Les chantiers du futur
L’éditorial de Dario Pagel
Cet éditorial
est le dernier
que je signe
en ma qualité
de président
de la Fédération internationale
des professeurs de
français. Comme vous le savez,
au terme du Congrès mondial
des professeurs de français de
Québec, qui se déroule du 21
au 25 juillet 2008, un collègue
prendra ma place pour
conduire les destinées de notre
grande Fédération. Je resterai
certes, comme le prévoient les
statuts, Président d’honneur
et membre du Conseil d’administration.
Mais je resterai
surtout ce que je n’ai jamais
cessé d’être : un enseignant
de français, amoureux de cette
langue et soucieux de son développement
dans le monde.
Pendant ces huit dernières
années à la tête de la FIPF, j’ai
beaucoup parlé des urgences et
des démarches concrètes à entreprendre.
Mon obsession, du
moins en termes de visibilité,
était beaucoup plus pratique
qu’intellectuelle, car il fallait
donner une forme à notre action
quotidienne. Je me posais
sans cesse des questions simples
: comment ces « ouvriers »,
« ces ambassadeurs » du français,
ces « bougies qui, même
dans les coins les plus reculés
du monde, éclairent la francophonie
», que sont les professeurs
de français, pouvaient-ils
être à ce point marginalisés
dans la bataille stratégique de
valorisation de l’enseignement
du français ? Comment arriver
à leur donner les moyens d’exister
dans leur pays, de rendre
leur voix plus audible ? Quels
outils étaient nécessaires à une
meilleure appropriation de leur
métier et à une meilleure transmission
de leur immense savoir
tant linguistique que culturel
aux jeunes apprenants en demande
? C’est à partir de ces
questions simples que j’ai bâti
une stratégie avec des idées directrices
: faire des professeurs
de français du monde entier
des maillons essentiels de toute
politique de la langue, tant au
niveau des pays, du bilatéral
que du multilatéral ; restructurer
les associations afin qu’elles
puissent jouer efficacement leur
rôle ; aider à la mise à niveau
permanente des enseignants
dans un environnement sans
cesse en évolution. Et, avec le
soutien de mes collègues membres
du bureau de la FIPF, j’ai
essayé d’agir. Le résultat reste
forcément perfectible. Mais
aujourd’hui, tous ceux qui s’intéressent
un tant soit peu à la
langue française, à sa diffusion
et à son rayonnement dans le
monde savent qu’ils doivent
compter avec la FIPF.
Mais l’action n’a jamais arrêté la
réflexion. Et du poste d’observation
privilégié où je me trouvais,
j’ai pu ouvrir quelques grands
chantiers intellectuels que je
considère comme structurants
pour l’avenir du français dans
le monde.
Le premier de ces chantiers, qui
demeure celui qui me tient le
plus à coeur, est celui de la massification
de l’enseignement et
de la présence du français dans
le monde. J’ai pu ainsi observer
qu’en Afrique, l’apprentissage
du français progresse, même si
se pose le problème de la qualité.
En Europe, la tendance est
plutôt à la baisse. Dans les pays
émergents, l’apprentissage du
français a tendance à progresser,
suivant en cela la croissance
démographique. Quand on fait
l’addition de toutes ces situations,
on peut conclure que, de
manière générale, le français
progresse. Mais mon souhait
est que nous soyons un peu
plus ambitieux : ce n’est pas
parce qu’on gagne un ou deux
apprenants de plus en français
au Brésil ou en Indonésie qu’on
doit s’en satisfaire. Je considère
que si on tient compte du potentiel
d’apprenants qu’offrent
ces pays, on est très loin du
compte !
Le deuxième grand chantier du
français, dont le premier chantier
cité plus haut n’en est que
l’une des conséquences, est celui
de l’image du français. Le français
reste présenté comme une
langue de l’élite, une langue de
salon. Autrement dit, une langue
qui est importante mais pas
nécessaire. Une langue qu’on
peut étudier quand on dispose
d’un peu de temps. Quand la
présenterons-nous comme une
langue de travail ? Le français
est quand même avec l’anglais
la seule langue parlée sur tous
les continents. Elle est langue
de travail dans diverses organisations
internationales,
parmi les plus importantes.
Les entreprises françaises font
partie des plus exportatrices
du monde. Bref, il y a un réel
intérêt à apprendre le français
aujourd’hui.
Autre chantier, touchant plus
directement le monde enseignant
: celui du lobbying en
faveur du français dans les
systèmes éducatifs. Il est vrai
qu’en prenant les faits de manière
brute, hormis quelques
exceptions, le français est présent
dans la plupart des systèmes
éducatifs du monde. Mais
on sait que cette présence est
de plus en plus menacée par
l’émergence d’autres langues :
que faisons-nous par exemple
pour que, lorsque les élèves ont
le choix entre plusieurs langues,
ils optent spontanément pour
le français ? Que faisons-nous
pour amener les parents de ces
élèves à orienter leur enfant
vers le français ?
Ces trois chantiers sont à mon
avis, parmi d’autres que je ne
peux citer ici faute d’espace,
structurants de l’avenir du français
dans le monde. À force d’en
discuter avec différents interlocuteurs
parisiens, tant dans les
milieux institutionnels qu’universitaires,
j’ai senti progressivement
comme une prise de
conscience par rapport à ces différents
« obstacles » à l’installation
du français comme véritable
« langue populaire mondiale ».
