Articles

· FdM 366
· FdM 365
· FdM 364
· FdM 363
· FdM 362
· FdM 361
· FdM 360
· FdM 359
· FdM 358
· FdM 357
· FdM 356
· FdM 355
· FdM 354
· FdM 353
· FdM 352
· FdM 351
· FdM 350
· FdM 349
· FdM 348
· FdM 347
· FdM 346
· FdM 345
· FdM 344
· FdM 343
· FdM 342
· FdM 341
· FdM 340
· FdM 339
· FdM 338
· FdM 337
· FdM 336
· FdM 335
· FdM 334
· FdM 333
· FdM 332
· FdM 331
· FdM 330
· FdM 329
· FdM 328
· FdM 327
· FdM 326
· FdM 325
· FdM 324
· FdM 323
· FdM 322
· FdM 321
· FdM 320
· FdM 319
· FdM 318
· FdM 317
· FdM 316
· FdM 315
· FdM 314
· FdM 313
· FdM 312
· FdM 311
· FdM 310
· FdM 309

La revue
Je m'abonne
Actualités
Le FDLM et vous

CLE     FIPF
Revue de la fédération internationale des professeurs de français

Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

Vous êtes dans la section : Accueil > Francophonies du Sud > FdS 13

Coup de gueule
Alain Mabankou, « Je suis hostile aux collections consacrées aux Africains »



Prix Renaudot 2006 avec son dernier roman Mémoires de porc-épic1, Alain Mabanckou, originaire du Congo-Brazzaville, est l’un des écrivains africains les plus en vue de ces dernières années.

Mai-juin 2007 - N°351



Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

Vous êtes devenu aujourd’hui une valeur sûre de la littérature en langue française, consacrée par le prix Renaudot que vous avez reçu en 2006, pour votre roman Mémoires de porc-épic. Est-ce que vous pouvez nous raconter votre parcours jusqu’à l’écriture ?

J’ai passé un bac en lettres et philosophie, puis j’ai fait des études en droit jusqu’au troisième cycle à l’Université de Paris-Dauphine. J’ai toujours pensé que ma vraie vocation était la littérature, et c’est pour cela que je lisais sans cesse les grands textes même si je travaillais plus avec le code civil ou le code pénal en tant que juriste… C’est en 1993 que j’ai publié mon premier livre, un recueil de poèmes, puis en 1998, mon premier roman, Bleu-Blanc-Rouge, paru chez Présence africaine et qui reçut le Grand Prix littéraire d’Afrique noire, à ma grande stupéfaction. Je n’ai plus arrêté d’écrire depuis. Et je sais que « je ne suis bon qu’à ça », comme le disait Samuel Beckett.

L’univers de vos romans est l’Afrique, pourtant vous n’y vivez plus depuis plusieurs années. Comment vous ressourcez-vous ?

La littérature est une question de sensibilité, et l’enfance, et la jeunesse sont des éléments essentiels. La différence entre un romancier et quelqu’un d’autre, c’est que le romancier déambule toutes les nuits dans le vestiaire de son enfance. Et il tente de tout recomposer. Le romancier est un porteur de souvenirs, et mes souvenirs c’est l’Afrique.

On assiste de plus en plus à une rareté de grands écrivains africains. On a l’impression que cette littérature se conjugue toujours au passé. Quels sont selon vous les maux actuels de la littérature africaine ?

Les grands romanciers africains sont là : Tierno Monénembo, Henri Lopes, Emmanuel Dongala, Nurrudin Farah, Aminata Sow Fall. La plupart d’entre eux écrivent encore. La littérature africaine se porte bien. Les mots qui la minent, je les ai souvent cités : la ghettoïsation, l’invisibilité dans la presse française. Je suis hostile aux collections consacrées aux Africains. Ces collections desservent les lettres africaines et disqualifient l’écrivain africain dans son émulation avec les autres auteurs d’expression française.

Quelles sont les clés que vous donneriez aux enseignants quand ils se trouvent en face de livres d’auteurs africains d’expression française ou de vos livres par exemple ?

En réalité je ne saurais jamais enseigner mes livres. Lorsqu’on me le demande dans mon université – parce que les étudiants américains insistent et veulent entendre directement l’écrivain-professeur parler de son travail –, je ne me sens jamais à l’aise, et je me borne alors à laisser les étudiants faire des exposés sur les différents thèmes du livres, débattre entre eux en s’appuyant sur les articles de la critique littéraire. En réalité les étudiants m’apprennent alors des choses extraordinaires. Et si la force de l’enseignement résidait en cela : reconnaitre que la connaissance est symétrique et qu’entre les étudiants et les professeurs, il devrait y avoir une perpétuelle interaction ? Je ne saurais donc conseiller une « méthode » d’enseignement. Enseigner c’est savoir transférer de l’enthousiasme, et si celui-ci n’existe pas, si le professeur n’est pas enthousiaste, alors tous les livres – y compris ceux des Africains – lui paraitront difficiles à enseigner…

Vous êtes un des animateurs d’un débat sur la « ghettoïsation » des écrivains francophones. Le coup de gueule que vous avez porté, avec un certain nombre de vos collègues, notamment à travers cet article que vous avez publié en mars 2007 dans Le Monde2, est-il en train de prospérer ?

Je poursuis cette réflexion. Un livre collectif va sortir chez Gallimard en mai 2007, et j’ai écrit un article intitulé « Le Chant de l’oiseau migrateur ». Ma vision est celle d’une « littérature-monde en français ». Et cette vision exclut donc les compartiments actuels dans lesquels on cantonne les Lettres africaines.

Selon vous, qu’est-ce qui manque à l’Afrique pour amorcer son développement ?

La confiance en elle. Nous avons tout pour aller de l’avant. Mais il faudra surtout se garder de définir le développement sous le prisme de l’Occident. C’est ainsi que nous aboutissons à des aberrations, au point que certaines nations africaines appliquent la constitution française de 1958 de De Gaulle alors que leurs institutions locales sont inopérantes ou carrément bafouées par la dictature.

Propos recueillis par Elisabeth Lell



Notes

1. Éditions du Seuil, publié en 2006.
2. « Pour une littérature-monde en français » in Le Monde, 16 mars 2007. Lire aussi pp. 6-7 de ce numéro.



Accueil   -   La revue   -   Services   -   Articles en ligne

Brèves
   -   Archives   -   Contact


© Le français dans le monde  2002
Tous droits réservés