Articles

· FdM 366
· FdM 365
· FdM 364
· FdM 363
· FdM 362
· FdM 361
· FdM 360
· FdM 359
· FdM 358
· FdM 357
· FdM 356
· FdM 355
· FdM 354
· FdM 353
· FdM 352
· FdM 351
· FdM 350
· FdM 349
· FdM 348
· FdM 347
· FdM 346
· FdM 345
· FdM 344
· FdM 343
· FdM 342
· FdM 341
· FdM 340
· FdM 339
· FdM 338
· FdM 337
· FdM 336
· FdM 335
· FdM 334
· FdM 333
· FdM 332
· FdM 331
· FdM 330
· FdM 329
· FdM 328
· FdM 327
· FdM 326
· FdM 325
· FdM 324
· FdM 323
· FdM 322
· FdM 321
· FdM 320
· FdM 319
· FdM 318
· FdM 317
· FdM 316
· FdM 315
· FdM 314
· FdM 313
· FdM 312
· FdM 311
· FdM 310
· FdM 309

La revue
Je m'abonne
Actualités
Le FDLM et vous

CLE     FIPF
Revue de la fédération internationale des professeurs de français

Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

Vous êtes dans la section : Accueil > Articles > FdM 354

Entretien avec Robert Le Duff
Gérer l’eau : une initiation à la démocratie



L’eau existe en quantité suffisante pour les besoins de l’humanité. Mais les difficultés liées à la répartition de ce bien naturel sont actuellement causes de grandes inégalités entre les peuples, comme l’explique Robert Le Duff, Secrétaire général d’un réseau de l’AUF.

Novembre-décembre 2007 - N°354



Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

Comment avez-vous été amené à vous intéresser à la gestion de l’eau ?

Professeur de gestion puis doyen de l’Université de Caen, je suis devenu Secrétaire général d’un réseau de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) : la Conférence internationale des Dirigeants des institutions d’Enseignement supérieur et de Recherche de Gestion d’expression française (CIDEGEF). L’un de nos rôles est de mettre les compétences de spécialistes de gestion au service, par exemple, des municipalités, notamment pour améliorer leur gestion de l’eau. S’occuper d’une ville devient aujourd’hui une véritable entreprise. Notre mission est de fournir aux municipalités l’analyse de spécialistes de gestion et de « management » pour les aider à tirer le meilleur parti des biens naturels dont elles disposent. Dans le cadre de l’AUF, nous nous intéressons plus particulièrement aux pays en voie de développement et notamment aux pays d’Afrique. De là est né le projet « Gestion démocratique des biens collectifs », et parmi ces biens collectifs, nous avons retenu l’eau et son assainissement…

Est-ce que l’eau manque ?

La plupart des études technologiques, qui établissent des prévisions jusqu’en 2025, considèrent qu’il y a assez d’eau pour tous sur la terre, compte tenu de l’accroissement de la population. Ces études estiment que les hommes seront rapidement capables de résoudre les défis technologiques. Les avancées scientifiques seront telles que l’on saura vaincre les pénuries d’eau au sens technique du terme. Mais la technologie augmente les différences de situations, c’est particulièrement vrai en ce qui concerne l’eau. Prenons l’exemple de la désalinisation : on saura désaliniser, mais ce processus aura un cout élevé et nécessitera un financement important. Pour caricaturer, on peut dire que seuls les pays riches (qui n’en ont pas besoin) auront les moyens de désaliniser. Une gestion démocratisée de l’eau en tant que bien collectif est au centre de notre réflexion. Nous pensons même que la gestion de l’eau est une formidable occasion d’accroitre le niveau démocratique d’un pays, car les individus doivent être égaux en matière d’accès aux biens collectifs tels que l’eau, la santé ou les transports.

Selon vous, il n’y a pas de pénurie d’eau à craindre ?

À l’heure actuelle, on utilise seulement 3% de l’eau disponible. Mais attention, on ne dispose pas réellement de cette eau car elle est considérablement gaspillée au cours de son transport jusqu’au robinet. Il faut bien distinguer l’eau douce de nature (c’est-àdire le « grand cycle de l’eau ») de l’eau du robinet (« le petit cycle de l’eau »). On trouve une eau douce dans la nature (surtout issue des nappes phréatiques) qui est déjà de très bonne qualité et que l’on peut rendre potable. Le vrai problème est le transfert de l’eau dans le « petit cycle de l’eau » et le cout des infrastructures. Rendre l’eau potable n’est pas très onéreux, mais l’acheminer jusqu’à la fontaine nécessite des investissements très lourds, ce qui creuse encore les discriminations. La consommation d’eau par habitant est presque une image de la richesse du pays. Il se trouve que les populations d’Afrique sont naturellement défavorisées en matière d’eau. C’est ce qu’on appelle le stress hydrique, c’est-à-dire l’écart entre le besoin en eau et la disponibilité d’eau de qualité. Ce phénomène est en train de s’accroitre énormément en défaveur des pays pauvres. Le lien a d’ailleurs été fait entre un certain nombre de maladies et le niveau de stress hydrique : quand il est élevé, on constate que les maladies se développent. La sécheresse favorise la propagation de certaines pandémies et la pauvreté progresse, c’est une situation scandaleuse que l’on pourrait considérablement améliorer.

