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Revue de la fédération internationale des professeurs de français

Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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Bilingue
Mieux former les enseignants de disciplines non linguistiques



Depuis 1991, au CIEP ou lors de missions à l’étranger, Jacqueline Demarty-Warzee a participé à la formation en français d’un très grand nombre d’enseignants de disciplines non linguistiques (DNL) des sections bilingues. Quelques réflexions et propositions.

Novembre-décembre 2008 - N°360



Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

Un premier constat s’impose : les professeurs les plus impliqués sont en majorité ceux qui ont reçu une véritable formation initiale et qui, de ce fait, sont véritablement historiens, physiciens, biologistes…
Une seconde observation est que, trop souvent, les professeurs de DNL sont recrutés sur d’autres critères que celui, essentiel pourtant, de leur qualification dans la discipline enseignée. Ainsi, des professeurs, pour la simple raison qu’ils parlent français, se retrouvent chargés de cours de DNL en histoire, géographie, sciences économiques et sociales… Or le professeur de DNL est un agent essentiel dans le dispositif des classes bilingues : il est le garant de la spécificité de ce type d’enseignement. Aussi, pour que les bénéfices de l’enseignement bilingue se réalisent, il semble absolument nécessaire d’accorder à la formation des professeurs des disciplines la plus grande attention et une reconnaissance institutionnelle authentique. Ils font partie intégrante du dispositif et de l’équipe pédagogique solidaire de ce projet bilingue.
Alors qu’il est généralement reconnu maintenant que l’apprentissage d’une DNL en deux langues est pour les apprenants une source d’enrichissement sur le plan cognitif, linguistique, culturel, il reste que la formation proprement dite des enseignants de DNL laisse encore apparaitre beaucoup de zones d’ombre !

Améliorer le niveau de langue

Les enseignants de DNL ont, bien entendu, des besoins spécifiques qui relèvent de la formation dans leur discipline. Mais, sur le plan linguistique, plutôt que d’apprendre durant des mois un français de communication approfondi en FLE, accompagné de l’apprentissage de la conjugaison de tous les verbes rencontrés à tous les temps, comme j’ai pu le constater à diverses reprises, l’urgence est de donner les moyens de maitriser un français de communication spécialisée qui réponde aux réels besoins des enseignants et qui puisse les rendre capables de transmettre, en français, les savoirs/savoir-faire disciplinaires et de mener les activités relatives à leur discipline.
De fait, le vocabulaire de la spécialité enseignée leur est déjà familier en langue maternelle. Il ne s’agit donc pas pour eux de découvrir de nouveaux concepts, souvent d’ailleurs sémantiquement transparents. En outre, les enseignants de DNL sont très réceptifs à l’apprentissage de la L2 : leur motivation, plus ou moins forte au début, s’affermit au fur et à mesure que l’on arrive à l’étude linguistique de leur domaine. Il est même arrivé, qu’enthousiasmée par la langue française, une de mes anciennes stagiaires de mathématiques, soit devenue… professeur de français. Cas limite certes, mais qui montre que l’intérêt pour la langue est plus fréquent que l’on ne peut l’imaginer chez nos collègues de DNL.

Sensibiliser au français

J’évoquerai seulement un ou deux points abordés dans les formations précédemment citées pour illustrer ma démarche, fondée ici sur les apports de l’analyse de discours (énonciation, reformulation) à la didactique des langues. Partant d’un corpus d’extraits de manuels scolaires (chapitres, textes et paratextes), et d’autres documents d’ordre scriptural, oral, audiovisuel, iconique ou filmique, il est possible de pratiquer une « lecture décontextualisée », dont l’objectif est de pointer les spécificités lexicales et syntaxiques du document/manuel et les diverses opérations discursives effectuées. Peu à peu, on fait émerger des régularités sur le plan lexical (par exemple, des éléments lexicaux spécifiques d’une époque ou d’un type d’évènement), syntaxique ou discursif.
S’appuyant sur la mise à jour de récurrences, on peut mener des activités de réception et de productions orales et écrites.
Des moments doivent être régulièrement réservés à la simulation de séquences de cours, propices à la reformulation et à l’appropriation de la langue de la discipline en situation. Ces simulations sont l’occasion d’une évaluation formative indispensable.
Cet apprentissage des formes lexicales, syntaxiques et discursives de leur discipline, surprenant au début, parce que nouveau pour eux, apparait vite aux enseignants de DNL « étonnamment » utile, rentable et « efficace ».
L’activité brièvement développée dans l’encadré ci-contre, normalement suivie d’une préparation et de la simulation d’une séquence de cours, n’est pas la seule qu’il soit possible de mener avec des enseignants de DNL en formation. Mais elle a toujours, depuis les années 1990, obtenu des résultats encourageants lors des sessions de formation organisées au CIEP, au stage BELC ou lors de missions à l’étranger. L’objectif n’est pas de rendre les enseignants parfaitement bilingues, mais de les faire accéder à une compétence linguistique suffisante pour assurer un enseignement solide, motivant, innovant, interactif. De plus, certaines disciplines – les sciences humaines, par exemple – exigent un niveau de français plus élevé qu’une discipline comme les mathématiques. Le niveau B1 pourrait-il être une base exigible minimale, mais considéré comme un point de départ en vue de progresser vers le niveau B2 et C1 ? Ce niveau B1, dans les faits, est celui que la plupart des enseignants de DNL possèdent réellement. Il faudrait les aider à aller plus loin.

Jacqueline Demarty-Warzee (France)





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