Quel message souhaitez-
vous transmettre
aux enseignants
de français
réunis à Québec ?
Pour le ministre
français de la Francophonie
que je suis,
participer au Congrès mondial des professeurs
de français va de soi. Les enseignants
de français sont les meilleurs ambassadeurs
de notre langue et des cultures francophones.
Ils sont les acteurs de terrain de
la diversité culturelle et linguistique que
soutient ardemment notre pays. Ils sont
les passeurs de civilisation et construisent
l’avenir de demain en favorisant une
meilleure compréhension mutuelle entre les
générations futures. Dans ce contexte, les
professeurs de français du monde entier
constituent bien le fer de lance et les principaux
relais des actions qui concourent au
rayonnement de la francophonie.
Quel rôle la Fédération internationale
des professeurs de français doit-elle
jouer ?
Je salue l’action de la FIPF en faveur
des professeurs de français. Elle constitue
le coeur de nos politiques d’enseignement
et d’apprentissage de notre langue, dans
le cadre du plurilinguisme et du dialogue
des cultures. Fort de ses 180 associations
regroupant 80 000 membres, la FIPF a
vocation à devenir un partenaire privilégié
de la Francophonie. J’ai d’ailleurs indiqué,
au début du mois de mai, lors d’un
colloque sur « l’avenir de la Francophonie
» qu’il ne serait pas inconvenant que
la FIPF puisse être associée à l’OIF dans
une forme novatrice à définir ensemble.
Promouvoir le français et la diffusion des
cultures francophones constitue un axe
prioritaire des actions que nous menons
ensemble à Paris avec la FIPF. Nous souhaitons
voir ce partenariat s’établir aussi entre
les associations nationales de professeurs
de français et nos services d’Action et de
Coopération culturelle à l’étranger.
Je voudrais rappeler trois chiffres :
800 000, c’est le nombre de professeurs
qui enseignent le français (dont 450 000
enseignent plus particulièrement le français
langue étrangère) dans les systèmes
éducatifs publics et privés du monde entier.
84 millions, c’est le nombre d’apprenants de
français en 2008 dans le monde. 10 millions
d’euros, c’est le montant du soutien apporté
par le ministère des Affaires étrangères et
européennes aux seules associations de
professeurs de français dans le monde en
2008. La France dispose d’un atout remarquable
: son réseau d’établissements culturels
et scolaires, l’un des plus importants au
monde. Chaque jour près d’un million de
personnes y apprennent notre langue.
Quel rôle la France doit-elle avoir dans
le rayonnement de la francophonie ?
L’engagement de la France en faveur
de la diversité linguistique et culturelle
est connu de tous. C’est un des piliers de
la diplomatie française. Et nous pouvons
compter sur le soutien de la Francophonie
institutionnelle : l’Organisation internationale
de la Francophonie, l’Assemblée
parlementaire de la Francophonie,
l’Agence universitaire de la Francophonie,
TV5Monde, l’université Senghor d’Alexandrie,
l’Association internationale des maires
francophones. Avec ces mêmes partenaires,
nous construisons ensemble un espace de
solidarité francophone autour de valeurs
qui nous sont communes : la défense des
droits de l’homme, la démocratie, l’État
de droit, et bien sûr, la défense des biens
publics mondiaux, au premier rang desquels
figure l’environnement.
La promotion de la langue française est
au coeur des préoccupations qui animent
notre politique d’influence, de rayonnement
et d’aide au développement. Un plan
en faveur de l’enseignement du français à
l’étranger doté de 50 M € répond désormais
à la demande importante qui s’est fait jour
en Europe, en Afrique et dans les pays émergents.
Pour renforcer les positions de notre
langue, le ministère français des Affaires
étrangères et européennes agit à la fois à
travers la coopération bilatérale et à travers
la Francophonie institutionnelle, dont il est
un important bailleur de fonds.
Quels sont vos projets prioritaires pour
la francophonie et l’enseignement du
français dans le monde ?
Il y a aujourd’hui une demande croissante
de diversité linguistique et culturelle
dans le monde. Dans un contexte où la mondialisation
est perçue comme une machine
à standardiser et à appauvrir les patrimoines,
à l’heure où des centaines de langues
sont en voie de disparition, la défense de
la francophonie s’inscrit dans cette logique
de recherche d’un monde multipolaire, plus
équilibré, plus harmonieux.
