Quatre jeunes Français sur cinq ont une mauvaise image de leur classe politique, selon un sondage Ipsos, réalisé du 23 au 30 novembre 2006, pour l’association Graines de citoyens, qui regroupe plusieurs quotidiens nationaux. Ils sont aussi nombreux (79 %) à penser que « les personnes qui sont élues pour représenter les Français » ne sont pas « à l’image de la société actuelle ». 87 % des 18-25 ans estiment que les politiques ne sont pas « à l’écoute des préoccupations des jeunes ». Avec des résultats aussi tranchés, on pourrait croire la démocratie française atteinte dans ses fondements mêmes. Et pourtant, ce désenchantement ne se traduit pas par un rejet du système. Au contraire, 79 % des jeunes interrogés par Ipsos jugent les partis politiques « indispensables », et 80 % verraient d’un mauvais œil l’élection d’un président de la République sans « aucune expérience gouvernementale ».
Ils sont prêts à accomplir leur devoir
Le 21 avril 2002, 38 % des 18-25 ans se sont abstenus au premier tour de l’élection présidentielle (près de dix points de plus que la moyenne nationale). À quelques mois d’un nouveau scrutin présidentiel, ils se disent aujourd’hui déterminés à accomplir leur devoir de citoyen (94 % selon Ipsos, 85 % selon un sondage OpinionWay du 10 janvier 2007 pour le quotidien gratuit Métro et Radio Classique). En décembre, les inscriptions sur les listes électorales ont fortement augmenté, sous l’effet, notamment, de campagnes de mobilisation menées par plusieurs associations auprès des jeunes de banlieues. Des stars du cinéma (Jamel Debbouze) ou du rap (Joey Starr) sont allées inciter la jeunesse issue de l’immigration à aller glisser un bulletin dans l’urne. Mr R, rappeur de Combs-la-Ville a même écrit une chanson pour l’occasion : « Vote, car c’est notre bataille, notre occasion / Vote, ils nous traitent de racaille, de sauvageons / Vote, pour éviter de voir grimper les nazis / Vote, pour éviter un autre 21 avril ».
Malgré tout, l’inscription sur les listes électorales n’est pas le remède miracle contre l’abstention. Aux États Unis, en 2004, de nombreux jeunes s’étaient fait enregistrer, encouragés par la campagne « Vote or die » (« Tu votes ou tu meurs ») menée par le rappeur P. Diddy. Ça ne les a pas empêchés de rester chez eux le jour de la réélection de George W. Bush…
Ils sont mobilisés
En France, trois événements ont contribué à un éveil de la conscience politique de la jeunesse. La qualification de Jean-Marie Le Pen, le 21 avril 2002, au second tour de la présidentielle a fait descendre dans les rues des dizaines de milliers de jeunes, dont de nombreux abstentionnistes. Aujourd’hui encore, selon Ipsos, 72 % des 18-25 ans considèrent le Front National comme « un danger pour la démocratie » (même si l’électorat du parti d’extrême droite rajeunit). Le mouvement anti-CPE a lui aussi joué un rôle de mobilisation des jeunes sur la scène politique. En faisant reculer le gouvernement sur le Contrat première embauche, ils ont réalisé que leur voix pouvait être entendue. Enfin, les violences de novembre 2005 dans les banlieues peuvent également jouer sur le rapport des jeunes à la politique, même si l’impact est plus difficile à évaluer.
Ils sont fatalistes
À l’approche de la présidentielle, on sent donc un léger frémissement. 83 % des 18-29 ans interrogés par OpinionWay se disent intéressés par le scrutin. Les jeunes s’informent sur l’élection ; assez peu, contrairement aux idées reçues, sur internet (14 %, selon Ipsos), très largement par la télévision (72 %), ou les discussions, en famille (45 %), entre amis (34 %). Les priorités affichées par la jeunesse sont globalement en phase avec l’opinion : le chômage (45 %) et l’augmentation du niveau de vie (34 %), même si l’environnement est davantage privilégié (31 %) et l’obsession sécuritaire bien moindre (19 %). À quelques nuances près, le conformisme de l’électorat « jeune » se retrouve aussi dans les intentions de vote. Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy sont les deux favoris des 18-25 ans, avec une légère avance pour la première. La seule surprise vient d’Olivier Besancenot : 34 % des personnes interrogées l’estiment « à même de répondre aux préoccupations des jeunes » (contre 56 % pour la candidate socialiste et 44 % pour le ministre de l’Intérieur). Il faut dire que le porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire, 32 ans, est le plus jeune des candidats déclarés.
Un dernier chiffre illustre le rapport paradoxal des jeunes à la politique. Même s’ils se disent massivement prêts à aller voter le 22 avril, 50 % d’entre eux estiment que, quel que soit le résultat de la présidentielle, « les choses ne changeront pas vraiment en France ».
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