Historique, l’assemblée générale de
l’Association kenyane des professeurs
de français (KATF) l’a été à plus
d’un titre. Par la mobilisation de ses adhérents
tout d’abord : 170 professeurs de
français venus de toutes les provinces du
Kenya se sont réunis les 2 et 3 décembre
2007. Historique encore par la qualité de
ses invités d’honneur. Madeleine Rolle-
Boumlic, secrétaire générale de la FIPF,
Milburga Atcero, présidente de l’Association
des professeurs de français d’Ouganda
(APFO) ou Kakongwe Misambano, représentant
l’Association des professeurs de
français de Tanzanie (l’APFZ) se sont
rencontrés au lycée français Denis Diderot
de Nairobi. Historique, toujours, par
la solennité de son ouverture avec deux
officiels du ministère kenyan de l’Éducation
et Madame l’Ambassadrice de France.
Historique, enfin, par la qualité des travaux
Sur la compatibilité des objectifs du
Cadre européen commun de Référence
pour les langues (CECR) avec ceux du
programme scolaire officiel kenyan, ainsi
que l’importance des certifications internationales
en français (DELF, DELF Junior,
DALF) pour motiver élèves et enseignants.
Des débats vifs et passionnants sur
la vie et la gestion de l’association ont
précédél’élection
du nouveau bureau et
l’élection, à une très large majorité, de Peter
Owino au poste de président. Georges Diener,
conseiller de Coopération et d’Action
culturelle, a conclu les deux journées de
travaux en saluant l’engagement massif
des professeurs de français du Kenya au
sein de leur association. Il a promis à cette
occasion d’offrir à chacun des adhérents
de la KATF un abonnement au Français
dans le monde en 2008, en partenariat
avec la FIPF. Ce geste vise à conforter les
actuels membres de la KATF dans leurs
activités militantes en faveur du français
et à inciter les autres professeurs de français
à rejoindre l’association.
Un annuaire apprécié
Fête de la francophonie oblige, un premier
annuaire de l’enseignement du français
au Kenya est paru en mars 2007. Très
vite, cet outil s’est révélé indispensable aux
professeurs qui ont ainsi pris consciencede
l’importance du réseau qu’ils constituent dans le pays et de la nécessité de
le faire vivre.
Les autorités éducatives, fortement
impressionnées par l’importance du français
au Kenya, l’ont immédiatement utilisé.
Jusqu’à
l’Ambassadrice de France, qui le
consulte lors de ses missions. Une édition
complétée et mise à jour a été préparée en
mars 2008, accompagnée d’une version
électronique désormais accessible sur le site
internet de l’Ambassade de France au Kenya
(http://www.ambafrance-ke.org).
Formation des adhérents
La KATF milite en faveur de la mise en
place d’un dispositif de formation continue
pour ses membres. Depuis 2007, grâce aux
subventions de l’Ambassade de France au
Kenya, à l’Alliance française de Nairobi et
au programme « formation de 10 000 professeurs
de français » du ministère français
des Affaires étrangères et européennes
(MAEE), l’association a pu proposer
à ses membres des stages de formation
linguistique destinés à préparer l’examen
du DALF C1.
Plus d’une centaine de professeurs ont
ainsi été formés entre août et décembre
2007. Une vingtaine d’entre eux ont déjà
obtenu leur diplôme. La liste d’attente pour
les stages d’août 2008 est déjà longue et
certains lauréats de 2007 attendent impatiemment
de se préparer au niveau C2.
Par ailleurs, l’Alliance française au
Kenya, établie sur trois sites (Nairobi,
Mombasa et Eldoret), veille toujours à
associer la KATF aux actions de formation
mises en place pour les enseignants de son
réseau. En mars dernier, huit professeurs
des lycées kenyans ont assisté à un stage
animé par Francis Yaiche : Vers plus d’interactivité
dans le cours de français.
Enfin, le président de la KATF siège
dans la commission qui sélectionne tous les
ans les professeurs candidats à un stage de
formation d’été d’un mois en France.
KATF, partenaire de la coopération
La KATF s’affirme désormais comme
un partenaire constructif et fiable dans la
mise en oeuvre des projets de coopération
pour le français au Kenya. Au cours de
l’année 2007, elle a joué un rôle clé de
liaison entre les diverses instances qui
constituent les autorités éducatives du
pays et le dispositif de coopération français
(Ambassade, Alliance française et
lycée français Diderot). Elle a ainsi participé
à l’élaboration d’un projet financé
par le fonds de solidarité prioritaire (FSP)
d’appui au développement du français
au Kenya.
Audrey Delattre, Bureau de Coopération pour le français, Alliance française Nairobi
Le français dans le système scolaire et universitaire kenyan
L’apprentissage du français dans le cycle
primaire est limité à un public très restreint,
essentiellement dans les écoles internationales
et les écoles privées des grandes
villes kenyanes. Dans le cycle
secondaire en revanche, l’apprentissage
optionnel d’une
langue étrangère (français,
allemand ou arabe) est inscrit
dans les programmes officiels.
