On te connait surtout comme journaliste et chroniqueur. Qu’est-ce qui t’a poussé à rentrer dans le monde de l’édition ?
Je ne suis pas rentré. Je crois que j’ai poussé la porte qu’on m’entrouvrait. Au départ, trouver le temps d’écrire ces chroniques fut un défi excitant, puis un plaisir permanent, même avec l’angoisse de ne pas être parfait sur tous les thèmes. J’ai positivement répondu a une proposition des éditions JC Lattès. L’opportunité était belle quand on connait le nombre d’auteurs talentueux qui ne trouvent jamais d’éditeur. J’ai repris les chroniques audio, que j’ai enrichies, complétées, retravaillées, en veillant à faire émerger des images entre les lignes, images de rues francophones créatives et facétieuses avec la langue.
Ton livre dresse véritablement un panorama très riche de mots et d’expressions qu’on trouve en Francophonie. Comment as-tu procédé pour les recenser ? Quelle a été ta méthode de travail ?
Méthode... je dirais plutôt instinct. Un mot qui déclenche des recherches sur un autre, puis une expression, une locution qui a des résonances sur un autre continent sans perdre son sens ou en ayant rencontré un autre sur place, etc. J’ai puisé dans le jardin de mes souvenirs au Cameroun, dans ceux de mes amis africains ou maghrébins, dans les rencontres lors de reportages sur la planète francophone, j’ai consulté les quelques ouvrages de référence dont il faut féliciter les auteurs. Et puis la magie du net, ce ciment de l’oralité, a joué aussi un rôle important et a apporté au contenu un côté non institutionnel que je revendique dans cette démarche.
Tu sais sûrement que si ton livre, comme d’ailleurs tes chroniques sur Radio France, connaissent un vif succès, ne serait-ce qu’en terme de culture générale et d’intercompréhension entre différents peuples, il ne saurait être bien vu du côté des « gardiens de la langue », je parle des Académiciens. Quelle est ton opinion sur la langue française ? Doit-elle évoluer, épouser les nouveaux contextes dans lesquels elle est en situation ? Ou rester « pure » ?
La pureté est toujours une chimère. Ça vaut pour la langue. La proclamation de la pureté, sa recherche, masque toujours une vision politique au sens premier du terme. Je suis de ceux qui pensent que la langue doit être débarrassée de son classicisme, de son conservatisme. Ce français des rues francophones dont je raconte quelques épopées ne s’agrippe pas aux grilles du quai Conti pour réclamer sa régularisation. Non, ce français-là va et vient, meurt et renait, évolue et s’adapte, ou tombe en désuétude sans crier gare. C’est lui aussi qui fait la richesse de notre langue commune, sa diversité, puisque le mot va être bientôt démodé. On a intérêt à l’adopter, ce français et ses locuteurs, ou alors se préparer à rejoindre le chœur des pleureuses qui n’en finissent pas de célébrer la nostalgie du rayonnement passé de la langue. C’est aussi là que se trouvent les locuteurs de demain.
Il y a eu récemment un débat mené par plusieurs auteurs, pour la plupart originaire d’Afrique, qui trouvaient que l’appellation « littérature francophone » les marginalisait un peu plus, et qu’il fallait simplement parler de « littérature monde en français ». As-tu une position par rapport à ce débat ?
La querelle de l’étiquette n’est jamais anodine. Surtout dans un pays qui adore en coller pour mieux caser. Tout cela révèle une crainte de marginalisation, d’enfermement qui rappelle le débat de certains musiciens classés world music a une époque. J’ignore qui doit trancher la question, mais je vois le débat comme un appel à reconnaitre un monde littéraire francophone dont on gagnerait à mieux diffuser le message.
Parlons un peu de toi. Tu es aujourd’hui « grand reporter international » à TF1, la première chaine de télévision française. Tu as bien sûr pris une bonne partie de tes galons alors que le concept de « minorités visibles » n’était pas encore d’actualité en France. Mais que penses-tu de ce débat ?
Juste grand reporter… international, a cru bon préciser l’auteur de la quatrième de couverture du livre. Enfin… J’ai participé à des réunions au sein du club Averroes quand a été ouvert ce débat sur la représentation des minorités à la télévision. Je suis heureux qu’il ait quitté le champ du médiatique pour s’incruster en politique. Parce que si la télévision ne ressemble toujours pas à la société qu’elle prétend refléter, le vrai scandale c’est que l’Assemblée nationale ne comporte qu’une seule députée issue de la diversité, comme on dit pour ne pas parler de couleur de peau, dans toute la métropole. Il ne s’est donc trouvé personne pour considérer que cela valait la peine de trouver des circonscriptions gagnables. Tenant compte de notre mode de scrutin, quelques personnalités implantées, élues symboliquement, auraient pu préparer la voie à d’autres pour des échéances futures. On se contentera donc de nominations. Comme à la télévision, il y a quelques mois, on célébrera certains parcours estimables, mais si personnels… Ne serait-il pas temps que la question devienne un objet politique ?
Propos recueillis par Constant Tékam
Note
En français dans le monde… Les expressions francophones les plus savoureuses, Patrick Fandio, JC Lattès, Mars 2007, 12,50 €.
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