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Revue de la fédération internationale des professeurs de français

Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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Une langue peut ouvrir à beaucoup d’autres



L’apprentissage d’une langue étrangère L1 (comme l’anglais) peutil servir l’apprentissage d’une autre langue étrangère L2 (comme le français) ? Visiblement inspirés, vous avez été très nombreux à nous répondre. Synthèse de vos réponses

Janvier-février 2008 - N°355



Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

Plus on apprend des langues, mieux on apprend à les apprendre, nous livre Carmen Álvarez Badillo, professeur à Madrid (Espagne). C’est en abordant l’apprentissage d’une L2 qu’on commence à se poser des questions, à s’ouvrir l’esprit. » Même constat pour Olga Dormindontova, et Jeanne Tchérépanova, à l’Université de Lipetsk (Russie) : « Cela fait disparaitre la peur, la méfiance et donne une motivation supplémentaire. » « Et la curiosité augmente », souligne Khalid Aada du campus de Monterrey (Mexique). À la Chambre de Commerce de Strasbourg et auprès des associations de migrants, Ann-Pascale Gaudi remarque que ceux qui maitrisent déjà une langue étrangère ont « la structure pour comprendre le fonctionnement syntaxique des langues et mémoriser le lexique ». « Cet apprentissage représente une gymnastique, un entrainement », nous écrit Marinette Vilès à Montevideo (Uruguay). Jennifer Friedl, étudiante de français et d’anglais à Berlin (Allemagne), confirme : « J’ai commencé le russe il y a deux mois, c’est plus facile car je maitrise déjà trois langues ! » Restent quelques puristes pourtant… Pour Kamal Bouras, traduire c’est détruire et s’aider d’une autre langue est inutile. Fabio Jacobs Dias, à Maringá (Brésil) craint la confusion : « En arrivant à Londres, je n’arrivais plus à parler l’anglais. Seul le français me venait à la bouche, comme si mon cerveau était bloqué ! » Shanshan Tian, à Brest (France), influencée par Chomsky, préconise d’entrer dans la « grammaire interne » de la langue pour développer des automatismes, la répétition, la récitation sans se soucier des relations avec d’autres langues.

L’anglais aide !

Vous le reconnaissez presque tous, surtout pour les locuteurs d’une langue éloignée du français : « le bagage lexical et syntaxique accumulé au cours de l’apprentissage de l’anglais aide à constituer celui du français ». L’alphabet est le même, la structure de la phrase également, écrivent les étudiants de l’école normale de Zambie : « The cat is on the table, le chat est sur la table… rien de plus simple. » De Russie, Olga et Jeanne renchérissent : « Le passage de l’alphabet cyrillique à l’alphabet latin n’est jamais facile… L’anglais fait disparaitre la peur et donne une motivation supplémentaire. » Même analyse pour Hafiza Abdelgadir, de l’Université de Khartoum (Soudan) : « L’anglais aide à fixer les structures, l’ordre des mots : je suis soudanais/ i am sudanes/ e/ ana sodani (en arabe). » Avis partagés par Attila Horváth-Militicsi à Novi Sad (Serbie), Nahed El Akkad à Alexandrie (Égypte), Abdallah Mahdjebi et Toufik Belalia (Algérie). D’où l’importance de connaitre les langues de ses élèves.
L’anglais aide certes, mais attention : « il peut créer une confusion dans les sons, la prononciation et la phonétique ». Orthographe calquée de l’anglais (class/classe), faux-amis (passer un examen/réussir un examen), anglicisme et franglais sont autant de transferts négatifs selon Hafiza Abdelgadir. Pour Titus Ogavu, professeur à l’Université de Kyambogo à Kampala (Ouganda), où l’anglais est langue d’enseignement, « beaucoup de locuteurs sont également bloqués par la question du genre, des auxiliaires, des accords ». Et les étudiants de Zambie d’ajouter qu’anglais et français « n’expriment pas de la même manière certaines réalités du monde ». C’est précisément à cette question que Leila Farkamekh, à l’Université de Bordeaux, a consacré sa thèse (cf. À lire). Les étudiants iraniens sont aussi influencés par l’anglais en ce qui concerne la place de l’adjectif qualificatif, la confusion des genres et du nombre. « Elle est son femme » calqué de « she is his wife », là où la langue persane (le farsi) n’a pas de notions grammaticales équivalentes pour le déterminant possessif. À l’issue de cette recherche, L. Faramekh conçoit donc l’anglais comme une « langue pont » entre farsi et français. Même quand le farsi se construit comme le français (Hôtel cinq étoiles = hotél é pandj sétraré), les étudiants reproduisent la structure anglaise (Cinq étoiles hôtel) ! « Cette expérience n’a fait que renforcer mon sentiment de la nécessité d’intégrer l’anglais dans les contenus de programme », conclut-elle.

