Les termes « littérature de jeunesse » englobent tous les aspects de la production écrite pour l’enfance et l’adolescence. Ce sont des livres qui parlent de et à la jeunesse, et qui peuvent sans nul doute participer au développement des habilités linguistiques générales comme à l’ouverture au monde des apprenants de langue étrangère. Cette approche nouvelle, qui cherche à aider l’apprenant à comprendre et à participer au monde qui l’entoure, illustre bien les possibilités de la littérature de jeunesse comme mouvement innovateur en éducation. L’idée de faire de la littérature de jeunesse un outil pédagogique privilégié est relativement récente. Aujourd’hui, la pédagogie lui attribue une valeur significative. Le livre de littérature de jeunesse n’est pas un objet scolaire dont la fréquentation est obligatoire, mais un outil de référence accessible, qui donne le pouvoir de comprendre le monde et d’y prendre sa place.
S’il y a toujours eu des romans pour raconter l’évolution psychologique et sentimentale de jeunes héros et héroïnes, où est donc la nouveauté ? Et bien, pour la première fois, des romans tentent de parler non pas de l’adolescence, de l’enfance, mais des adolescents, des enfants. Ces ouvrages s’adressent à eux, dans leur langue et leur renvoie une image dans laquelle ils se reconnaissent, mais également dans laquelle beaucoup d’adultes aiment à se retrouver.
Pour une exploitation pédagogique
Dans l’optique d’une utilisation en formation linguistique, il est souhaitable d’introduire la littérature jeunesse dès les premiers niveaux : débutant, faux débutant et/ou intermédiaire. Pour cela, il faudra sans aucun doute favoriser une approche globale de l’œuvre en privilégiant des activités de lecture littéraire, pour reprendre une expression employée par F. Cicurel, au détriment d’activités d’analyse littéraire. L’éventail d’œuvres de littérature de jeunesse est assez grand pour que chacun trouve ce qui convient le mieux à son groupe classe.
Ce type de lecture est donc plus propice aux débutants, faux débutants et intermédiaires, mais là encore tout est question de choix : certains romans miroirs peuvent en effet être lus et appréciés à un niveau plus avancé.
L’apprenant doit « apprendre à comprendre », il doit donc être capable d’élaborer des inférences, de retrouver les idées principales, de résumer tout en intégrant de nouvelles connaissances. Notons enfin qu’enfants comme adultes peuvent se laisser emporter par un ouvrage dit « de jeunesse », alors pourquoi ne pas oser ce genre de livres avec des adultes ?
Dans le cadre de cours basés sur des ouvrages jeunesse, l’enseignant a pour rôle d’aider l’apprenant à prendre conscience des stratégies qu’il mobilise lorsqu’il lit en langue maternelle afin qu’il puisse les appliquer ensuite dans son approche du texte en langue étrangère.
Les stratégies de lecture doivent par ailleurs être enseignées pour compenser les effets d’une compétence linguistique parfois limitée : stratégie d’évitement, d’anticipation, reconnaissance rapide d’un mot ou d’un groupe de mots, formulation d’hypothèses, reconnaissance des champs référentiels et socioculturels des textes, développement de la capacité de tolérance de l’imprécision, contournement de la difficulté, etc.
Le choix des oeuvres
L’œuvre choisie par l’enseignant devra tenir compte de certains paramètres, comme le niveau de français, les centres d’intérêt des apprenants, ou les grandes caractéristiques tirées des bilans de lecture de chaque élève, etc. Sorte de questionnaire préalable à la lecture en langue étrangère, le bilan de lecture permet de détecter le type de lecteur qu’est l’apprenant dans sa langue maternelle. Il est à utiliser en amont de toute lecture (voir encadré). Par ailleurs, les ouvrages qui présentent une structure équilibrée (phrases et chapitres courts) et un juste équilibre dramatique facilitent la lecture.
Au niveau du lexique, rappelons que les textes trop familiers ou trop littéraires peuvent être ennuyeux et rendre difficile la compréhension. Il s’agira donc, dans les premiers niveaux, d’avoir recours à un français plus standard et de laisser l’argot et le français plus littéraire pour des niveaux avancés.
Préparer la lecture
La préparation à la lecture se déroule généralement en deux étapes : la mise en place des stratégies, puis la réduction de l’inconnu en donnant aux étudiants les informations nécessaires pour faciliter la lecture (histoire, géographie, coutumes, etc.).
Après la lecture, une foule d’activités sont possibles. De la compréhension – grâce à des QCM, par identification des personnages, des lieux, par un relevé des idées principales, par des exercices grammaticaux ou lexicaux –, à la comparaison – grâce à des activités sur deux ouvrages traitant un même thème, à un travail sur l’adaptation cinématographique de l’œuvre, à une approche interdisciplinaire ou bilingue sur le même thème, etc. –, en passant par la création (d’affiches annonçant la sortie du livre, de photos ou dessins pour illustrer la couverture du livre, etc.), etc. ; le professeur a autant de choix d’exploitation avec un livre jeunesse qu’avec un ouvrage de littérature pour « adultes ».
L’évaluation quant à elle peut être multiple : évaluation de l’acte de lecture en lui-même, évaluation de la compréhension du texte (surtout les premiers niveaux), évaluation des activités annexes à la lecture et enfin évaluation formative (de l’évolution des apprenants, des stratégies employées, etc.).
Ces quelques considérations sur la littérature jeunesse en classe de FLE, nous amènent à conclure à l’aide d’un exemple de roman jeunesse utilisable en FLE, tant avec des enfants qu’avec des adolescents et même des adultes. Le gone du Chaâba d’Azouz Begag (1986, Le Seuil) est en effet un roman autobiographique, plein de tendresse et de drôlerie, efficace pour parler d’un sujet délicat : l’intégration des Algériens à la société française. Comme une ode à la culture, à l’école, à la vie, cet ouvrage se double d’une invitation au respect de l’autre et d’un film1, dont le visionnage pourra compléter la lecture du livre... Alors pourquoi ne pas inviter la littérature jeunesse en classe de FLE et commencer avec Le gone de Chaâba ?
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