autre langue vers leur langue maternelle. Certains doivent désormais également faire l’inverse, traduire leur langue dans une autre. Lorsqu’Anna traduit ainsi les propos d’un orateur polonais en français, son interprétation sert fréquemment de référence aux autres cabines qui traduisent dans leur propre langue à partir de sa traduction en français. « Lorsque je fais une traduction relais que les autres cabines utilisent, je dois aller un peu plus lentement pour que la compréhension soit bonne. Les noms propres posent fréquemment problème. Il faut aussi bien surveiller l’écran de la console tout en regardant toujours l’orateur… »

Interface entre institutions et citoyens

En dehors des séances plénières, les interprètes interviennent régulièrement lors des réunions des groupes politiques ou des commissions parlementaires, le plus souvent à Bruxelles. Des interprètes doivent également accompagner les députés en mission parlementaire, dans l’Union européenne ou à l’étranger. « Nous avons alors un contact direct avec les députés, raconte Anna Grzybowska. Certains nous disent qu’ils reconnaissent notre voix qu’ils entendent si souvent ! Le travail est alors très différent des plénières : j’ai par exemple traduit la discussion d’un député européen avec un planteur de canne à sucre à la Réunion. » Lors de ces missions, les traducteurs évoluent en équipes réduites et polyvalentes, dans le cadre du multilinguisme maitrisé qui vise à réduire les couts. « Même si ces missions sont souvent très fatigantes, la satisfaction est grande, selon Anna, car là encore un interprète joue pleinement son rôle : être une interface entre l’institution et les citoyens. »

Sébastien Langevin





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