Tout a commencé en 1946 avec Rossellini et son Rome, ville ouverte par lequel le Festival affiche son attention aux nouvelles écritures en train de naitre ; il ne se départira jamais de cette exigence, consacrant au fil du temps une génération magnifique d’artistes planétaires, tous maitres filmeurs dans leur art de montrer l’invisible et de dire l’indiscible : Buñuel, Fellini, Antonioni, Visconti, Mizogushi, Welles, Kurosawa, Bergman, Satyajit Ray…
Et le Festival n’aura de cesse d’accueillir de nouveaux talents, allant loin dans l’Asie septentrionale, plongeant au coeur de l’Afrique, fouillant les rives de l’Amérique du Sud, poussant son avantage jusqu’en Australie pour ramener, sur l’écran de nos rêves, d’autres univers, d’autres récits, en un mot d’autres manières de voir : ceux de Abbas Kiarostami, Moshen Makhmalbaf, Hou Hsiao-Hsien, Flora Gomes, Peter Weir, Jane Campion, Souleymane Cissé ou Arturo Ripstein…
Plus près de nous, en Europe, il ira chercher des cinéastes dont la caméra décape le réel, celle des frères Dardenne, d’Emir Kusturica, Mike Leigh, Michael Haneke, Nani Moretti ou de Lars von Trier… Des États-Unis viendront Pollack, Scorcese, Coppola, Altman, Malik, Lynch, Soderbergh, Gus Van Sant, les frères Coen, Jarmush et Spike Lee qui raconteront une autre Amérique, leur Amérique. Aujourd’hui la compétition en accueille une vingtaine, le Festival dans ses différentes sections parallèles en sélectionne environ 120 sur les 1 624 qui font acte de candidature. Et les 21 pays invités à l’origine sont devenus 78. Sanctuaire, Cannes jouera aussi son rôle de soutien aux cinéates en difficulté dans leur propre pays : il fera passer clandestinement les frontières au film de Andrej Wajda, L’homme de marbre, confortera les positions artistiques du Hongrois Miklos Jancso, de l’Espagnol Carlos Saura, du Philippin Lino Brocka, du Turc Ylmaz Guney ou du Chinois Chen Kaige.
Faire éclore les talents
Fête des cinéastes, temple de la cinéphilie, Cannes donne aussi aux talents le temps de grandir, de s’épanouir jusqu’à la consécration suprême : à cette fin, le Festival a créé ou laissé se développer des sections parallèles qui sont autant ses couveuses que le moyen de rendre compte d’une manière un peu folle de la totalité de la création cinématographique. La section « Un certain regard », la « Semaine internationale de la critique », la « Quinzaine des réalisateurs » sont là qui veillent sur le Scorcese de Mean Streets (1974), le Bertolucci de Partner (1969), le Hanecke du Septième Continent (1989), le Jarmush de Stranger than Paradise (1984), le Angelopoulos du Voyage des comédiens (1975)…
De tous ces Visiteurs de Cannes, pour reprendre le titre d’un très beau livre que leur a consacré Gilles Jacob, délégué général du Festival de 1978 à 2001, on retiendra la fragilité, le doute existentiel propre à tous les artistes, doute qui nait selon Roland Barthes de ce que « l’artiste ne sait jamais si ce qu’il veut dire est un témoignage véridique sur le monde tel qu’il a changé, ou le reflet égoïste de sa nostalgie ou de son désir ».
Le festival en dates
C’est le 1er septembre 1939 qu’aurait dû avoir lieu le premier Festival de Cannes sous la présidence de Louis Lumière. Guerre oblige, il faudra attendre le 20 septembre 1946, pour que 21 nations se réunissent autour de ce qui allait devenir le plus grand écran du monde. En 1947, le Festival emménage dans le Palais dont les marches allaient largement participer au mythe du Festival. Il fait relâche en 1948 et 1950 et trouvera véritablement sa vitesse de Croisette à partir de 1951.
Dès l’origine, il distribue des Grands Prix, mais la Palme d’Or ne sera inventée qu’en 1955. En soixante ans, il aura couronné un peu plus de 500 fi lms, connu ses révolutions (en 1968, le festival est interrompu), ses batailles d’Hernani (Ah ! l’année 1960 avec La Dolce vità de Fellini, L’avventura d’Antonioni, La Source de Bergman et l’année 1973 qui hue La Grande Bouffe de Ferreri et La maman et la putain d’Eustache), enfin ses hommages bouleversants (Charlie Chaplin en 1971, François Truffaut en 1984). Aujourd’hui, 4 000 journalistes, 500 photographes, 300 équipes de télévision et 86 envoyés spéciaux pour la presse en ligne couvrent l’évènement. J.P.
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