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Le français dans le monde
 
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La recherche en danger ?



La recherche publique française va mal. Les chercheurs dénoncent « l’absence de moyens humains et financiers suffisants » et la volonté du gouvernement de « soumettre le service public aux principes de fonctionnement du secteur privé », au détriment de la recherche fondamentale.

Janvier-février 2007 - N°349


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Frondeurs les chercheurs ? Au printemps 2004, une avalanche de lettres de démission envoyées à « Sauvons la recherche » par les responsables, et non des moindres, des laboratoires publics français a révélé une crise larvée. Le chef de l’Etat avait pourtant annoncé en début d’année « un plan national » visant à « donner une impulsion nouvelle à l’effort de recherche et de développement » et promis de porter l’effort national de recherche d’un peu plus de 2 % à 3 % du PIB d’ici 2010. Une nouvelle loi d’orientation et de programmation devait permettre « de renforcer nos pôles nationaux de recherche et de soutenir de grands projets nationaux et internationaux. »

Les vraies-fausses aides financières

Râleurs les chercheurs ? Avec 1 milliard de plus par an et 3 000 postes supplémentaires, le financement de la recherche - publique et privée - atteint 20 milliards d’euros. Mais pour Henri Audier, directeur de recherche au CNRS, il ne reste plus grand-chose de ce milliard supplémentaire, car il faut défalquer 460 millions d'euros d'aide directe au privé et 380 millions qui correspondent à l’ajustement au cout de la vie. En outre, le financement ne prévoit aucune « programmation de l'emploi scientifique » au delà de 2006. Ce serait donc un « vrai-faux milliard ». Au bout du compte, l’aide de l’État comporterait 75 % d’aides directes à la recherche privée et 25 % à la recherche publique, dont près de la moitié en amont de la recherche industrielle et le chercheur estime qu’entre 2005 et 2006, l'aide au privé s’est même accrue de 137 %.

Le pacte pour la recherche

Lorsqu’il a rendu public en 2005 le Pacte pour la recherche, l’État a voulu introduire « la possibilité pour la communauté scientifique de créer [avec son aide financière] des Réseaux thématiques de recherche avancée pour conduire des projets d’excellence scientifique [et souhaité] à partir des meilleures unités françaises, favoriser l’émergence de hauts-lieux scientifiques en France, reconnus parmi les tout premiers au plan international. » Il a créé des structures nouvelles : pôles de compétitivité, pôles de recherche et d'enseignement supérieur, Campus, Agence pour l'innovation industrielle (AII), Agence nationale pour la recherche (ANR), École d’Économie de Paris (EEP), Haut Conseil à la recherche et à la technologie…
Mais les chercheurs continuent de fustiger le gouvernement. Le Haut Conseil ? Un organe « composé de vingt membres, tous nommés, sans capacité d'auto-saisine et sans obligation que leurs avis soient systématiquement rendus publics », selon Henri Audier et Alain Trautmann, de l’Institut Cochin. L’ANR ? Cette agence de financement de projets de recherche (au budget à croissance rapide : 350 millions d’euros en 2005, 1,3 milliard en 2010) aboutirait à retirer « la responsabilité du pilotage stratégique de la recherche nationale aux grands établissements de recherche, dotés de conseils scientifiques à la compétence reconnue, pour être confiée à une Agence sous le contrôle d’un conseil d’administration dont plus de la moitié des membres viennent de différents ministères et non de la communauté scientifique. »
Les Campus ? L’EEP ? Créés, selon le Premier ministre, pour « favoriser l’émergence de quelques grands campus de recherche autour d’un projet spécifique scientifique, avec une véritable attractivité internationale » pour les uns et « dont l’ambition est de former en France des élites » pour l’autre, ils sont vécus comme des camouflets par les chercheurs, en stigmatisant comme « nuls 95 % des scientifiques » dont les projets n’ont pas été retenus…

Veut-on tuer la recherche ?
Pour le pharmacologue Patrick Van de Velde, « la recherche privée s’appuie énormément sur les découvertes de la recherche publique […] et exploite d’une certaine façon la recherche publique. Et le système est entretenu dans la mesure où l’on ne donne pas à la recherche publique les moyens de valoriser ses découvertes fondamentales. Aux États-Unis, la moitié des étudiants en post-doctorat viennent de l’étranger et en particulier de France. »
Ainsi, un système à deux vitesses se mettrait en place, avec un but inavoué, disent MM. Audier et Trautmann, « faire dépérir les structures actuelles. C'est un vrai chantier de démolition des organismes et des universités qui est mis en place […] En enlevant aux laboratoires toute visibilité à terme de leur activité, ce système […] étouffera les thématiques qui ne sont pas à la mode mais qui pourraient s'avérer très importantes demain. Ce sera alors trop tard. »

Marie-Christine Simonet



Quelques chiffres

37 % des chercheurs américains sont nés à l’étranger (2000, Université Paris Dauphine)
15 % des thésards français font leur doctorat aux États-Unis, 80 % reviennent (2006, linternaute.com)
40 % des prix Nobel de physique et de chimie des États-unis sont étrangers (Université Paris Dauphine).
50 % des médecins africains partent vers les pays du Nord (2005, OMS), près d’un million d’Africains diplômés de l’université exercent en Europe ou aux Amériques (2005, OCDE).



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