l existe actuellement en Pologne vingtsix
établissements proposant des sections
bilingues francophones : dix lycées
d’enseignement général et seize collèges.
Ils scolarisent quelque 2 960 élèves, encadrés
par 185 professeurs. Depuis plusieurs
années, statistiquement, deux nouvelles
filières francophones sont créées chaque
année. Quelques dates permettent de jalonner
cette ère nouvelle :
1991 : ouverture des cinq premières sections
bilingues en lycée.
1996 : signature d’un agrément entre le ministère
polonais de l’Éducation nationale et l’Ambassade
de France, régissant la passation des
épreuves du baccalauréat bilingue et l’attribution
d’une attestation de compétence linguistique
par les autorités françaises.
1999 : ouverture des premières classes
bilingues dans les collèges suite à l’application
de la réforme du système éducatif.
2005 : signature d’un avenant à l’agrément
de 1996 prenant en compte les modifications
de procédure entrainées par l’introduction
du nouveau « bac ».
Un dispositif complet
Déterminé par les dispositions du ministère
de l’Éducation nationale, l’enseignement
bilingue en Pologne doit comporter, au-delà
des cours conduits en polonais, au moins deux
disciplines non linguistiques (DNL) enseignées
dans une langue étrangère : les mathématiques,
la physique, la chimie, la biologie, l’histoire,
la géographie ou l’informatique.
Le système éducatif polonais est très
décentralisé : les établis sements recrutent
eux-mêmes les enseignants et peuvent
également faire varier les programmes des
sections bilingues ainsi que le nombre de
disciplines enseignées en français.
Deux parcours bilingues sont possibles
pour les élèves : le parcours A qui comprend
trois ans au collège, puis trois ans
au lycée ; le parcours B qui comprend une
année préparatoire au lycée (année 0), puis
les trois ans réglementaires du lycée. Pour
être admis dans une section bilingue au
collège, le candidat doit passer un test de
compétence linguistique (test de prédisposition)
; quant à l’admission au lycée, elle
se fait sur la base d’un test national de
compétences en français.
Au collège, les élèves suivent un cursus
intensif de langue française (six heures de
français par semaine au minimum), et des
éléments de français
sont introduits progressivement
dans
les cours de DNL,
l’enseignement de ces
disciplines étant au
final dispensé dans
les deux langues.
Au lycée, les
contenus du cours
de français présentent
une volonté
d’introduire des spécificités
de l’éducation française dans le
cursus bilingue. Pour ce faire, une place
importante est donnée à l’argumentation
et à l’étude de textes littéraires francophones,
la certification finale devant permettre
de vérifier non seulement la compétence
linguistique, mais aussi la maitrise des discours
et l’acquisition de méthodes.
La formation des
enseignants, une priorité
Les professeurs en Pologne sont formés
dans une seule matière, il n’est donc
pas facile de trouver des enseignants qui
disposent d’une bonne connaissance
d’une langue étrangère pour assurer les
cours de DNL. Et si un décret du ministère
polonais de l’Éducation régule depuis
l’automne 2002 les connaissances en langues
des enseignants des DNL, il manquait
jusqu’ici une formation et une spécialisation
en méthodologie et en didactique
de l’enseignement bilingue. Pour pallier
ce problème, le CODN (Centre national
de Formation continue des Enseignants)
a élaboré un programme cadre de cours
(350 heures) pour les futurs enseignants
de DNL et prévoit de mettre en place cette
formation en fonction de la demande.
Cette formation de formateurs se fait à
travers plusieurs actions menées conjointement
par le CODN, l’ambassade de France
et d’autres partenaires. Ainsi, un plan TICE
pour les établissements bilingues a été mis
en place en 2006, encadré par le CODN et
l’ambassade de France, et a concerné tous
les enseignants des classes bilingues francophones
en Pologne. Chaque année, des
formations « à la carte », encadrées par les
formateurs du CIEP, sont proposées aux
enseignants de filière bilingue (de français
et de DNL).
Depuis deux ans, un partenariat avec
le CNDP (Centre national de Documentation
pédagogique français) a également
vu le jour : encadrés par un spécialiste du
CNDP, six enseignants de DNL reçoivent
une courte formation relative à l’utilisation
des TICE dans leur spécialité ; ensuite, et
toujours sous l’oeil du spécialiste, ils élaborent
des scénarios de cours. Ces scénarios
sont ensuite mis en ligne et restent
accessibles à tout le réseau1. Une trentaine
de scénarios sont aujourd’hui téléchargeables.
Cette année, le même type
d’activités sera proposé aux enseignants
de français.
Du matériel éditorial
en renfort
Afin de pallier le désintérêt des éditeurs
privés pour le public de l’enseignement
bilingue, le CODN a pris le parti de publier
de nombreux ouvrages ; une aide précieuse
pour tous les acteurs du milieu.
Certaines de ces publications s’adressent
aux élèves (physique, lexique et cahier
d’exercices par exemple), mais la plupart
ont trait à la formation de formateurs et
d’enseignants. À titre d’exemple, on mentionnera
le Référentiel de compétences des
enseignants de disciplines non linguistiques
et de français des sections bilingues
francophones en Pologne, qui, comme le
précise Frédérique Moreau, « a permis de
déterminer des besoins et des objectifs
globaux de formation adaptés à la situation
de l’enseignement bilingue en Pologne,
base sur laquelle seront envisagées
de futures actions de formation visant à
développer l’intégration des langues et
des disciplines, à travers notamment la
pédagogie du projet interdisciplinaire et
bilingue ».
On indiquera aussi le Rapport d’évaluation
des sections bilingues francophones
en Pologne, coordonné par Laurent
Gajo. Élaboré conjointement par l’ambassade
de France et le ministère polonais
de l’Éducation nationale avec l’appui du
CODN, ce rapport rend compte de la situation
des sections bilingues francophones
en Pologne au cours du semestre 2005 et
fait état d’aspects institutionnels et pédagogiques
à un moment-clé, celui où la
« matura » polonaise (baccalauréat polonais)
vit un profond changement et où la
Pologne rentre officiellement dans l’Union
européenne.
MAREK ZAJA˛C, responsable du pôle
Langues vivantes au CODN, Sulejówek,
Pologne.
|