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Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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Faire de la grammaire sans faire cours de grammaire



Si tout enseignant ressent le côté rébarbatif d’un cours grammatical, comment faire pour que l’apprenant maitrise la structure de la langue ? Synthèse de vos réponses.

Novembre-décembre 2007 - N°354



Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

Tout le monde sait que les enfants n’aiment pas les cours de grammaire. Ils les trouvent monotones et compliqués », nous écrit Tatiana Tcherkassova de Dniprodzerjinsk en Ukraine. De même, Jérémie Kroubo, formateur en FLE à l’Association pour l’enseignement et la formation des travailleurs immigrés à Reims, note que la grammaire est souvent considérée comme l’aspect le plus ennuyeux et contraignant de l’enseignement. D’où la nécessité de tout repenser.

Quand le FLE évolue

Dans un brillant développement, Kroubo retrace l’histoire du FLE et son rapport à la grammaire. De la méthodologie traditionnelle, où la grammaire était au coeur de l’enseignement, transmise de façon explicite et déductive (des règles à apprendre et des exercices pour les appliquer), centrée sur l’analyse de la phrase, avec une progression linéaire, à la méthode directe plus implicite (avec des textes à trous), puis audiovisuelle plus structurelle (avec exercices de substitution et de transformation) et enfin à l’approche communicative plus explicite, centrée sur des énoncés et des activités comme les jeux de rôles et la simulation, le FLE n’a cessé d’évoluer.

Vers d’autres démarches

Ce que préconise Kroubo, c’est d’abord de ne jamais dissocier la grammaire du lexique et de la culture en développant simultanément les quatre compétences, sans métalangage « assommant ». En se focalisant sur le sens à transmettre, l’acte à réaliser, il est plus facile de faire passer les outils linguistiques (grammaticaux et lexicaux) qui les traduisent, de manière inductive et si possible intuitive, en allant de la manipulation de la langue vers l’explicitation des règles, tout en privilégiant l’utilisation de documents authentiques et des activités ludiques, créatives et de simulation plus attrayantes. Par exemple, au niveau A1, les apprenants apprennent à se présenter, à dialoguer ET découvrent le présent de l’indicatif des verbes aimer, avoir, être, détester… Au niveau B2, un débat sur les dangers du cannabis permet à la fois d’argumenter, de découvrir le champ lexical des « interdits » ET de travailler la comparaison. Une démarche qui ne peut être évaluée que de façon formative. Même tatonnement pour Eurydice Brokalaki, à Athènes, enseignante de FLE à des enfants et adolescents : « il faut amener les élèves à formuler la règle, leur donner le plaisir de la découvrir par eux-mêmes » et non pas la leur donner pour une application « sèche ». Ainsi, Attila Horváth-Militicsi, à Novi-Sad (Serbie), part du fait qu’une forme prononcée peut avoir plusieurs formes écrites (manger/mangé/mangeait) pour expliquer la différence entre infinitif et participe passé. Évidemment, cette démarche fonctionne mieux avec des adolescents qu’avec des enfants qui n’ont pas encore d’expérience dans leur langue maternelle. À Strasbourg, Ann-Pascale Guadi adopte les mêmes méthodes pour des adultes migrants : déductive, du simple au complexe. Mais certains d’entres eux veulent de la théorie, de l’explicitation. Selon leur tradition culturelle, il faut donc aussi avoir recours à la méthode directe et les rassurer par une pédagogie différenciée : la répétition est encore nécessaire ! Avec des enfants, T. Tcherkassova est psychologue. En utilisant des dessins, des jouets, des chansons et des images faciles à retenir, plus de problème sur le genre des adjectifs avec « le cheval blanc » et « la souris blanche » ! Ni avec le verbe être quand il s’agit de le conjuguer en présentant ses amis. C’est en combinant travail phonétique, lexical et grammatical qu’ils analysent, comparent, inventent et se constituent leur « boite à outils ». Bref, on apprend la grammaire en s’amusant. Ce n’est en aucun cas un objectif en soi. Danielle Goldstein, professeure à l’Alliance française de São Paulo, est sur la même longueur d’onde. Avec l’écriture des verbes d’actions donnés par les étudiants, les expressions de temps notées au tableau et des images, ils se familiarisent à l’utilisation du futur et du futur antérieur et élaborent la règle en groupe. Pour Maggie Brizet-Iyassu, enseignante de français langue seconde à des adolescents migrants nouvellement arrivés à Saint-Étienne, « la grammaire, c’est comme la cuisine » : tout est question de dosage, d’ingrédients, d’épices. « Les années passées, trop de leçons m’étaient restées sur l’estomac. Du coup, nous avons fait un vrai petit-déjeuner et les élèves ont fait de la grammaire sans le savoir. » Ils racontent leur journée, rédigent une lettre de présentation et découvrent le présent, parlent des habitudes de leur pays d’origine et entrent dans le passé. En préparant la liste de ce qu’ils doivent acheter pour le petit-déjeuner… ils planifient le futur ! Et plongent dans l’impératif quand il s’agit de reprendre les conseils de l’infirmière : « Buvez du lait, ne partez pas le ventre vide ! Qu’est-ce qu’on déguste : l’infirmière elle-même en oublie sa leçon sur l’équilibre alimentaire ! »

François Pradal



Pour le n° 356, « Vous enseignez à des enfants de moins de dix ans. Quelles diffi cultés et quels avantages rencontrez- vous ? À partir de quelles expériences ? » Vos réponses sont attendues avant le 15 décembre 2007 à : fpradal@fdlm.org. Restez attentifs aux questions des numéros à venir (www.fdlm.org)… Cette page est la vôtre !



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