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Revue de la fédération internationale des professeurs de français

Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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Tendances
Au clair de la lune…



Et voilà, c’est programmé ! nos chers disques compacts, fièrement rangés sur des étagères adaptées au standard, ne vont pas tarder à disparaitre. L’ère de l’absence totale de support, de la dématérialisation de la reproduction sonore est déjà là…

Juillet-Août 2008 - N°358



Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

Le changement de standard du support de la musique et des sons n’est pas une nouveauté. Des luttes sauvages entre multinationales, qui tenaient à imposer leur standard plutôt que celui du voisin, ont déjà eu lieu. Le vainqueur n’a pas forcément été celui dont la solution technologique était la plus profitable à nos petites oreilles, mais, banalement, celui dont la commercialisation assurait le plus de profit. Qui se souvient de la guerre des cassettes ? du casse-tête du choix de la magnétisation ? Qui se rappelle ces éphémères minicassettes ? Et ces bobines de ruban marron sur nos magnétophones ? Ce fragile ruban qui avait le chic de se couper en pleine montée chromatique du dernier mouvement d’une symphonie, ou qui sortait de ses guides et roulettes dès qu’on avait le dos tourné, réduisant une heure de Beatles, trois solos de Thelonius Monk, et la finale de la Walkyrie en un ridicule serpentin de carnaval.

Adieu disque rond…

De la même façon, on ne saurait vraiment regretter les disques microsillon en vinyle qui nous obligeaient à des manipulations d’orfèvre pour les préserver de la poussière ou éviter qu’ils ne se rayent sous une glissade de la pointe en diamant. Ces accidents, qui voyaient les plus belles voix être frappées de psittacisme, ont permis à l’expression : « le disque est rayé ! » de devenir l’antidote aux radotages.
Quant au 45 tours, le mythique format de la jeunesse des années 1960, s’il se retrouve aujourd’hui dans des brocantes, c’est davantage pour des raisons affectives – c’était un rock de ma jeunesse – que pour ses qualités sonores. C’est là que vient se greffer le gène de la nostalgie : les vieux 78 tours en bakélite, ces disques « qui grattent » et qui appartiennent à une espèce d’épopée de la reproduction sonore, sont désormais recherchés sur Internet comme des objets exotiques.
Particulièrement pesants et cassants (deux bons kilos pour un opéra en entier), les survivants ne vont pas tarder à entrer dans les musées pour y rejoindre les appareils à aiguille et pavillon qui s’y trouvent déjà.
Nos actuelles collections de CD subiront un jour le même sort. Le CD (le français n’a jamais adopté un acronyme sympathique pour le désigner et s’est contenté de l’usage anglophone) aura donc été le dernier support « rond » tangible. En effet, c’est le rond qui a servi de support à toutes les musiques enregistrées au xxe siècle. Un rond qui a permis, en regardant l’avancée du bras de lecture, de spatialiser les moments musicaux, ces portions séparées par des « plages », qui indiquaient d’un coup d’oeil où on en était dans l’exécution de la chanson. Les mystères de la lecture optique au laser des CD a fait disparaitre ce rapport physique que l’on pouvait avoir avec la musique enregistrée : « Tu sais ce passage à la fin de la face A, juste avant la dernière plage »… Mais l’objet « rond » est resté ; cet objet que l’on prête, qui circule entre amateurs, qui fait que le rapport à la musique implique peu ou prou l’autre.

Bonjour MP3 !

Rien de tout ça dans les clés USB et autre MP3 qui manquent singulièrement de rondeurs, mais s’adaptent à n’importe quel ordinateur… Et tout ordinateur relié à un amplificateur (le mot « chaine » tend à disparaitre) peut télécharger à partir des sites spécialisés la version numérisée de telle chanson et en faire une restitution sonore irréprochable à domicile, sans aucun support matériel. C’est le rapport même à l’enregistrement qui est en train de changer : les artistes qui se font endisquer (comme on dit au Québec) deviennent à la fois plus immédiatement audibles – on ne va pas acheter un objet à l’extérieur de chez soi – mais encore plus « lointains », mal incarnés, quasi virtuels : des sons lancés dans le global Internet.
Comment fera-t-on entrer ce format au musée quand son heure sera venue ? Et qu’est-ce qui est à l’oeuvre pour le prochain format à venir ? L’aventure de l’enregistrement et de la diffusion sonore continue… On a appris récemment qu’il fallait, à ce sujet, revoir un petit chapitre de l’histoire des techniques. Si Edison demeure le premier à avoir enregistré et donné à écouter ces enregistrements sur son fameux rouleau, c’est au Parisien Édouard-Léon Scott de Martinville que reviendrait l’apanage du tout premier enregistrement, en 1860, sur une feuille de papier enduite de suie rendue audible grâce aux décryptages de… l’informatique !
Et qu’entend-on ? Un tout petit passage de la comptine « Au clair de la lune1 ». Avouez qu’il est plaisant de penser que le premier son enregistré, il y a cent cinquante ans, était une chanson, en français !

Gilles Castro





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