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Revue de la fédération internationale des professeurs de français

Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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La graine et le mulet



Un film d’Abdellatif Kechiche

Mai-juin 2008 - N°357



Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

C'est par le théâtre qu’Abdellatif Kechiche a déboulé au cinéma ! Arrivé de l’autre côté de la Méditerranée, à Nice, depuis son Tunis natal, à six ans, le jeune Abdel s’est vite passionné pour les planches. Aussi bien comme acteur que comme metteur en scène. Certains (Abdelkrim Bahloul, André Téchiné, Nouri Bouzid) apprécient son allure élancée, son visage de poupin taillé à la serpe, son jeu subtil et le projettent sur grand écran. Mais l’envie de passer à la réalisation le titille trop pour qu’il se contente de jouer pour les autres. Avec ses scénarii sous le bras, il frappe à la porte de producteurs peu enclins à financer l’oeuvre d’un inconnu. Jusqu’au jour où il croise la route de Jean-François Lepetit, qui n’a peur de rien… Ainsi voit le jour La faute à Voltaire, avec Sami Bouajila et Élodie Bouchez, qui remporte le Lion d’Or de la première oeuvre à Venise en 2000. Le virus a gagné, la machine est lancée, Abdellatif Kechiche sera cinéaste ou ne sera pas. Quatre ans plus tard, s’appuyant sur Le jeu de l’amour et du hasard, de Marivaux, il transcende l’histoire des valets et des soubrettes pour offrir un regard vif sur la banlieue d’aujourd’hui. À la fin, les jeunes triomphent sur la scène d’une salle polyvalente quelconque, faisant fides moqueries en s’appropriant le texte de Marivaux. Au point d’en faire un plaidoyer pour leur émancipation et leur vie dans la Cité. L’esquive, nommée six fois aux Césars 2005, en remporte cinq ! Rebelote avec La graine et le mulet qui rafl e quatre césars après avoir déjà reçu le prix Louis Delluc et le prix spécial du jury à la Mostra. Gardant le principe d’une histoire simple, d’acteurs amateurs, A. Kechiche se lance dans l’aventure avec détermination. La graine et le mulet raconte, sans compromis, ni compromissions, le parcours de Slimane Beiji. La soixantaine fatiguée, le vieil immigré algérien travaille sur les chantiers navals de Sète, où il se fait de plus en plus exploiter, puis licencier. Au fil des jours, une idée folle va le faire tenir : ouvrir un restaurant de couscous de poissons, spécialité de son ex-femme, sur un vieux bateau à quai. Ce n’est pas tant la réussite de ce projet que tout ce qu’il va modifier dans le regard et l’attitude de ses proches, qui intéresse Abdellatif Kechiche. Mais de rendre également hommage à son père et à toute la génération de vieux Maghrébins, Algériens en tête, venue construire la France dans les années d’après-guerre. Slimane Beiji a-t-il émigré pour rien ? Doit-il rentrer au bled ou donner son dernier souffl e à son restaurant flottant ? Si ce film a le mérite de donner le premier rôle à la communauté maghrébine issue de l’immigration, on peut aussi s’interroger sur la répétition d’un stéréotype récurrent où les filles travaillent toutes quand les « garçons arabes » font capoter la soirée inaugurale du festin… Reste que, sans grands moyens, La graine et le mulet a conquis les spectateurs et les professionnels. Preuve que le cinéma français, dans ses différences, ses origines multiples, ses audaces, sait exister en dehors de codes établis et séduire avec des oeuvres originales, non formatées. Pour Abdellatif Kechiche, il faut, maintenant, continuer, si ce n’est le combat, en tout cas le chemin… In cha’Allah !

Bérénice Balta





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