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Revue de la fédération internationale des professeurs de français

Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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La folie chocolat



La consommation de chocolat était jadis réservée à ces moments privilégiés des fêtes de famille : gourmandise des pralines en ballotin pour Noël et oeufs en chocolat pour Pâques. C’était la « trêve des confiseurs ». Aujourd’hui, on en mange toute l’année : comme le prix du baril de pétrole, c’est un des indicateurs de la vie économique.

Janvier-février 2008 - N°355



Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

Lorsqu’en 1528, Cortès revient en Espagne avec les secrets de la boisson maya qui « permet à un homme de marcher un jour entier sans manger », le succès est immédiat et l’engouement pour ce gout inimitable et sans égal va se répandre dans tous les pays d’Europe. La Cour de Louis XV inventera une forme de tasse pour le déguster, les préparations pour le consommer vont prendre toutes les formes : chocolat à croquer, à cuire, à boire, en poudre. Voilà la folie chocolat en marche depuis un demi-millénaire : « chocolat, chocolate, chokolade, Cioccolato… », le vieux mot maya est passé tel quel dans les langues européennes, preuve que l’enthousiasme pour cette saveur passe toujours par l’attrait de quelque chose qui vient d’ailleurs. Une saveur à jamais exotique pour les palais européens, même la culture du cacaoyer, impossible en Europe tempérée, a contribué à l’essor de l’esclavage.

Un médicaliment

La flambée actuelle des cours du cacao va de pair avec une demande sans cesse croissante. En vingt ans, le chocolat est devenu une denrée indispensable. Depuis que la diététique s’est élevée au rang des composantes de la modernité, depuis que les vertus et les dangers de chaque aliment sont passés au crible des analyses en laboratoire, on prête au chocolat des avantages qui le feraient presque passer au niveau des « médicaliments », ces aliments dont la consommation reviendrait à déglutir des médicaments. En effet, outre ses effets aphrodisiaques, les flavonoïdes qu’il contient seraient favorables aux hypertendus, aux déprimés, et même propices à guérir certaines maladies de peau. Le chocolat, dont la consommation coupable relevait du péché de gourmandise, s’est paré, en peu de temps, de toutes les vertus au point qu’on entend couramment recommander une bonne tablette de chocolat dès qu’une petite baisse de moral se manifeste. Attention ! il y a « chocolat » et « chocolat » : celui qui permet des miracles est uniquement noir, et plus sa teneur en cacao est élevée, plus ses principes euphorisants sont actifs. On laissera donc de côté toutes les tablettes de chocolat au lait qui contiennent assurément du lait, mais aussi du sucre et une trop grande quantité de beurre de cacao pour demeurer dans le cercle vertueux. Est-ce un hasard si l’on voit désormais s’afficher en gros caractères le taux de cacao sur l’emballage des tablettes vendues en grande surface ? 75 %, 85 % et un inévitable 90 % pour pousser au maximum la surenchère. Le chocolat noir savoureux qui faisait la réputation des palets d’or (une fine feuille d’or sur chaque bouchée) d’un célèbre maitre chocolatier de Lyon s’est donc démocratisé.

Snobismes

Les artisans chocolatiers ont trouvé la parade en produisant des chocolats dont la sophistication et l’esthétique propulsent le moindre grignotage au rang de la haute couture et du luxe, au point que les habitués des grandes marques de couture qui viennent faire des emplettes à Paris incluent un détour obligé dans ces quelques boutiques de chocolatiers de la rive gauche dont la réputation est répertoriée dans les guides de voyage. Les Français, qui ne juraient que par les suaves productions de leurs voisins belges ou suisses, sont devenus à leur tour les clients inconditionnels des chocolatiers nationaux ; le ruban estampillé de la boite de chocolats est devenu aussi important que le contenu du cadeau : Oh ! des chocolats de chez Untel, rien ne pouvait me faire plus plaisir ! Ainsi, toujours poussé vers de nouvelles modes, le chocolat est devenu un produit miracle qui hante les snobismes, qui sourit aux diététiciens et qui tient désormais « salon » chaque dernière semaine d’octobre à Paris.
On y découvre les multiples productions internationales qui font sortir le chocolat de tous nos rêves de gourmandise : enveloppement au chocolat qui s’inspire d’une hypothétique crème de beauté des princesses mayas, massage au chocolat, recettes au chocolat qui sortent de la carte des desserts et même d’imposantes sculptures en chocolat dans lesquelles il n’est pas dit qu’on puisse croquer. Mais ces dérives ne font heureusement pas oublier ce plaisir qui a un gout d’enfance, un gout immémorial, celui qui consiste à croquer dans un carré de chocolat. Au fait, connaissez-vous quelqu’un qui puisse avouer : je n’aime pas le chocolat ?

Gilles Castro





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