Un premier constat s’impose : les
professeurs les plus impliqués sont
en majorité ceux qui ont reçu une
véritable formation initiale et qui, de ce fait,
sont véritablement historiens, physiciens,
biologistes…
Une seconde observation est que, trop
souvent, les professeurs de DNL sont
recrutés sur d’autres critères que celui,
essentiel pourtant, de leur qualification
dans la discipline enseignée. Ainsi, des
professeurs, pour la simple raison qu’ils
parlent français, se retrouvent chargés
de cours de DNL en histoire, géographie,
sciences économiques et sociales…
Or le professeur de DNL est un agent
essentiel dans le dispositif des classes bilingues
: il est le garant de la spécificité de ce
type d’enseignement. Aussi, pour que les
bénéfices de l’enseignement bilingue se
réalisent, il semble absolument nécessaire
d’accorder à la formation des professeurs
des disciplines la plus grande attention
et une reconnaissance institutionnelle
authentique. Ils font partie intégrante du
dispositif et de l’équipe pédagogique solidaire
de ce projet bilingue.
Alors qu’il est généralement reconnu
maintenant que l’apprentissage d’une DNL
en deux langues est pour les apprenants
une source d’enrichissement sur le plan
cognitif, linguistique, culturel, il reste que la
formation proprement dite des enseignants
de DNL laisse encore apparaitre beaucoup
de zones d’ombre !
Améliorer le niveau
de langue
Les enseignants de DNL ont, bien
entendu, des besoins spécifiques qui
relèvent de la formation dans leur discipline.
Mais, sur le plan linguistique, plutôt
que d’apprendre durant des mois un
français de communication approfondi en
FLE, accompagné de l’apprentissage de la
conjugaison de tous les verbes rencontrés à
tous les temps, comme j’ai pu le constater
à diverses reprises, l’urgence est de donner
les moyens de maitriser un français de communication spécialisée qui réponde
aux réels besoins des enseignants et qui
puisse les rendre capables de transmettre, en français, les savoirs/savoir-faire disciplinaires et de mener les activités relatives à leur discipline.
De fait, le vocabulaire de la spécialité
enseignée leur est déjà familier en langue
maternelle. Il ne s’agit donc pas pour eux de
découvrir de nouveaux concepts, souvent
d’ailleurs sémantiquement transparents.
En outre, les enseignants de DNL sont
très réceptifs à l’apprentissage de la L2 :
leur motivation, plus ou moins forte au
début, s’affermit au fur et à mesure que
l’on arrive à l’étude linguistique de leur
domaine. Il est même arrivé, qu’enthousiasmée
par la langue française, une de mes
anciennes stagiaires de mathématiques,
soit devenue… professeur de français.
Cas limite certes, mais qui montre que
l’intérêt pour la langue est plus fréquent
que l’on ne peut l’imaginer chez nos collègues
de DNL.
Sensibiliser au français
J’évoquerai seulement un ou deux
points abordés dans les formations précédemment
citées pour illustrer ma démarche,
fondée ici sur les apports de l’analyse de
discours (énonciation, reformulation) à la
didactique des langues.
Partant d’un corpus d’extraits de
manuels scolaires (chapitres, textes et
paratextes), et d’autres documents d’ordre
scriptural, oral, audiovisuel, iconique ou
filmique, il est possible de pratiquer une
« lecture décontextualisée », dont l’objectif
est de pointer les spécificités lexicales et
syntaxiques du document/manuel et les
diverses opérations discursives effectuées.
Peu à peu, on fait émerger des régularités
sur le plan lexical (par exemple, des éléments
lexicaux spécifiques d’une époque
ou d’un type d’évènement), syntaxique
ou discursif.
S’appuyant sur la mise à jour de
récurrences, on peut mener des activités
de réception et de productions orales et
écrites.
Des moments doivent être régulièrement
réservés à la simulation de séquences
de cours, propices à la reformulation et à
l’appropriation de la langue de la discipline
en situation. Ces simulations sont
l’occasion d’une évaluation formative
indispensable.
Cet apprentissage des formes lexicales,
syntaxiques et discursives de leur discipline,
surprenant au début, parce que
nouveau pour eux, apparait vite aux enseignants
de DNL « étonnamment » utile,
rentable et « efficace ».
L’activité brièvement développée dans
l’encadré ci-contre, normalement suivie
d’une préparation et de la simulation d’une
séquence de cours, n’est pas la seule qu’il
soit possible de mener avec des enseignants
de DNL en formation. Mais elle a toujours,
depuis les années 1990, obtenu des résultats
encourageants lors des sessions de
formation organisées au CIEP, au stage
BELC ou lors de missions à l’étranger.
L’objectif n’est pas de rendre les enseignants
parfaitement bilingues, mais de les
faire accéder à une compétence linguistique
suffisante pour assurer un enseignement
solide, motivant, innovant, interactif. De
plus, certaines disciplines – les sciences
humaines, par exemple – exigent un niveau
de français plus élevé qu’une discipline
comme les mathématiques. Le niveau B1
pourrait-il être une base exigible minimale,
mais considéré comme un point de départ
en vue de progresser vers le niveau B2 et
C1 ? Ce niveau B1, dans les faits, est celui
que la plupart des enseignants de DNL
possèdent réellement. Il faudrait les aider
à aller plus loin.
Jacqueline Demarty-Warzee (France)
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