Quels sont concrètement les exemples à suivre ?

Les bornes-fontaines installées à Kaolack (Sénégal) sont une réussite et un bon exemple de démocratie de proximité. Cette ville connaissait des problèmes dans l’acheminement de l’eau ; on a donc cherché les meilleurs lieux pour installer ces bornesfontaines, laissant ensuite à l’individu la responsabilité de la consommation individuelle. La population a été associée au projet, surtout les femmes qui jouent un rôle très important en Afrique. Il faut bien distinguer ce qui est de l’ordre de l’investissement collectif, c’est-à-dire le transport de l’eau jusqu’à la borne-fontaine, et la consommation individuelle. Il s’agit de deux types de financement distincts : dans un premier temps, pour amener l’eau, la municipalité assume le cout de l’installation ; dans un second temps, le consommateur paie l’eau au prorata du nombre de seaux qu’il prend à la borne-fontaine. À cette étape, l’économiste peut mettre en place une politique de tarification. Si l’eau est chère, elle sera moins gaspillée. Le prix de l’eau peut servir à réguler sa consommation… Ce raisonnement est également valable pour d’autres biens, tels que le pétrole et les médicaments. Ainsi disposet- on de moyens efficaces pour lutter contre le gaspillage. Grâce aux bornes-fontaines de Kaolack, l’eau disponible est devenue de l’eau utile.

Quelle action vous semble prioritaire ?

Je voudrais insister sur la sensibilisation au gaspillage. Économiser de l’eau en me lavant les dents peut sembler inutile car les comportements individuels semblent ne rien changer au problème collectif, ils sont pourtant déterminants. La comparaison qui me parait la plus évocatrice est celle du vote et, par là même, de la démocratie. Chaque citoyen peut avoir la sensation que son vote ne change rien au résultat final et pourtant c’est l’addition de ces décisions individuelles qui détermine le régime politique sous lequel va vivre chaque individu. Nous devons économiser l’eau parce que nous sommes citoyens du monde et que nous copartageons une ressource de la nature. Être attentif à l’usage de l’eau c’est un comportement respectueux de l’autre, une attitude responsable. Soucieux d’épargner l’eau, on s’apercevra qu’un même litre d’eau peut avoir plusieurs utilisations. Il ne s’agit pas d’un calcul d’économie mais d’une démarche éducative et civique. Les comportements individuels doivent venir compléter une gestion internationale des ressources au niveau de la consommation industrielle et agricole. Savez-vous que, dans des pays comme la France, les fuites sur les réseaux collectifs s’élèvent parfois à 50 % et que le secteur de l’agriculture à lui seul concentre 73 % de la consommation d’eau totale contre 6 % seulement pour l’usage domestique.

Comment améliorer la situation et réguler l’accès à l’eau ?

Il existe un droit à l’eau, au même titre qu’un droit au logement et à la santé. L’eau comme ressource naturelle appartient à tout le monde. Ensuite, le problème du gestionnaire est celui du financement du transport de l’eau, d’où des problèmes en Afrique, en zones transfrontalières par exemple.
Le prix Nobel d’économie, Amartya Sen a bouleversé les idées sur ce thème : « On a longtemps cru qu’un pays devait atteindre un certain niveau de développement pour pouvoir mettre en oeuvre un processus démocratique. Ce qui est faux : la démocratie est source de développement. » Ce renversement de la philosophie économique est une remise en cause complète de la conception capitaliste qui postule que la démocratie est l’une des conditions du développement économique. En fait, si l’accès aux biens naturels est également réparti entre les individus, la machine économique fonctionnera mieux. Cette doctrine va à l’inverse de celle qui a longtemps prévalu, assurant que l’on avait besoin de riches pour financer les investissements. Les expériences comme celles que nous menons sont très encourageantes. Mais il faut accepter de ne pas être trop pressé si on veut les voir se concrétiser et se généraliser. Le monde n’accepte pas la brutalité de décisions rapides et non négociées. Le développement des technologies va plus vite que celui des mentalités. Il faut accepter que les questions soient débattues par les intéressés et que les décisions se mettent doucement en place. Une société pressée commet des erreurs. Je suis prêt à faire l’« éloge de la lenteur »...

Propos recueillis par Françoise Ploquin et François Pradal





Accueil   -   La revue   -   Services   -   Articles en ligne

Brèves
   -   Archives   -   Contact


© Le français dans le monde  2002
Tous droits réservés