S’il y a bien eu quelques, rares, oeuvres abordant partiellement l’histoire des tirailleurs sénégalais et/ou des soldats de l’Armée d’Afrique, c’est, en revanche, la première fois qu’un film, Indigènes donc, leur est entièrement et uniquement dévolu. Et, à l’heure où les débats sur les vertus et les méfaits de la colonisation, sur la discrimination positive ou encore sur l’immigration choisie font rage, il n’est pas inutile, c’est une litote bien sûr, de s’arrêter sur ce moment douloureux de l’histoire de France, et, surtout, de revenir dessus tant la chape de plomb qui la recouvre est « hénaurme ».
Rachid Bouchareb l’a fait et bien fait. Ce cinéaste français au tempérament sensible et à la filmographie juste et citoyenne (Bâton Rouge, Cheb, Poussière de vie, Little Sénégal) a souvent puisé ses sujets à l’aune de sa propre vie, de ses souvenirs ou, simplement, d’instants importants du monde. Indigènes participe de ce même principe. Certes, Rachid Bouchareb est né en France, à Paris exactement, mais il puise aussi, et peut être avant tout, ses racines de l’autre côté de la Méditerranée, en Algérie précisément. Autant dire que ces soldats de l’Armée d’Afrique, ces fameux « indigènes » venus du Maghreb et de l’Afrique Noire, il les connaît bien. Ils sont ses aïeux, ses grands-pères, ses oncles… Il a donc, aujourd’hui, décidé de leur rendre hommage, de leur (re)donner vie tout simplement. Bien lui en a pris puisqu’il s’est vu honoré, à travers ses comédiens, du Prix d’interprétation masculine collectif au dernier Festival de Cannes.
Le film, donc. Ils sont quatre soldats, plus un (on y reviendra), d’Algérie, de Tunisie, du Maroc, à s’être engagés pour venir défendre la France contre l’Allemagne nazie. C’est la première fois qu’ils quittent leurs terres, traversent la mer, mais ils le font parce qu’ils sont convaincus de la noblesse de leur mission, de l’impérieuse nécessité de sauver la mère-patrie. Avec eux, un sergent taciturne, bougon, mais qui se révèlera « concerné » par ses hommes. C’est que, lui-même, Martinez, est Pied-Noir. Et, à l’époque, il n’était pas beaucoup mieux loti que ces fameux « indigènes ». Face aux tracasseries des métropolitains, il saura se montrer juste et impartial. Et ils iront, de l’Italie à la Provence, des Vosges à l’Alsace, traîner leurs guêtres, leur barda et leur fusil pour qu’enfin la France puisse redevenir libre.
Pour conter cette page d’histoire, Rachid Bouchareb s’est fait pédagogue et didactique, ce qui était nécessaire. Il n’a pas, non plus, oublié la dimension spectaculaire qu’il fallait donner à son film pour pouvoir l’adresser au grand public, comme il a aussi mis de son côté un atout supplémentaire : donner à ses soldats les visages de comédiens connus et fort appréciés des spectateurs français et maghrébins, jeunes en particulier. Et, pour la première fois, sont ainsi réunis Sami Bouajila, Roschdy Zem, Samy Naceri et, cerise sur le gâteau, Jamel Debbouze.
Gageons qu’Indigènes saura ouvrir la voie à d’autres metteurs en scène et qu’à l’instar des cinéastes américains avec le Vietnam par exemple, ils filmeront des parcours individuels tout en les inscrivant dans l’Histoire, la grande, celle avec la majuscule, pour permettre aux nouvelles générations de mieux aller de l’avant en ayant compris hier…
Bérénice Balta Radio France Internationale
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