Familles de langues

C’est bien différent pour les apprenants d’une langue proche du français, qui peuvent alors directement s’appuyer sur leur langue maternelle. « Les langues d’une même famille présentent souvent des caractéristiques communes sur le plan morphosémantique », écrit Julien Fernand qui a enseigné au Sultanat d’Oman. De l’ile de la Réunion, Julien Girones, ancien professeur de FLE, né à Alger, nous raconte son enfance plurilingue : « À la maison j’ai toujours entendu parler valencien et français. À l’école, j’ai appris l’espagnol et l’anglais. J’aurais aimé apprendre l’arabe, mais à l’époque, cette si belle langue n’était employée que pour s’adresser aux personnels subalternes. À l’université, j’ai été certifié de linguistique comparée des langues romanes où l’on passait allégrement de l’ancien portugais à l’ancien espagnol pour aborder le catalan ou le français. » Et de montrer tout l’intérêt d’apprendre les langues dans les relations qu’elles entretiennent au sein d’une même famille.

Stratégies d’apprentissage

D’autres facteurs entrent en jeu, comme l’âge des élèves. Pour Mihaela Mustea, à Suceava (Roumanie), « si l’apprenant est trop jeune, il ne fait pas toujours la différence entre la L1 et la L2, surtout s’il apprend les deux langues en même temps ! On peut inventer sans se rendre compte des mots français en partant des mots roumains »… et tomber dans la confusion. Par quelle langue commencer ? Annie Blaise à l’Alliance de Monterrey (Mexique) et Danielle Goldstein à São Paulo (Brésil) recommandent d’apprendre d’abord une langue étrangère proche et renforçant l’apprentissage de la langue maternelle. Éternel débat ! Vous défendez l’apprentissage du français (encore réputé difficile) avant l’anglais. « Ceux qui ont commencé l’étude du français L1 sont arrivés au même niveau d’étude en anglais L2 que ceux l’ayant choisi en L1 », insistent Corina Dumitru de Bucarest (Roumanie), et Driss Louiz à Ménitra (Maroc) : « le français est une base sur laquelle se reposer. » Le CECR, un enseignement au plurilinguisme ? « Tous les manuels d’italien de L2, qu’ils soient anglais, allemand ou français suivent maintenant les principes du CECR et proposent les mêmes activités. Du coup, mes élèves travaillent toujours en comparant les tâches et la grammaire d’une langue à l’autre », souligne Simona Appignanesi de Fossombre (Italie). Il y a aussi les militants de l’espéranto, qui permettrait de rétablir une lingua franca dans la tour de Babel : « facile à apprendre (en 160 h.), claire, précise, sans exception, logique et qui permet d’apprendre plus facilement d’autres langues dans toutes les matières », écrivent Michel Dechy, Jean- Pierre Boulet et Christian Lavarenne. Hussein Taha, de l’Université de Sohag (Égypte), propose d’éviter le cloisonnement entre les langues cible et maternelle en utilisant une « pédagogie intégrée » pour faire intervenir dans l’exploration de la langue seconde les instruments qui ont été mis en oeuvre par l’élève lors de l’apprentissage de sa langue maternelle.
De Grèce, Anna Triantaphyllou, conseillère pédagogique, propose une véritable éducation au plurilinguisme, devenu impératif depuis la chute du mur de Berlin, l’ouverture des frontières, la mobilité et la mondialisation. Une éducation reposant sur les biographies langagières des apprenants et leurs histoires multilingues (cf. Recherches et applications n° 40, janvier 2006), une éducation interculturelle à la citoyenneté, et des axes pratiques pour s’interroger sur le fonctionnement et l’évolution d’une langue (mots partagés, emprunts, transferts, …) autour d’un savoir ouvert sur des procédures comparatives, de décryptage, d’interprétation. Autres pistes : J. Fernand, en revenant sur l’origine française d’un verbe tel que to flirt (compter, fleurette, fleureter) incite ses étudiants à recourir aux créations lexicales pour développer la conscience langagière qui sommeille en eux. Avec les suffixes –tion et –sion, ils peuvent créer des mots français et démystifier les « difficultés » du français : « Quel pied d’assister alors à l’émerveillement de ces débutants, qui, à l’issue de leur premier cours de français connaissent déjà des centaines de mots… le tout sans effort de mémorisation ! »

François Pradal





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