Le français arrive alors
largement en tête, enseigné
dans 350 lycées (dont 20 %
d’établissements privés)
répartis dans tout le pays,
par près de 400 professeurs
kenyans et appris par environ
28 000 élèves. En 2007, 2 145 d’entre
eux l’ont choisi au KCSE, équivalent du
bac français. Une inspectrice de français
au ministère de l’Éducation et un responsable
des programmes de français au Kenya
Institute of Education (KIE) pilotent ce dispositif.
L’enseignement du français est
fortement présent dans les vingt
écoles nationales du Kenya qui
accueillent les meilleurs élèves
du pays. Dans ces lycées
d’excellence, 15 % des élèves
étudient le français et obtiennent
de très bons résultats à
l’examen final. Par ailleurs, plus
de 2 000 élèves apprennent le
français dans vingt-cinq grandes
écoles internationales à
Nairobi et Mombasa.
Dans l’enseignement supérieur, le français
est présent dans les quatre universités
publiques les plus importantes, dans cinq
universités privées et dans une vingtaine
de collèges technologiques. Il est choisi
par plus de 2 500 étudiants. Enfin, avec
plus de 4 000 étudiants par an, l’Alliance
française, sur ses trois sites, joue un rôle
prépondérant : c’est l’opérateur principal
de l’ambassade de France à Nairobi.
En novembre 2007, un projet d’un montant
de deux millions d’euros sur quatre ans,
approuvé par le MAEE , va permettre de
développer et d’améliorer significativement
l’enseignement du français au secondaire
et à l’université.
Par ailleurs, plus de 400 militaires ont été
formés en français depuis 1999 dans le cadre
d’un programme franco-kenyan.
Entretien avec Peter Owino, président de la KATF
Améliorer les conditions de travail
et la formation
Comment avez-vous appris puis enseigné
le français ?
J’ai commencé le français à l’école secondaire,
dès la 2e année. Nous avions le choix
entre deux options : le français et les sciences
aéronautiques. Le français m’attirait plus car
je trouvais que c’était une très belle langue
qui, en plus, me serait très utile. J’avais de
très bonnes notes. J’ai donc appris cette
langue durant quatre ans à l’école secondaire
puis à l’université, où j’ai obtenu en
1998 un Bachelor of Education (équivalent
d’une licence en Sciences de l’éducation) à
l’université Maseno. Ce diplôme me destinait
naturellement à l’enseignement. J’aime
enseigner et je suis fier de participer à la
diffusion de la langue française.
Qu’est-ce qui vous a donné envie d’adhérer
puis d’être président de la KATF ?
Quand j’ai terminé mes études, la KATF était
une association très dynamique, et organisait
de nombreuses activités. Cela a attiré le
jeune homme que j’étais. Avec l’expérience,
j’ai eu envie de devenir membre du bureau
afin de faire évoluer l’association vers une
amélioration de la vie professionnelle de
mes collègues.
Quelle est votre vision du rôle d’une association
de professeurs de français en général,
et au Kenya en particulier ?
Selon moi, le rôle d’une association de
professeurs est essentiellement de militer
pour améliorer les conditions de travail des
professeurs en leur fournissant du matériel
pédagogique et en leur proposant des
formations adaptées au niveau local ou en
France. Au Kenya, certains professeurs sont
nommés dans des écoles où il n’y a pas de
français ; d’autres n’ont parfois pas de poste
alors que certaines écoles recherchent des
professeurs de français. La KATF travaille
étroitement avec les autorités locales compétentes
afin de résoudre ces situations et
d’apporter à tous les professeurs de français
un soutien dans leur vie professionnelle.
Quels sont les objectifs 2008 de la KATF ?
Nous allons d’abord éditer de nouvelles
plaquettes d’information à destination des
élèves, de leurs parents et des directeurs
d’établissements en nous appuyant sur les
argumentaires rédigés par le MAEE (Les 10
bonnes raisons d’apprendre le français) et
réactualiser en permanence les fiches écoles/
professeurs de l’Annuaire de l’enseignement
du français au Kenya. Des actions de
formation prévues en août prochain seront
mises en oeuvre avec le Bureau de Coopération
linguistique à l’Alliance française de
Nairobi dans la suite de ceux de 2007. Des
colloques régionaux sont aussi programmés
afin de permettre aux
professeurs d’échanger leurs
expériences d’enseignement
et de préparer ensemble le
Congrès mondial de la FIPF
de ce mois de juillet 2008 à
Québec où la KATF sera bien
sûr représentée. Nous mettrons
également en place une
formation pour les membres
du bureau et les représentants
de l’association dans les neuf régions qui
reprendra les modules que j’ai suivis lors du
stage organisé par la FIPF en 2007 au CIEP
de Sèvres. Ce stage vise à donner à la KATF
tous les moyens pour être une association
active et dynamique.
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