À l’heure de la « francophonie
offensive », il serait important
pour nous tous, militants de la
langue française, de servir cette
grande cause. Je suis prêt, en ce
qui me concerne, à en prendre
ma part.
Un cinquantenaire haut en couleurs
L’Association ghanéenne des professeurs de français (GAFT)
a fêté ses cinquante ans avec un faste particulier du 13 au 16mai
2008. Au cours de ces cérémonies, le Président du pays,
John Kufuor, représenté par le professeur Yaw Safo Boafo, Président
du Conseil d’administration du Ghana Education Trust
Fund (GETFund), a déclaré que la langue française était un
outil de communication précieux pour le Ghana dans le cadre
de ses relations avec les pays étrangers. Il a aussi assuré que le
gouvernement soutiendrait les actions de promotion de l’enseignement
du français. Les associations et le gouvernement ont
tenu à remercier l’Ambassadeur de France au Ghana, M. Pierre
Jacquemot, pour le rôle décisif de la France dans l’amélioration de
la qualité de l’enseignement du français au Ghana. Plus de 200
enseignants ghanéens de français ont pris part à ces cérémonies,
ainsi que de nombreux collègues venus de la sous-région et de
France. La GAFT est l’une des toutes premières associations de
professeurs de français fondées en Afrique et son dynamisme
actuel va de pair avec une réelle volonté politique des dirigeants
de développer l’enseignement du français au Ghana.
GAFT
Evans Kokroko, président
Mél. :
ekokroko@yahoo.com
Argentine - Un congrès, plusieurs enjeux
Le Xe Congrès national des Professeurs
de français d’Argentine se déroulera
du 24 au 26 septembre 2008 à
Salta. Il aura pour thème : « Pour une
culture de la diversité ». Depuis 1990,
les professeurs de français des différentes
provinces argentines organisent un
congrès national tous les deux ans afin de
renforcer la politique linguistique visant
à maintenir l’enseignement du français
dans les institutions. Les enjeux de ce
congrès sont de plusieurs ordres. D’un, la focalisation de la
culture sur elle-même et l’imposition d’une seule langue étrangère,
dite à valeur internationale, sont des aspects qui risquent,
selon les professeurs de français argentins, de conduire à un
réductionnisme culturel. De deux, l’enseignement du français,
dont le rôle essentiel est d’ouvrir les portes de la culture française
et du monde de la francophonie, contribue ainsi à la diversité
culturelle. Enfin, les possibilités d’accès à d’autres langues et à
d’autres cultures sont le privilège d’une élite, et une grande partie
de la population reste exclue de ces apprentissages. Conclusion :
l’offre éducative doit être plurielle et ouverte aux savoirs universels.
L’interculturel aide à une meilleure connaissance de soi et
renforce l’identité des peuples, en donnant un sens à leur place
dans le monde actuel. Ce Xe Congrès national des professeurs
de français traitera de ces problématiques. Y seront conviés un
grand nombre d’enseignants, chercheurs, traducteurs et étudiants
de la langue française d’Argentine et des pays voisins pour en
faire une occasion de réunion et de partage.
Tous les éléments sont disponibles sur le site
www.congresoflesalta08.com.ar
SAPFESU
E lda Dagnino, présidente
Mél. :
dagnino2fcpolet.unr.edu.ar
Japon - Les défis de l’apprentissage autonome
L’université de Kyoto a organisé les 26 et 27 janvier 2008
le colloque international intitulé « Le défi de l’enseignement des
langues étrangères à l’université : plurilinguisme et apprentissage
autonome ». Cette rencontre a regroupé plus de deux cents
participants japonais et de différentes nationalités. On a noté
aussi la présence de deux Français (Henri Holec, université de
Nancy 2 et Claude Truchot, université de Strasbourg 2), d’une
Québécoise (Denise Lussier, université McGil), et d’une Taiwanaise
(Chang Kuo-Lei, université Tamkang).
La première journée a été consacrée à l’enseignement plurilingue.
Suzuki Takao (université Keio), sociolinguiste japonais,
a soutenu le changement du paradigme de l’enseignement des
langues étrangères en termes de réception et d’émission envers
le monde extérieur. Quant au sociolinguiste français Claude Truchot,
il a dégagé la problématique de l’enseignement plurilingue
dans l’internationalisation de l’université, qui accepte de plus
en plus l’anglais comme lingua franca pour accélérer la mobilité
des étudiants. La première table ronde a évoqué les valeurs de
l’enseignement des langues étrangères,
énoncées par les professeurs d’anglais,
d’arabe et de coréen.
Au cours de la deuxième journée,
l’apprentissage autonome a beaucoup
été débattu. Selon les participants, il peut
permettre de valoriser davantage l’apprentissage
des langues étrangères. La
contribution de Denise Lussier a consisté
à éclaicir la compétence interculturelle
qui doit être valorisée dans le portfolio
des langues, atout indispensable pour
mener à bien un apprentissage en autonomie.
Si, grâce aux traductions simultanées
en français et japonais, des expériences
pédagogiques en différentes
langues (anglais, français, allemand,
coréen, chinois et arabe) ont enrichi
le débat, le français a quant à lui confirmé sa valeur de médiateur
entre les différentes cultures éducatives, et cela avec
un grand succès.
Jean Noriyuki Nishiyama (université de Kyoto, Japon)
SJDF
Hidéhiro Tachibana, président
Site :
www.soc.nii.ac.jp/sjdf