Selon Time Magazine1, le rayonnement de la culture française hors de France n’est plus ce qu’il était. Quel écrivain français contemporain connait-on encore à l’étranger ? Où sont passés les Camus, les Sartre, les Malraux ? Alors qu’à l’époque de la Nouvelle vague, le cinéma français inondait le monde, quels sont les films qui sortent aujourd’hui des frontières ?… Le réquisitoire dressé par le journaliste Don Morisson est également sans appel pour les arts plastiques : alors que l’impressionnisme est né à Paris, Londres et New York sont passées devant. Tout au moins en ce qui concerne le marché de l’art. Et en musique ? « Nommez une star de la pop qui ne soit pas Johny Hallyday. »
Cela fait vingt ans que le déclinisme français est en vogue. À qui la faute ? Morisson pointe le rôle de l’État, le protectionnisme culturel et le recul de la langue française. Frédéric Martel2 nuance le constat, mais souligne que les politiques culturelles sont imparfaites, inadaptées à la mondialisation. Et qu’il faut sortir de l’hypocrisie autour de la question sur la diversité culturelle en défendant plus, en France, les cultures locales et étrangères. Les réactions ont plu en déluge. Une bonne partie de la presse française a été, un mois durant, mobilisée par le débat. Jeanmarie Bockel, secrétaire d’État à la Francophonie contre-attaque en tête3 : le cinéma français résiste mieux que nul autre en Europe aux superproductions hollywoodiennes.
Et les groupes musicaux français se taillent 25 % du marché mondial. Surtout, d’autres disciplines émergent où la création est foisonnante. Que ce soit l’architecture, la musique techno (Air, Daft Punk), le théâtre (Mnouchkine, Chéreau, Wilson). Mais plus largement aussi dans le domaine de la mode, de la gastronomie, du luxe. En France même, Morisson reconnait que la culture garde toujours une place inégalée, identitaire. Les prix littéraires continuent de faire la une des journaux et les expositions ne désemplissent pas. Et de conclure que ce qui se fait de mieux en littérature, en cinéma, en musique, nous vient de la rencontre avec les cultures étrangères (cf. encadré). Plus un pays s’ouvre, plus il fermente culturellement. Il faut donc accélérer le mouvement.
Alors ? La culture française est-elle morte ? Non, elle est en plein renouvellement ! Et l’actualité récente vient encore de démentir Time. Les prestigieux Golden Globe ont récompensé Marion Cotillard en lui décernant le prix de meilleure actrice pour La Môme (Piaf) et Le scaphandre et le Papillon de J. Schnabel, film américain tourné en français, a été élu meilleur film en langue étrangère (cf. FDLM n° 354). Force est de constater que la culture française continue bien de garder toute sa capacité d’influence… surtout auprès de ceux qui la pourfendent !
Notes :
1. D. Morisson, « In Search of Lost Time », in Time
Magazine, édition européenne 03/12/07.
2. Frédéric Martel, De la culture en Amérique (2006),
Gallimard ; www.nonfi ction.fr.
3. J.-M. Bockel, « La culture française se porte bien,
merci ! », in Le Figaro, 7/12/07
Olivier Poivre d’Arvor1
« Nous accueillons les cultures étrangères comme aucun pays au monde ne le fait »
La culture française rayonne-t-elle encore dans le monde ?
Olivier Poivre d’Arvor : Il est vrai que l’époque florissante des grands penseurs, des Malraux, Roland Barthes, Michel Foucault, Jacques Derrida, Baudrillard, est passée. Ce qui est le cas partout dans le monde depuis la fin des idéologies et avec la mondialisation. La pensée aujourd’hui n’est ni française, ni américaine. Les grands débats sont globaux. Il nous reste cependant de grandes fi gures comme Jacques Le Goff en histoire, Michel Serres en sciences, Edgar Morin, Alain Badiou en philosophie, Réne Girard. Rapporté à notre population et au déclin de la puissance de notre langue, ce n’est pas rien2.
Doit-on parler de crise de la création ?
OPDA : Les Français ont une longueur d’avance pour penser de nouvelles formes artistiques comme en danse contemporaine, dans les arts du cirque (Zingaro, Royal de Luxe), les arts de la rue, qui sont une véritable spécialité française. Nos artistes sont les seuls à penser des projets pluridisciplinaires avec autant d’audace, d’inventivité. Mais fi nancièrement, on est dans un entonnoir. L’État ne peut indéfiniment tout fi nancer. Il est indispensable que les collectivités locales, les partenaires privés et ceux qui achètent les spectacles se réunissent.
Comment la France accueille-t-elle les cultures étrangères ?
OPDA : La force d’une culture n’est pas sa capacité à bombarder le monde d’images comme le font les États-Unis, mais dans sa capacité d’attraction. La force des États-Unis est liée à sa puissance d’intégration de différentes cultures, de communautés, de minorités. De même en France, nous avons une passion pour la culture des autres, dans les domaines du cinéma, de la littérature, des arts plastiques. Nous accueillons, ces cultures étrangères comme aucun pays au monde ne le fait. C’est le signe de notre vitalité.
Notes :
1. Olivier Poivre d’Arvor est écrivain, directeur de Culturesfrance, opérateur responsable des échanges culturels internationaux pour les ministères des Affaires étrangères et de la Culture.
2. Olivier Poivre d’Arvor, « Lettre à nos amis américains », in Le Monde, 20/12/07 et Time Magazine, 14/01/08
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