Tout le monde sait que les enfants
n’aiment pas les cours de grammaire.
Ils les trouvent monotones
et compliqués », nous écrit Tatiana Tcherkassova
de Dniprodzerjinsk en Ukraine.
De même, Jérémie Kroubo, formateur en
FLE à l’Association pour l’enseignement
et la formation des travailleurs immigrés à
Reims, note que la grammaire est souvent
considérée comme l’aspect le plus ennuyeux
et contraignant de l’enseignement. D’où la
nécessité de tout repenser.
Quand le FLE évolue
Dans un brillant développement, Kroubo
retrace l’histoire du FLE et son rapport à la
grammaire. De la méthodologie traditionnelle,
où la grammaire était au coeur de
l’enseignement, transmise de façon explicite
et déductive (des règles à apprendre et des
exercices pour les appliquer), centrée sur
l’analyse de la phrase, avec une progression
linéaire, à la méthode directe plus implicite
(avec des textes à trous), puis audiovisuelle
plus structurelle (avec exercices de
substitution et de transformation) et enfin
à l’approche communicative plus explicite,
centrée sur des énoncés et des activités
comme les jeux de rôles et la simulation,
le FLE n’a cessé d’évoluer.
Vers d’autres démarches
Ce que préconise Kroubo, c’est d’abord
de ne jamais dissocier la grammaire du
lexique et de la culture en développant
simultanément les quatre compétences,
sans métalangage « assommant ». En se
focalisant sur le sens à transmettre, l’acte
à réaliser, il est plus facile de faire passer
les outils linguistiques (grammaticaux et
lexicaux) qui les traduisent, de manière
inductive et si possible intuitive, en allant
de la manipulation de la langue vers l’explicitation
des règles, tout en privilégiant
l’utilisation de documents authentiques
et des activités ludiques, créatives et de
simulation plus attrayantes. Par exemple,
au niveau A1, les apprenants apprennent
à se présenter, à dialoguer ET découvrent
le présent de l’indicatif des verbes aimer,
avoir, être, détester… Au niveau B2, un
débat sur les dangers du cannabis permet à
la fois d’argumenter, de découvrir le champ
lexical des « interdits » ET de travailler la
comparaison. Une démarche qui ne peut
être évaluée que de façon formative.
Même tatonnement pour Eurydice Brokalaki,
à Athènes, enseignante de FLE à des
enfants et adolescents : « il faut amener les
élèves à formuler la règle, leur donner le
plaisir de la découvrir par eux-mêmes » et
non pas la leur donner pour une application
« sèche ». Ainsi, Attila Horváth-Militicsi,
à Novi-Sad (Serbie), part du fait qu’une
forme prononcée peut avoir plusieurs formes
écrites (manger/mangé/mangeait)
pour expliquer la différence entre infinitif et
participe passé. Évidemment, cette démarche
fonctionne mieux avec des adolescents
qu’avec des enfants qui n’ont pas encore
d’expérience dans leur langue maternelle.
À Strasbourg, Ann-Pascale Guadi adopte
les mêmes méthodes pour des adultes
migrants : déductive, du simple au complexe.
Mais certains d’entres eux veulent
de la théorie, de l’explicitation. Selon leur
tradition culturelle, il faut donc aussi avoir
recours à la méthode directe et les rassurer
par une pédagogie différenciée : la répétition
est encore nécessaire !
Avec des enfants, T. Tcherkassova est
psychologue. En utilisant des dessins, des
jouets, des chansons et des images faciles
à retenir, plus de problème sur le genre
des adjectifs avec « le cheval blanc » et
« la souris blanche » ! Ni avec le verbe
être quand il s’agit de le conjuguer en
présentant ses amis. C’est en combinant
travail phonétique, lexical et grammatical
qu’ils analysent, comparent, inventent et
se constituent leur « boite à outils ». Bref,
on apprend la grammaire en s’amusant. Ce
n’est en aucun cas un objectif en soi.
Danielle Goldstein, professeure à l’Alliance
française de São Paulo, est sur la
même longueur d’onde. Avec l’écriture des
verbes d’actions donnés par les étudiants,
les expressions de temps notées au tableau
et des images, ils se familiarisent à l’utilisation
du futur et du futur antérieur et
élaborent la règle en groupe.
Pour Maggie Brizet-Iyassu, enseignante
de français langue seconde à des adolescents
migrants nouvellement arrivés à
Saint-Étienne, « la grammaire, c’est comme
la cuisine » : tout est question de dosage,
d’ingrédients, d’épices. « Les années
passées, trop de leçons m’étaient restées
sur l’estomac. Du coup, nous avons fait
un vrai petit-déjeuner et les élèves ont
fait de la grammaire sans le savoir. » Ils
racontent leur journée, rédigent une lettre
de présentation et découvrent le présent,
parlent des habitudes de leur pays d’origine
et entrent dans le passé. En préparant la
liste de ce qu’ils doivent acheter pour le
petit-déjeuner… ils planifient le futur ! Et
plongent dans l’impératif quand il s’agit
de reprendre les conseils de l’infirmière :
« Buvez du lait, ne partez pas le ventre
vide ! Qu’est-ce qu’on déguste : l’infirmière
elle-même en oublie sa leçon sur l’équilibre
alimentaire ! »
Pour le n° 356, « Vous enseignez à des
enfants de moins de dix ans. Quelles
diffi cultés et quels avantages rencontrez-
vous ? À partir de quelles expériences
? » Vos réponses sont attendues
avant le 15 décembre 2007 à : fpradal@fdlm.org. Restez attentifs aux questions
des numéros à venir (www.fdlm.org)…
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