l’Alliance française de Jersey
(Royaume-Uni), on ne voulait pas
faire « une simple garderie en français
». À raison d’une heure par semaine,
on s’est donc éloigné du programme du
primaire pour trouver un juste milieu entre
les activités ludiques (chansons, bricolage)
et la langue (la compréhension des
consignes), nous écrit la directrice, Christine
Busson-Camara. Chantal Depret qui
a enseigné durant vingt ans à des élèves
de six à dix ans au lycée français de Guadalajara
(Mexique) insiste sur le fait que
favoriser les activités ludiques, la créativité
plastique, les participations théâtrales
permet de fixer la langue.
La routine des tout petits
Dès quatre ans, à Jersey, les « fun classes
» sont dédiées à l’éveil à la langue : « Tout
se passe en français dès le premier jour et
une petite pause-biscuit-jus de fruit est organisée
au milieu du cours de 45 minutes. »
Les objectifs sont simples : dire bonjour,
remercier, reconnaitre les couleurs, les noms
d’animaux, appeler ses parents… On commence
d’abord par les automatismes et la
reconnaissance, puis on va vers la répétition
et la production. Chaque classe est construite
autour d’une routine (accueil, gouter, activités)
avec un fil conducteur pour toutes
les séances (Petit ours brun) qui permet à
l’enfant de trouver ses repères. Chaque enfant
repart en fin de trimestre avec un portfolio
qui reprend les objectifs travaillés.
Aux États-Unis, Claire Bourgeois, directrice
des cours de l’Alliance française de New
York, organise des cours d’éveil, À petits
pas, 1h 30 par semaine, pour des enfants
de un à cinq ans. En partant du vécu de
l’enfant, l’utilisation de petites histoires,
de marionnettes, de comptines, d’exercices
de motricité, le rituel s’installe. On multiplie
aussi des animations périphériques :
fêtes du calendrier, heure du conte à la
bibliothèque, fêtes de fin de session… avec
succès : « À deux ans, Amélie comprenait
toutes les consignes, se concentrait sur les
activités, mais ne parlait pas… Jusqu’au jour
où pendant le gouter une petite voix se fait
entendre : “ un autre biscuit s’il te plait ! ”
Et maintenant elle continue le programme
avec les enfants bilingues ».
Pour E. Houisse, à Agadir (Maroc), les
difficultés sont d’abord matérielles : pas
de méthodes, et des classes surchargées.
Pour d’autres, elles sont surtout d’ordre
pédagogique.
À Toulon, en classe de maternelle pour
primo-arrivants non francophones, Danielle
Dorel a mis au point une méthode originale
(cf. http://agir-et-dire.over-blog.org). Elle
enregistre les productions orales des élèves
commentant des photos. Puis ils se corrigent.
La progression ne s’organise pas à partir des
objectifs langagiers, mais par repérage des
erreurs les plus fréquentes : « il/elle », « je lui
vois/je le vois », « je le lui donne à elle/je lui
donne »… À la fin, ils construisent facilement
des énoncés. Mais l’enseignant lui-même se
doit d’être rigoureux quand il donne un ordre
de façon implicite : « Les porte manteaux ! »,
désigne-t-il un lieu ou une règle de vie ? Pour
éviter de dérouter les élèves, mieux vaut préférer
l’explicite à l’implicite. L’implication des parents
Les enseignants de Jersey travaillent
en équipe pour construire des outils et estiment
également qu’il est bon d’associer les
parents à la vie de la classe. C’est aussi l’avis
de Svetlana Essaoula (école primaire à Kirov,
Russie). Elle estime qu’il faut les convaincre
de choisir le français en leur montrant les
magazines, les jeux électroniques pour que
leurs enfants continuent d’apprendre à la
maison. Organiser des réunions, leur offrir
un bagage minimum pour suivre les leçons
est aussi une solution. À New York, « ils sont
invités à réinvestir à la maison les activités
faites en classe ». Et pour D. Dorel, « l’étape
suivante consistera à demander aux parents
de se prêter au jeu de commenter les mêmes
images que leurs enfants. Avec des documents
sonores ? Des comptines adaptées ?
Des affiches dans les couloirs ? » Et de fil en
aiguille les tout petits enseigneront le français
à leurs parents…
Synthèse de FRANÇOIS PRADAL
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