Nous avons bien évidemment des
priorités. La bataille se joue dans les
enceintes internationales où le français
est une langue officielle et/ou de travail,
qu’il s’agisse de l’ONU ou des institutions
communautaires. Pour l’Europe, l’élargissement
représente à cet égard un défi. Le
gouvernement est fortement mobilisé, dans
le cadre notamment de notre présidence
de l’Union européenne, pour consolider le
plurilinguisme. La francophonie se joue
également en Afrique, au Maghreb et au
Proche-Orient, où la demande de français
est croissante. Ce sont là les bassins de
francophonie les plus étendus avec des
enjeux importants de développement : le
français continue à y être la langue de
l’intégration régionale et internationale.
De plus, en Afrique francophone et au
Maghreb, notre langue constitue un facteur
important de cohésion nationale. Nous
sommes également interpellés pour renforcer
l’usage du français dans les organisations
régionales africaines comme l’Union
africaine et la Communauté économique des
États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Les
grands pays émergents (Mexique, Brésil,
Inde, Chine, Indonésie, Afrique du Sud)
sont également des cibles importantes où
le français est perçu comme une langue de
culture et de différenciation. Au total, la
France consacre près de 200 M€ à la promotion
de la francophonie, et du français
et même plus de 800 M€ si l’on y ajoute
les crédits destinés à l’Agence pour l’enseignement
français à l’étranger et au réseau
des établissements culturels.
Comment la France
peut-elle aider à
effacer la fracture
numérique dans
les pays francophones
?
La Francophonie
doit épouser son
temps et saisir l’opportunité
des nouvelles
technologies.
Pour l’enseignement
du français, c’est une ressource extraordinaire
qui a un effet de levier considérable
et permet de toucher des publics souvent
très éloignés.
Nous avons développé au cours des
dernières années, en lien étroit avec l’OIF, le
Centre national d’enseignement à distance
(CNED) et le Centre international d’études
pédagogiques (CIEP), des instruments performants
au service de la communauté des
enseignants et des publics cibles. Plusieurs
fonds spécialisés ont été mis en place.
Nous lancerons dans les semaines à
venir un portail consacré à l’enseignement
scolaire bilingue dans les pays, notamment
européens membres de la Francophonie
ou observateurs au sein de l’OIF dans
lesquels le français n’est pas langue de
scolarisation.
Notre réseau d’établissements culturels
développe sa présence sur Internet
avec la mise en place prochaine d’un site
fédérateur.
Nous réfléchissons également à la mise
au point de méta-portails répertoriant et mettant
en valeur les ressources francophones
numériques dans différents domaines : promotion
et apprentissage du français langue
étrangère, ressources culturelles (« portail des lumières francophones »), économie et
commerce, environnement et développement
durable, solidarités francophones, etc. Nous
envisageons de présenter un projet en ce sens
lors du Sommet des chefs d’État de la Francophonie
en octobre prochain à Québec.
Comment la France veut-elle défendre
le plurilinguisme, au-delà de la francophonie
?
La défense du plurilinguisme en Europe
et dans le monde est le cadre général de
notre action en faveur de la langue française
et des cultures francophones. L’Europe en
tout premier lieu, puisque l’élargissement européen représente un défi pour le maintien
du statut du français comme langue
de travail de l’Union européenne.
La France y soutient en partenariat
avec l’OIF un ambitieux plan de formation
destiné aux 12 000 fonctionnaires et diplomates
appelés à travailler à Bruxelles ou
en relation avec l’Union européenne. Nous
soutenons fortement tous les dispositifs
d’excellence, parmi lesquels les classes
bilingues francophones, dont les effectifs
augmentent rapidement.
La francophonie est souvent ignorée
en France même. Quel francophone
êtes-vous ?
Je suis un francophone convaincu. Je
suis un francophone philosophe. Au-delà
de la langue française, je défends les grandes
valeurs de fraternité, de liberté qu’elle
porte. Car si la défense du français est celle
de toutes les langues nationales, celle du
plurilinguisme, le français a aussi une
place à part. Aux Jeux olympiques, par
exemple, c’est la seule langue officielle
avec l’anglais.
Qu’est-ce que j’entends faire ? Comment
promouvoir le français ? Ma première
bataille sera de faire respecter le français
comme langue de travail dans toutes les
organisations internationales. À commencer
par les responsables français qui doivent
s’exprimer dans leur langue, comme je l’ai
toujours fait !
Par ailleurs, en tant qu’ancien journaliste,
je suis très attaché à l’écrit. Que votre
revue puisse toucher tous les enseignants
de français de par le monde me semble être
un beau défi.
Propos recueillis par François Pradal
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