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Revue de la fédération internationale des professeurs de français

Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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Quand les enfants réinventent la langue



Quelles sont les méthodes, les activités, les difficultés rencontrées avec les moins de dix ans ? Vos réponses montrent bien que l’inventivité pédagogique bat son plein !

Mars-avril 2008 - N°356



Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

l’Alliance française de Jersey (Royaume-Uni), on ne voulait pas faire « une simple garderie en français ». À raison d’une heure par semaine, on s’est donc éloigné du programme du primaire pour trouver un juste milieu entre les activités ludiques (chansons, bricolage) et la langue (la compréhension des consignes), nous écrit la directrice, Christine Busson-Camara. Chantal Depret qui a enseigné durant vingt ans à des élèves de six à dix ans au lycée français de Guadalajara (Mexique) insiste sur le fait que favoriser les activités ludiques, la créativité plastique, les participations théâtrales permet de fixer la langue.

La routine des tout petits

Dès quatre ans, à Jersey, les « fun classes » sont dédiées à l’éveil à la langue : « Tout se passe en français dès le premier jour et une petite pause-biscuit-jus de fruit est organisée au milieu du cours de 45 minutes. » Les objectifs sont simples : dire bonjour, remercier, reconnaitre les couleurs, les noms d’animaux, appeler ses parents… On commence d’abord par les automatismes et la reconnaissance, puis on va vers la répétition et la production. Chaque classe est construite autour d’une routine (accueil, gouter, activités) avec un fil conducteur pour toutes les séances (Petit ours brun) qui permet à l’enfant de trouver ses repères. Chaque enfant repart en fin de trimestre avec un portfolio qui reprend les objectifs travaillés. Aux États-Unis, Claire Bourgeois, directrice des cours de l’Alliance française de New York, organise des cours d’éveil, À petits pas, 1h 30 par semaine, pour des enfants de un à cinq ans. En partant du vécu de l’enfant, l’utilisation de petites histoires, de marionnettes, de comptines, d’exercices de motricité, le rituel s’installe. On multiplie aussi des animations périphériques : fêtes du calendrier, heure du conte à la bibliothèque, fêtes de fin de session… avec succès : « À deux ans, Amélie comprenait toutes les consignes, se concentrait sur les activités, mais ne parlait pas… Jusqu’au jour où pendant le gouter une petite voix se fait entendre : “ un autre biscuit s’il te plait ! ” Et maintenant elle continue le programme avec les enfants bilingues ». Pour E. Houisse, à Agadir (Maroc), les difficultés sont d’abord matérielles : pas de méthodes, et des classes surchargées. Pour d’autres, elles sont surtout d’ordre pédagogique. À Toulon, en classe de maternelle pour primo-arrivants non francophones, Danielle Dorel a mis au point une méthode originale (cf. http://agir-et-dire.over-blog.org). Elle enregistre les productions orales des élèves commentant des photos. Puis ils se corrigent. La progression ne s’organise pas à partir des objectifs langagiers, mais par repérage des erreurs les plus fréquentes : « il/elle », « je lui vois/je le vois », « je le lui donne à elle/je lui donne »… À la fin, ils construisent facilement des énoncés. Mais l’enseignant lui-même se doit d’être rigoureux quand il donne un ordre de façon implicite : « Les porte manteaux ! », désigne-t-il un lieu ou une règle de vie ? Pour éviter de dérouter les élèves, mieux vaut préférer l’explicite à l’implicite. L’implication des parents Les enseignants de Jersey travaillent en équipe pour construire des outils et estiment également qu’il est bon d’associer les parents à la vie de la classe. C’est aussi l’avis de Svetlana Essaoula (école primaire à Kirov, Russie). Elle estime qu’il faut les convaincre de choisir le français en leur montrant les magazines, les jeux électroniques pour que leurs enfants continuent d’apprendre à la maison. Organiser des réunions, leur offrir un bagage minimum pour suivre les leçons est aussi une solution. À New York, « ils sont invités à réinvestir à la maison les activités faites en classe ». Et pour D. Dorel, « l’étape suivante consistera à demander aux parents de se prêter au jeu de commenter les mêmes images que leurs enfants. Avec des documents sonores ? Des comptines adaptées ? Des affiches dans les couloirs ? » Et de fil en aiguille les tout petits enseigneront le français à leurs parents…

Synthèse de FRANÇOIS PRADAL





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