Ni Monica Bellucci ni Penelope Cruz
ou encore Angelica Jolie, non, il ne
s’agit pas de ces « Belles Étrangères » là…
mais de littérature. Et d’un rendez-vous
de fidélité avec les mots venus d’ailleurs.
Vingt ans déjà… Depuis vingt ans donc,
une invitation est faite à une « Belle Étrangère » à venir s’asseoir à notre table et à
nous raconter qui elle est, comment elle
fait sien le grand récit du monde et comment
elle en invente un très particulier.
« Célébrer les noces
de l’altérité »
Ça a commencé en 1987 : une initiative
du Centre national du livre (CNL) pour
le Ministère de la culture afin de « favoriser
la découverte des littératures étrangères
ou d’auteurs encore peu connus en
France et accompagner la politique d’aide
à la traduction, la publication et la diffusion ». Premier pays invité : le Brésil. Dix-neuf
autres suivront.
Et tous aujourd’hui de se féliciter du
succès de cette initiative, libraires, éditeurs,
traducteurs ou représentants institutionnels.
Pour Benoît Yvert, Directeur du livre
et de la lecture, Président du CNL, les Belles
Étrangères ont bien rempli leur mission
: « outil privilégié », elles ont contribué
« à faire connaitre et reconnaitre les
grandes littératures par un large public »
et ce « en conjuguant découvertes et transmission
» : la preuve, chaque édition des
Belles Étrangères a généré en moyenne
une dizaine de publications. Mais surtout,
ajoute Benoît Yvert, les Belles Étrangères
n’auraient pas connu le succès qui
est le leur sans « la conjugaison de tous
les talents, ceux des écrivains, des traducteurs,
des éditeurs, des libraires, des
bibliothécaires, des responsables d’associations
culturelles ». Pascale Dulon, Directrice
de la librairie MK2 Livres à Paris, en
convient mais elle va plus loin quand elle
entend célébrer dans l’évènement « les
noces de l’altérité », noces qui lui suggèrent
les mots « ouverture », « rencontre
» ou « passeur », mais aussi des mots
plus militants, ceux du « combat pour la
défense, l’illustration et la lecture de toutes
les littératures du monde ». Des mots
repris par Anne-Marie Metailié, Directrice
des éditions Métailié qui voit dans les Belles
Étrangères « un bel exemple de ce que
peut être la défense de la diversité culturelle
».
« Promener le miroir
de la littérature au long
du chemin »
« Diversité », « singularité », « rencontre
», on retrouve ces mots sous la plume de
Gérard Meudal, responsable de cette vingtième
édition. Dans le sud de la France, à
Arles, se sont donc retrouvés le 8 novembre
2008 vingt auteurs provenant de dix pays
différents, avec l’idée qu’un écrivain reconnu
de chaque pays en parraine un autre, prometteur
; en somme, provoquer ici « la rencontre
entre deux voix singulières en provenance
d’une même culture,
d’une même langue » et l’invitation
« tantôt à souligner
des liens de parenté, tantôt
des expressions divergentes »,
autant de visions du monde
reflétées par ce « miroir que
la littérature promène au long
du chemin ».
Commencé à Arles, cet itinéraire a conduit
les écrivains et leurs traducteurs dans une
trentaine de villes, de Bruxelles et Liège à
Cognac, Rochefort mais aussi Ajaccio et dans
les grandes métropoles de Lyon, Montpellier,
Lille, Marseille, Nantes et Paris…
Traduire - faire lire :
même combat
Arles n’a pas été choisi au hasard : c’est
en effet à Arles que se trouve le siège de
l’association ATLAS qui fête les vingt-cinq
ans du Collège de Traduction ; il a également
tenu, ce 8 novembre, ses assises de
la traduction, une occasion pour Hélène
Henry, traductrice et présidente de l’association
de célébrer « un partenariat ancien
entre les Belles Étrangères et le Collège de
Traduction » qui n’ont jamais manqué de
se retrouver autour d’une rencontre-lecture
associant un auteur et son traducteur.
Après tout, comme le souligne justement
Hélène Henry, « découvrir de nouvelles
voix, les faire entendre, les faire dialoguer,
leur apporter des lecteurs, la tâche des Belles
Étrangères est soeur de celle des traducteurs
». Aucun problème donc d’articulation
entre les deux manifestations, toutes deux
sont porteuses de connivences et témoignent
de la vitalité du débat entre auteurs, lecteurs
et traducteurs au plus vif des textes.
Lu, discuté, traduit dans une autre langue,
le texte littéraire ne cesse de témoigner de
cette certitude : il reste inépuisable
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