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Revue de la fédération internationale des professeurs de français

Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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Claude Lévi-Strauss
Penseur, collectionneur et photographe



Claude Lévi-Strauss a eu cent ans le 28 novembre dernier. L’occasion pour le musée du quai Branly à Paris de rendre hommage à cet anthropologue français mondialement reconnu.

Janvier-février 2009 - N°361



Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

Claude Lévi-Strauss aura été le premier à visiter, à la veille de son ouverture au public en juin 2006, le musée du quai Branly dont il est le président d’honneur. Deux ans plus tard, à l’occasion de son 100e anniversaire, le musée des Arts premiers a tenu à rendre hommage à cet anthropologue de renommée internationale qui fut à la fois un penseur, un collectionneur et un photographe.

La photographie au service de l’ethnologie

Photographe, il le fut essentiellement au début de sa carrière, au Brésil, dans les années 1930. C’est là qu’il part enseigner la sociologie à l’université de Saõ Paulo, après des études de philosophie et de droit qui l’ont modérément convaincu, et mène plusieurs missions pour le compte du Musée ethnographique auprès des Indiens du Mato Grosso et d’Amazonie. L’ethnologie française en est alors à ses balbutiements. Avec quelques décennies de retard sur ses pays voisins, la France renonce à organiser de grands voyages d’exploration. L’idée est désormais de s’installer dans un village pour récolter le maximum d’informations : le dessin et la photographie sont à ce titre des instruments d’étude essentiels. Lévi-Strauss prend ainsi quelque 3 000 photos entre 1935 et 1939 – 64 d’entre elles seront publiées dans Tristes Tropiques en 1955 : portraits, visages peints, gestes quotidiens, danses, cérémonies... Les objets sont étudiés dans toutes leurs composantes sociales : les matériaux, la façon dont ils sont travaillés reflètent l’organisation du village en fratries et en clans que Lévi-Strauss s’attache à analyser. Il ramènera en France de nombreuses pièces : instruments de musique, céramiques, mais aussi flèches, parures de plumes…
Alors que la Seconde Guerre mondiale éclate, Lévi-Strauss se réfugie aux États- Unis, comme tant d’autres intellectuels européens. C’est là qu’il rencontre les surréalistes André Breton et Marx Ernst – qui lui fait découvrir l’art indien de la côte nord-ouest du continent américain et avec qui il hante les antiquaires de la IIIe avenue, à New York – et le linguiste Roman Jakobson.

L’influence du surréalisme

Autant de rencontres déterminantes pour l’élaboration de sa pensée : le surréalisme lui aurait ainsi enlevé toute peur de faire des découpages et des rapprochements parfois osés ; quant au structuralisme de Jakobson, il l’applique bientôt à l’anthropologie, pour mettre au jour des structures de pensée inconscientes communes à tous les êtres humains. Il compare ainsi les mythes de peuples aussi éloignés géographiquement que les Indiens Bororos, les Chinois ou les Maoris : les différences, les « transformations » d’un mythe à l’autre sont pour lui le révélateur d’« invariants » humains. L’interdit de parenté que constitue l’inceste est l’un d’entre eux.
La pensée de Lévi-Strauss a pu depuis lors être remise en cause. Mais les répétitions, les oppositions qu’il a beaucoup étudiées (notamment le cru et le cuit, le féminin et le masculin) continuent à interroger. La question de la dualité a d’ailleurs dicté la muséographie de la partie « Amérique » du musée des Arts premiers. Massues et pagaies d’époques diverses figurent ainsi côte à côte. Un regroupement un peu surprenant au premier abord, mais qui se comprend par la thématique, essentielle en Amérique depuis la période préhispanique, de l’éloignement et du rapprochement : les massues éloignent l’ennemi, comme les pagaies rapprochent, par le voyage en pirogue, du lieu de destination. Le musée des Arts premiers porte donc la marque de Lévi-Strauss, bien au-delà des quelque 1 500 pièces issues de ses collections et des 224 tirages photographiques qu’il a donnés en 2007. Raison de plus – si besoin en était – pour ne pas manquer de le mettre à l’honneur…

Alice Tillier





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