Que va apporter la fondation Alliance
française à votre réseau ?
Jean-Claude Jacq : Elle représente
en quelque sorte un retour aux origines.
Nous avons voulu deux choses. D’une
part, nous consacrer à nouveau pleinement
à la coordination du réseau international,
mission historique de l’Alliance
à Paris, en laissant l’École du boulevard
Raspail, qui avec ses 11 000 étudiants
est l’un des plus grands centres de langue
du monde, assurer librement sa propre
gestion. Et, d’autre part, nous doter,
avec la formule de la fondation, mieux
connue dans le monde que celle de l’association
de loi 1901, de meilleures chances
de trouver des partenaires financiers.
Nous espérons ainsi pouvoir favoriser
plus de professionnalisme, plus de visibilité
et une gouvernance modernisée dans
notre réseau. Comment ? Par un soutien
didactique, logistique, documentaire,
voire d’équipement aux Alliances les
moins pourvues et par un effort de formation
des cadres locaux.
Mais l’entreprise n’est pas facile : les
statistiques montrent que 95 % des dons
vont à l’humanitaire, au médical ou au
patrimoine. La diffusion de notre langue
et de notre culture est encore considérée
en France comme l’affaire de l’État…
Or le ministère des Affaires étrangères a
subi une diminution des moyens consacrés
à son réseau culturel à l’étranger.
L’Alliance a ainsi vu disparaitre la moitié
de ses directeurs expatriés en quinze
ans. Il nous faut donc trouver des moyens
pour compléter l’investissement (toujours
précieux) de l’État, mais nous ne
sommes pas une fondation comme celle
de Bill Gates ou de l’Aga Khan ! Notre
dotation initiale est faible. Nous cherchons
à l’extérieur de nouveaux moyens
pour agir.
Comment évolue aujourd’hui le réseau
des Alliances françaises ?
J.-C. J. : Le réseau des Alliances françaises
est en pleine croissance (de 4 à 5 % pour
le nombre d’apprenants). Sa répartition est le
fruit de l’histoire et notre réseau se trouve de
fait complémentaire aujourd’hui, sur le plan
géographique, de celui des Centres culturels
et Instituts français : en général, là où il existe
un Centre, il n’y a pas d’Alliance et réciproquement.
L’une est gérée par un conseil
d’administration de droit local quand l’autre,
le Centre, dépend directement des ambassades.
Cependant, il n’est pas rare que le
ministère demande à l’Alliance de prendre
la relève d’un Centre culturel qu’il a décidé
de fermer, comme ce fut le cas récemment
à Gênes, Porto ou Nairobi.
Notre réseau est fortement implanté,
et de longue date, en Amérique latine.
Mais il se déploie désormais aussi en
Chine, où nous avons déjà dix établissements,
ainsi qu’en Russie et en Ukraine,
en Europe centrale et orientale, ou encore
en Turquie où l’Alliance avait disparu il y a
presque un siècle ! D’autres régions semblent
prometteuses, comme l’Asie centrale,
riche de potentiels économiques et culturels
méconnus.
Comment améliorer l’image du français,
favoriser sa promotion ?
J.-C. J. : Je suis sceptique sur l’effet des
argumentaires. On sait bien que dix bonnes
raisons n’ont jamais convaincu l’autre de
vous aimer : une seule suffit, et il doit la trouver
dans ce que vous êtes vraiment. Notre
langue exerce une extraordinaire séduction
par elle-même. Notre tâche est d’en rendre
l’accès plus facile, dans les meilleures conditions
possibles. En termes plus commerciaux,
on sait que c’est l’abondance et la qualité
de l’offre qui créent la demande. Offrons au
public des professeurs compétents et sympathiques,
des locaux accueillants, bien équipés,
un vrai centre documentaire, une cafétéria
où se retrouver pour parler, et les gens
viendront à nous.
Quelles sont vos priorités pour la formation
?
J.-C. J. : Toute la chaine des services,
de l’accueil aux cours, de l’information
à l’évaluation. En tout, nous devons
rechercher l’excellence. Les Alliances sur
le terrain définissent donc leurs besoins
de formation, avec une grande diversité
selon les pays, et avec l’aide du ministère,
nous finançons des programmes. En ce qui
concerne les enseignants, on enregistre
beaucoup de demandes pour le français sur
objectifs spécifiques (FOS), ainsi que sur le
français précoce. J’aimerais aussi encourager
l’intercompréhension, afin de renforcer
la diversité linguistique. Déjà, nous favorisons
partout l’apprentissage de la langue
du pays pour les résidents étrangers.
Comment mieux mutualiser les idées,
les moyens entre Alliances ?
J.-C. J. : C’est un grand enjeu. Dans
certains pays, comme les États-Unis, ou
certaines régions, comme l’Amérique du
Sud, il existe déjà de remarquables programmes
créés sur place et des formations
mises en commun, des projets culturels
échangés. Restent parfois les obstacles
que posent les frontières, ou la territorialisation
de notre dispositif culturel. Nous
envisageons de constituer, dans certains
cas, des délégations régionales, relais de
la fondation, pour stimuler les échanges
et les projets transfrontaliers. En ce sens,
Le français dans le monde pourrait constituer
une belle plate-forme d’échanges pour
les Alliances…
Propos recueillis par FRANÇOIS PRADAL
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